« SOAPERA »… COMME DES BULLES DE SAVON : MATHILDE MONNIER ET DOMINIQUE FIGARELLA

soapera

SOAPERA : Mathilde Monnier, Dominique Figarella / TnBA, Bordeaux / du jeudi 30 au vendredi 31 janvier / Création le 4 juillet 2010 au festival Montpellier danse 2010, Centre Pompidou-Les spectacles vivants, Festival d’Automne-Paris.

Mathilde Monnier, ex-directrice du Centre chorégraphique national de Montpellier Languedoc-Roussillon et désormais directrice du centre national de la Danse, nous a conduits dans ses précédentes pérégrinations à découvrir des domaines très différents de la production artistique, tant sa soif d’exploration du monde de la création est grande. Tout cela, il faut bien le dire, avec plus ou moins de bonheur. Son « frère & sœur » présenté en Avignon en 2005 n’a pas laissé, dans les mémoires des spectateurs de la Cour d’Honneur, de traces impérissables. Mais là, sa collaboration avec le peintre Dominique Figarella se traduit par cinquante minutes de rêves éveillés aux effets purement « planants ». Le public du TnBA en a été le nouveau témoin privilégié.

Convoquer des peintres pour construire le décor d’une chorégraphie est un exercice où d’autres, avant elle, se sont essayés. Le chorégraphe américain Merce Cunningham s’entourait de plasticiens comme Robert Rauschenberg et Jaspers Johns ou « utilisait » encore des décors réalisés par Picasso. Plus près de nous, pour La Verità, la compagnie Finzi Pasca se saisit d’un tulle peint par Salvador Dali comme toile de fond à l’univers onirique développé dans leur création.

Mais là la démarche initiée par Mathilde Monnier et Dominique Figarella est tout autre : il s’agit non pas, pour la chorégraphe, de s’adjoindre l’œuvre d’un peintre ou d’un plasticien comme valeur ajoutée d’un propos qui s’enrichirait ainsi de la notoriété de l’artiste associé, mais bien de créer « en direct » avec lui le geste artistique qui inventera ce « tableau-plateau » en devenir.

Le résultat est cette matière, « plastique » s’il en est puisque faite de savon liquide, qui va, au gré de mouvements imprimés par quatre danseurs (la plupart du temps immergés dans cet océan cotonneux), être sculptée en vagues mouvantes, jaillissant superbement avant de retomber dans un mouvement ondulatoire que rien ne semble devoir interrompre. Le savon liquide (dont on nous précise la qualité « biodégradable » attestée par « un certificat de conformité pour une utilisation avec du public, étant du même type que celui utilisé pour les soirées mousse des discothèques ») ne donne pas seulement son titre à l’œuvre (Soapéra) mais en constitue le substrat.

En effet c’est ce « support de culture » qui devient la matière travaillée par la chorégraphe et le peintre, l’enjeu princeps de ce morceau joué à deux mains et dont le résultat n’est jamais, d’une représentation à l’autre, tout à fait le même vu la complexité de la texture vivante ainsi déployée comme un voile (é)mouvant.

Portée au sens propre comme au figuré par un quatuor de danseurs-plasticiens qui vont au gré de la musique qui en rythme les cadences sculpter de l’intérieur ce support en devenir, cette « matière-monde » va naître, prendre forme, et créer ainsi un univers féérique né des interactions des mouvements humains qui l’ont engendré et de la liberté contenue dans la matière, elle-même vivante. C’est de ce contact, au ralenti, entre ce quelque chose qui, quoique malléable, résiste, et ces corps qui évoluent sans gravité, que se détache cette forme onirique échappant à toute classification.

Œuvre plastique ou/et chorégraphie, Soapéra utilise la surprise liée au hasard de cette rencontre entre ces deux mondes pour nous immerger dans un mouvement qui nous saisit là où nous nous trouvons. Entre l’émotion et l’intelligence, libre à chacun de privilégier la poésie onirique qui se détache de cette expérience océanique ou de tenter une lecture intelligible de cette houle qui traverse le plateau. Mais quel que soit l’un ou l’autre de ces cas de figure, le plaisir s’y inscrit.

Yves Kafka

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