QUE S’EST-IL PASSE ? : SIX RENDEZ-VOUS AUTOUR DE LA PERFORMANCE AU MAC/VAL

cedric_fenet

« Que s’est-il passé ? » cycle de performances au MAC/VAL / commissaire Sophie Lapalu.

Que s’est-il passé ? La question est simple, lapidaire. De par sa nature anodine, elle finit par réveiller une curiosité des plus tenaces. Restituée dans le contexte contemporain de la performance, elle reprend et amplifie les mécanismes de quelques unes des démarches les plus singulières de ce champ artistique.

Jeune commissaire d’exposition, Sophie Lapalu s’intéresse aux actions furtives. Héroïques ou discrètes, mobilisant d’importantes dépenses d’énergie physique ou empruntant des schémas rodés du secteur tertiaire, ces performances ont en commun le fait de se dérouler sans public à proprement parler. Des artistes agissant dans la sphère publique sans convoquer de spectateurs, des gestes banals, visibles par tous sans pour autant attirer l’attention de personne, des actions menacées d’être englouties dans les flots du quotidien. Devant l’impossibilité criarde où se trouvent les objets dérivés, tout comme les photos et vidéos, de témoigner de ces actions, seul l’art de manier les mots peut en saisir la nature. Enquêtes, interrogations et interviews, rapports, ponctuent une démarche de recherche placée sous le signe du suspens et des rebondissements, sous-tendue par l’exigence d’établir une véritable connexion entre l’espace de la parole et l’espace de l’action. Sophie Lapalu travaille sur le Paradoxe des actions furtives (titre de son doctorat en cours à l’Université Paris VIII) et son intérêt va des précurseurs, tels Vito Acconci ou Jiri Kovanda, aux jeunes artistes tels Jean-Christophe Norman, Florence Jung, Elodie Brémaud ou encore Jean-Sébastien Tascher (pour n’en citer que quelques uns), en passant par Les Gens d’Uterpan, véritables troublions du champ chorégraphique.

Les heures de récits s’accumulent et l’invitation lancée par l’équipe du MAC/VAL arrive à point nommé. De mars à juillet 2014, du haut des 50 cm de la Tribune de Médiation Mobile du musée, Sophie Lapalu active ces ressorts, distille rumeurs et bruits, colporte et rend accessibles au public les sens multiples de ces pièces qui font œuvre silencieusement et sapent les lieux communs du champ de l’art en réinterrogeant les notions de valeur et de validation, de vie ordinaire, de représentation et de communication.

La commissaire d’exposition ne se refuse pas de brèves incursions dans la pratique même de la performance, telle cette intervention savoureuse et fort inspirée, concoctée de mèche avec Ava Carrère, qui rend hommage à l’œuvre d’Esther Ferrer, à grands renforts de chou vert et de nus statuaires de la Grèce antique, poirier sur les bras et vers polyglottes.

Sa programmation du mois d’avril illustre de manière particulièrement inspirée la diversité des registres mobilisée par ces actions furtives. Il y va aussi bien du chant que des Art Market Studies.

Ava Carrère, plasticienne et auteur-compositeur-interprète, fait la geste d’une série de 12 performances données en juin 2012 sur un ring de boxe pour une seule personne (Solo, de Stéphanie Lagarde). Sa ritournelle électro-zouk retrace des actions qui ont ponctué la durée de cette exposition, D’échec en échec sans perdre son enthousiasme, à la galerie YGREC ENSAPC, qui glisse inexorablement, à coup de rimes bien serties et de rythmes syncopés, vers le mythe.

En matière de mythes, l’artiste suisse Florence Jung a une expertise toute particulière, elle qui s’emploie à brouiller les pistes et à semer le doute, allant jusqu’à la réalité de sa personne. Florence Jung a fait du bluff, de l’imposture, de la corruption, de la triche, du secret, les outils mêmes de son art performatif. La lauréate 2013 du prix suisse de la performance est peut être dans la salle, de surcroît à moins de 3m de la Tribune de Médiation Mobile, incognito, comme de coutume. L’attention de l’audience est pourtant focalisée sur la prestation quelque peu déceptive d’un professionnel du marché de l’art qui assène théories et analyses dont la vocation est de modéliser les tendances d’un secteur d’investissement particulièrement performant. Premier et deuxième degré de lecture se mélangent ainsi dans la démarche globale de Florence Jung qui conçoit son art du leurre avec une déconcertante sincérité.

Nous attendons avec impatience le rendez-vous du mois de mai, où il sera question des traversées de la Manche à la rame ou en pédalo, avec Jean-Sébastien Tascher et Nicolas Koch.

Smaranda Olcèse

Photo Cédric Fenet

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