PAROLES GELEES : BELLORINI TUTOIE RABELAIS AU ROND-POINT

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PAROLES GELEES / JEAN BELLORINI / Théâtre du Rond-Point / Jusqu’au 4 avril 2014.

Paroles gelées, créé en janvier 2012 et repris actuellement au Théâtre du Rond-Point, spectacle total, mêlant théâtre, musique, chant, danse, est à la fois intelligent, drôle, audacieux, touchant.

Pantagruellistes, l’adaptation festive et joyeuse de Rabelais proposée par Jean Bellorini et Camille de la Guillonière va vous réjouir. C’est à partir de la version originale du Tiers Livre et du Quart livre, surtout, que ce dernier a travaillé, pour en proposer une version plus moderne, mais fidèle à la langue de Rabelais, « incomparable, polyphonique, impure, insolente, chatoyante, qui mêle allègrement le haut et le bas, la merde et l’étoile, le cul et l’âme, les farces burlesques et la quête spirituelle ». Camille fera pendant tout le spectacle le lien entre les XVIème et XXIème siècles, l’interprète, la note de bas de page expliquant l’ancien français ou les références devenues obsolètes. C’était un pari osé, d’être pédagogue sans être moraliste, et c’est déjà réussi.

Le ton est donné dès le prologue. « Connaissez-vous les meilleures façons de se torcher le cul ? » Parce que Rabelais c’est ça, c’est autant les allusions graveleuses, les obscénités, l’allusion aux réalités corporelles, qu’une langue savante, que des jeux de mots plein d’esprit, et faits pour être dits.

Puis le rideau s’ouvre. Sur un tapis d’eau et des murs mordorés, une scène artisanale et joviale, qui se transformera à vue pendant le spectacle. Sur une troupe de musiciens et de comédiens énergiques, qui nous entraînent dans un rythme effréné, de chansons en musiques, d’images en aventures. On va donc suivre ses compagnons et Pantagruel, « qui a grand soif », géant, fils de Gargantua, dont on retrace la lignée, prétexte à remonter à l’origine du monde. C’est d’abord un banquet, où la liste des plats devient poésie. Puis les noces de Panurge, entre fête et doutes.

Et le clou du spectacle : le périple en mer de la troupe en quête de la dive bouteille, et donc de l’oracle qui révèle la vérité. C’est un voyage en terres inconnues, jonché de tempêtes et de combats contre les andouilles, mais surtout un récit allégorique où les rencontres faites en route deviennent prétexte à une réflexion philosophique. On arrivera à ces paroles gelées, glaçons qui fondent au contact humain et deviennent des mots.

C’est à la fois épique, comique et poétique, comme cet éloge du vin et de ses vertus curatives ; ingénieux et inventif, comme la robe de mariée qui descend magiquement des cintres. Mention spéciale à François Deblock, Panurge incroyable, à qui on doit quelques savoureux morceaux de bravoure, et qui nous donne envie de (re)lire Rabelais. Si vraiment il fallait noter ce qui ne va pas, on penserait au solo de danse, certes beau, mais inutile.

Caroline Simonin

Jusqu’au 4 avril au Théâtre du Rond-Point
http://2013-2014.theatredurondpoint.fr/saison/fiche_spectacle.cfm/153579-paroles-gelees.html

Photo © Giovanni Cittadini Cesi

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