ENTRE MERVEILLEUX ET MANIPULATION : JOAN FONTCUBERTA À LA MAISON EUROPÉENNE DE LA PHOTOGRAPHIE

Joan Fontcuberta, Spoutnik Portrait officiel du pilote-cosmonaute Iv+ín Istochnikov, 1968. Tirage g+®latino-argentique. -® Joan Fontcuberta

Joan Fontcuberta : Camouflages / MEP, Paris / jusqu’au 16 mars 2014.

Jusqu’au 16 mars 2014, la Maison Européenne de la Photographie accueille l’exposition « Joan Fontcuberta – camouflages » : invitation à se laisser berner par les histoires inventées de toutes pièces par l’artiste.

Joan Fontcuberta, artiste catalan né en 1955, nous entraîne dans les méandres de son imaginaire facétieux, ironique et interrogateur. L’exposition se veut scientifique, elle se veut présenter les travaux, les recherches, la documentation et les découvertes de chercheurs, artistes ou journalistes alors qu’il s’agit d’univers imaginés par Joan Fontcuberta. Qu’est-ce qui est donné à voir ? La réalité ? Comment ne pas se laisser piéger par les images et histoires de Fontcuberta ? Elles sont documentées, étayées par des photographies et sont accompagnées par des témoignages, des dessins, des relevés topographiques, des enregistrements sonores, etc. Autant de preuves que ce qu’il montre est vrai. N’est-ce pas ?

Il part du postulat que la photographie est une représentation de la réalité et nous faire croire ce qu’il veut. Ainsi les sirènes existent… Ses photographies de constellations sont en fait, des insectes écrasés sur le pare-brise de sa voiture. Il crée un herbier surréaliste. Plus loin, il présente des découvertes d’animaux extraordinaires, découvertes qui n’avaient pas été corroborées à l’époque où elles ont été faites. Dans la série « Orogenesis » sont-ce des photographies de paysages qui sont présentées ou autre chose ? Il s’agit de données entrées dans un programme informatique qui réalise des paysages on ne peut plus réalistes, invitation à découvrir des mondes virtuels mais réels mais en fait non.

Il retouche et réécrit aussi l’histoire. Ainsi, y avait-il cosmonaute dans Soyouz 2 quand il a été lancé dans l’espace ? C’était le cas d’après les documents présentés dans l’exposition mais cela a été caché à la presse en 1968. En effet, dans le vaisseau il ne restait qu’une bouteille de vodka vide, un trou laissé par l’impact d’un petit météorite. Le cosmonaute avait mystérieusement disparu. Dans les photographies et les archives journalistiques présentées comme des documents d’époque, le cosmonaute Iván Istochnikov « revient » alors sous les traits de Joan Fontcuberta.

Concernant l’existence des sirènes, il se présente comme un journaliste du National Geologic et présente des photographies de fossiles d’hydopithèques découverts vers 1950 par l’abbé Jean Fontcuberta dans la région de Digne-les-Bains. Les photographies sont accompagnées par un documentaire filmique dans lequel une scientifique valide cette découverte. Il présente des photographies d’autres fossiles découverts entre autre dans la Baie de Portissol à Sanary-sur-Mer ainsi que l’un des fossiles qui a été extrait de son milieu d’origine.

Une dizaine de séries sont présentées dans l’exposition à la Maison Européenne de la Photographie, chacune nous fait croire en quelque chose qui n’est pas supposé exister le tout saupoudré d’une bonne dose d’humour ! « L’humour n’est pas important que pour l’art. Il l’est aussi pour la vie sous tous ses angles. Rire est un signe de santé et un baume pour l’esprit : mais plus que salutaire, c’est également un acte libérateur et révolutionnaire. Il suffit de se souvenir de Le nom de la rose d’Umberto Ecco, où les inquisiteurs tentent d’interdire le rire. Je revendique l’humour car c’est pour moi une manière d’introduire la critique. » nous dit Joan Fontcuberta qui a connu et subi la dictature franquiste pendant sa jeunesse.

Cette exposition interpelle, elle nous incite à penser ce qui nous est donné à voir, Joan Fontcuberta se joue de nous avec ces œuvres mais cela va plus loin. À nous d’exercer un regard critique sur ce que nous voyons au quotidien. En effet, pourquoi prendre pour argent comptant une image alors qu’elle n’est qu’un fragment, alors qu’elle peut avoir été manipulée, alors qu’elle ne dit jamais tout et qu’elle ne dévoile jamais toutes les facettes d’un problème ? Joan Fontcuberta utilise l’humour, l’étrange, la manipulation et le merveilleux pour nous amener à revoir notre façon d’envisager et surtout de voir, regarder et observer le monde.

Cécile R.

Joan Fontcuberta, Orogenesis Orogen+¿se Derain, 2004.Tirage +á d+®veloppement chromog+¿ne. -® Joan Fontcuberta

Joan Fontcuberta, Sir+¿nes Squelette d'Hydropith+¿que. Baie de Portissol, Sanary sur Mer, 2012. Tirage +á d+®veloppement chromog+¿ne. -® Joan Fontcuberta

Visuels :
Joan Fontcuberta, Spoutnik Portrait officiel du pilote-cosmonaute Iván Istochnikov, 1968. Tirage gélatino-argentique. © Joan Fontcuberta
Joan Fontcuberta, Orogenesis Orogenèse Derain, 2004.Tirage à développement chromogène. © Joan Fontcuberta
Joan Fontcuberta, Sirènes Squelette d’Hydropithèque. Baie de Portissol, Sanary sur Mer, 2012. Tirage à développement chromogène. © Joan Fontcuberta

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