A CHAILLOT, ALBAN RICHARD NOUS LIVRE SES ESPRITS ANIMAUX

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« Et mon cœur a vu à foison » Alban Richard / Théâtre national de Chaillot / du 5 au 7 mars 2014.

Nous entrons dans un château, à moins que cela ne soit une chapelle. Cela sent l’humidité, les vieilles pierres et les prières clandestines. On nous fait passer de salle en salle, toutes occupées par des corps qui nous pénètrent, nous hantent et nous regardent avec leurs muscles tendus et leurs yeux exorbités. Autant de chambres dans lesquelles nous ne faisons que passer : chambre du désir, chambre parlementaire, chambre à coucher ou encore chambre mortuaire… Nous voyageons dans un univers gothique où la danse devient transe.

Encore une fois, Alban Richard nous emmène dans une expédition lointaine. Nous y retrouvons son goût pour l’exploration des diverses possibilités du corps, les lumières et les costumes extrêmement travaillés, un travail sur la présence exacerbée de ces danseurs. Son écriture est foisonnante et son vocabulaire s’enrichit de nouvelles trouvailles. Le travail de la voix et du texte est ici très bien mis en valeur et s’articule avec le reste pour nous donner l’impression d’assister, selon les mots même du chorégraphe, à une « pièce monstrueuse ».

Et puis il y a la beauté des gestes particuliers. Ces mains qui se tendent vers le vide pour se perdre dans des spirales envoutantes. Ces jambes qui frappent le sol et se tordent avant que le corps ne s’affaisse. Ces têtes qui foncent dans le vide, se frappent à quelque mur invisible, puis s’abandonnent dans l’hébétude. Chaque interprète, magnifique, est une force aveugle qui se bat contre l’obscurité qui l’entoure. Il est comme l’une des facettes du créateur, personnage féminin, homme-félin, hybride qui se cherche.

Ces différentes facettes se retrouvent parfois dans un mouvement d’unisson, comme dans cette ligne, où tous sont accroupis à répéter de petits gestes balancés sur le rythme prononcé du tambour. Respectant le rythme, l’unisson se décompose et invente de nouvelles coalitions. Petit à petit, les corps exultent. Ils cherchent à s’enfuir, à sortir du cadre pour reprendre possession du plateau.

Cette image, fabuleuse, est celle qui est à l’origine de tous les mythes et de tous les rituels. C’est l’homme qui fait communion avec le groupe des hommes et finit par vouloir s’en échapper pour répondre à son propre délire. C’est l’exubérance particulière de chacun qui se développe dans la fatigue et dans le vide. C’est l’homme débile et nu qui vagabonde dans des paysages arides avant de s’affaisser devant les moulins de Castille. Enfin, c’est la folie qui se perd dans chacun de nous pour se retrouver magnifiée sur un plateau.

Quentin GUISGAND

Photo Agathe Poupeney

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