FABRICE MURGIA, « LIFE RESET » : QUAND LES IMAGES PERCUTENT LE REEL

Théâtre-national-LIFE--RESET

Correspondance à Bruxelles.
LIFE : RESET : Chronique d’une ville épuisée / Reprise / mise en scène Fabrice Murgia / Cie Artara / Interprétation Olivia Carrère / Théâtre National / Bruxelles jusqu’au 29 mars 2014.

Il est l’un des jeunes metteurs-en-scène belges les plus marquants depuis GOST ROAD spectacle créé en 2009 au Festival de Liège et primé en 2010 au Festival Impatience/Odéon-Télérama à Paris. Fabrice Murgia, avec son troisième spectacle, Life: Reset créé en 2011 et repris aujourd’hui au Théâtre National de Bruxelles, démontre une fois encore tout son talent à rendre compte des vies modernes dans la solitude des villes en réseaux.

Sans parole et sans texte, mais bombardée d’images et de sons, cette chronique théâtrale est un spectacle saisisant au sens propre comme au sens figuré. Le spectateur est plongé dès les premières minutes dans la vie somme toute banale d’une jeune fille, comme isolée du reste de ses congénères. Dans son appartement, cette jeune femme se cogne au réel de manière si forte que sa vie ne semble plus que tenir à un fil, perdue dans la solitude des grandes villes. Seul lien possible, les réseaux sociaux et cette « Second Life », qui permet, un temps seulement de se sentir vivre et de partager un peu ses sentiments avec un interlocuteur de l’autre coté de l’écran. Du banal des situations jouées (dans la cuisine, dans la chambre ou dans la salle de bain) Fabrice Murgia tire un récit précis et extrèmement percutant, où le propos se fait de plus en plus juste pour dénoncer les possibles excès des nouvelles technologies et du tout communication.

C’est par le truchement de caméras intrusives (un dispositif visuel époustouflant entre cinéma et vidéo signé Arié Van Egmond) que nous sommes plongés au coeur de son intimité et prenons conscience de sa fuite en avant. Petit à petit, enfermée dans cette logique implacable des temps modernes, la jeune femme perd pied avec la réalité. Sa vie s’étiole, se disperse et s’épuise. Et l’issue n’en sera que plus terrible.

On ressort de ce spectacle totalement boulversé et hanté par la déshumanisation qui ronge les villes modernes, ensembles connectés, mais où règne une solitude bien réelle, quand le virtuel semble se tailler la part belle du gateau. Fabrice Murgia colle à la réalité telle qu’il la voit et désire plus que tout faire du théâtre, une arme contre les violences faites aux humains.

Philippe Maby

Fabrice Murgia sera présent au Festival d’Avigon du 21 au 27 juillet 2014 avec sa dernière création « Notre peur de n’être ».

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