NICOLAS MAURY & JULIEN RIBOT : « SON SON SALON », AU FESTIVAL ETRANGE CARGO

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Nicolas Maury & Julien Ribot : Son son salon / Ménagerie de verre / dans le cadre du festival Etrange Cargo / 3 – 5 avril 2014.

Papillonner de chanson en chanson, se laisser entrainer par les mouvements imprévisibles d’un imaginaire protéiforme qui embrasse, sur un mode mineur, léger et enjoué, tout un pan de la création contemporaine en théâtre et au cinéma, goûter à l’insouciance et à la désinvolture, tout comme au sérieux et à la sensualité, voici l’invitation que nous lance avec une délicieuse vraie-fausse naïveté Nicolas Maury. Tout simplement irrésistible !

Des grappes multicolores de ballons, un grand poney-licorne en carton pate rose qui sort à moitié du mur, deux candélabres affalés par terre qui répandent leur lumière chaude et intimiste, mais surtout une étrange sensation de feu de camp dans cet environnement exquis, un grand miroir posé à même le sol, un coin musique avec piano, batterie et machines, la salle basse et aveugle de la Ménagerie de verre devient, le temps de quelques représentations, le salon où Nicolas Maury invoque ses fantômes. Etres plus vastes, comme se plait à dire l’acteur, chanteur et auteur, qui n’ont rien de menaçant, mais sont au contraire familiers, actualisant des moments furtifs et privilégiés, des rencontres, des amours, des collaborations fragiles et un brin naïves, tantôt languissantes et revêches, tantôt turbulentes, toujours enjouées. Le public est de la partie. Il déborde les gradins, s’assoit le long des murs. Il saisit en plein vol les clins d’œil aux films de Yann Gonzales ou Rebecca Zlotowski, aux pièces de théâtre de Guillaume Vincent ou Robert Cantarella. Car pour cette création, dont une première version a été donnée l’année dernière au festival d’Avignon, dans le cadre de la programmation Sujets à Vif, Nicolas Maury intime des réalisateurs et des metteurs en scène, par lesquels il a été dirigé sur les planches ou devant les caméras, à lui écrire des chansons. Ils sont plus d’une douzaine à avoir répondu à son appel. Se tisse ainsi un portrait en creux, tiraillé, de manière cocasse, entre la fellation, la nappe à poix et le monstre aux yeux verts, entre le chasseur chassé, la garce et Terminus.

Derrière ses machines et instruments, Julien Ribot mène des ritournelles ingénues, à la légèreté finement travaillée. Parfois presque transparentes, parfois étoffées par l’amplitude dramatique des musiques de cinéma, ses créations sonores nourrissent et transportent la machine à rêves enclenchée par Nicolas Maury. Un quatuor à cordes composé des très jeunes élèves du conservatoire de musique de Romainville l’accompagne le temps d’une chanson, de manière imperturbable. Kate Moran, passionnée et évanescente protagoniste des Rencontres d’après minuit, le rejoint pour un duo comme dans les films.

L’éclectisme, les glissements de sens et les divagations fortuites, les ruptures de rythme et les sautes d’humeurs donnent sa saveur toute particulière à cette création mouvante, capricieuse, enthousiasmante dans son flirt de chaque instant avec la catastrophe d’une voix qui se cherche en prenant la question du chant à bras le corps. Nicolas Maury fait sienne la phrase de Jean-Luc Godard : la catastrophe est un poème d’amour et travaille le théâtre comme lieu par excellence des accidents liés à la présence. Je m’abandonne à vos constellations – cette déclaration voluptueuse est adressée autant aux auteurs de ces chansons qu’au public, libre chaque soir de s’approprier une multiplicité d’histoires, de convoquer ses propres références et fantômes, de s’adonner avec engouement aux jeux d’associations insolites.

La matière poétique dont regorge la salle basse de la Ménagerie de verre s’agrège de manière particulièrement heureuse sur la cadence étrange, hallucinée que Nicolas Maury insuffle aux vers du Faune de Mallarmé. En plein milieu de cette incantation crue et sensuelle, font irruption les images éminemment solaires, pasoliniennes, car érotiques et chorales, de Shanti Masoud. Question de rythme une fois de plus, travaillé par les pulsations de la super 8, avec son grain inimitable et son rendu voluptueux, quasiment charnel. Les alexandrins reprennent d’autant plus envoutants qu’ils viennent s’inscrire dans le sillage des battements d’une pellicule qui saisit elle-même des corps remués par le désir.

Smaranda Olcèse

photo Damien Blottière

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