DIRE CE QU’ON NE PENSE PAS DANS DES LANGUES QU’ON NE PARLE PAS : UN THEATRE TOTAL A COUPER LE SOUFFLE

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Correspondance à Bruxelles.
« Dire ce qu’on ne pense pas dans des langues qu’on ne parle pas » CREATION / Texte Bernardo Carvalho / Mise en scène d’Antônio Araùjo / Cie Teatro da Vertigem / Théâtre National de Bruxelles / 68e Festival d’Avignon

C’est dans le cadre de « VILLES EN SCENES/CITIES ON STAGE » projet européen porté par cinq théâtres en Europe dont le Théâtre National à Bruxelles, que cette sixième création a été confiée au metteur en scène brésilien Antônio Araùjo, figure majeure en Amérique Latine et bientôt en Europe, si l’on en juge par sa remarquable création au mois de juin à Bruxelles et cet été au Festival d’Avignon.

Ce qui caractérise le théâtre d’Antônio Araùjo, c’est son travail hors des institutions théâtrales et des scènes classiques. Il s’accapare des lieux improbables chargés d’histoire et d’émotions pour privilégier un rapport direct avec le public et susciter la confrontation à l’oeuvre présentée.

S’il n’est pas le seul à oser le dépaysement théâtral, il est certainement l’un des metteurs en scène les plus doués et talentueux de sa génération. On ne voit pas seulement un spectacle d’Antônio Araùjo, on s’y immerge totalement sans s’y noyer !

Présenté à la Bourse de Bruxelles, symbole du capitalisme financier par excellence, dans un immense espace redécouvert et réinventé pour cette occasion, « Dire ce qu’on ne pense pas dans des langues qu’on ne parle pas » est un spectacle déambulatoire qui témoigne de l’urgence de nos sociétés politiques à répondre à la crise, qu’elle soit économique, éthique et sociétale ou bien, plus personnelle et parfois même singulière.

L’histoire: Aujourd’hui à Bruxelles errent, perdus, les deux personnages principaux de la pièce. Le père y a vécu lorsqu’il dut fuir la dictature dans son pays. Il y revient pour accompagner sa fille, économiste, qui doit donner une conférence. Elle espère aussi provoquer un choc qui fera sortir son père du mutisme complet dans lequel il est plongé depuis la mort de son épouse. Mais tous deux vont se perdre dans cette ville qu’ils ne reconnaissent plus. Pas seulement physiquement: ses habitants aussi sont méconnaissables. Comment la politique a-t-elle été peu à peu gagnée par les discours sécuritaires et identitaires ? Comment les repères et les valeurs se sont-ils aussi rapidement effondrés ?

Ecrite par l’un des plus grands romanciers contemporains de sa génération, le brésilien Bernardo Carvalho, cette pièce, au-delà de l’évocation du thème de l’exil, examine « la confusion idéologique qui règne entre les valeurs de droite et celles de gauche, la montée des extrémismes fascistes » et le sentiment, partagé par une large partie de la population, d’être déconnecté du monde dans lequel elle vit. La langue est théâtrale, la narration puissante et la poésie ne cesse d’envahir cette langue qu’on ne peut pas ne pas entendre tellement la vie y est entremêlée. C’est une vraie découverte, une œuvre forte, en résonance avec l’écho des contestations civiles qui se multiplient ici et là, dans ces villes post-modernes en proie à des défis titanesques.

Et que dire de la distribution, dans la quelle se côtoie acteurs brésiliens, belges et français, qui épousent tant physiquement que psychologiquement les errances et les violences intérieurs de cette galerie de personnages. Saluons particulièrement Claire Bodson dans le rôle de la fille et Jean-Pierre Baudson, acteur juste et intense dans son jeu, vrai en somme.

« Tu as déjà parlé dans une autre langue ? Tu as déjà menti ? » Voilà commence le spectacle. Et cette question chacun de nous se la pose tout du long, face à la parole ininterrompue des experts, des medias, des élites qui ne comprennent plus, à leur tour le peuple. Communication Breakdown !

Ne manquer sous aucun prétexte ce spectacle iconoclaste et poétique dans le cadre du Festival d’Avignon 2014 à l’hôtel des monnaies du 7 au 17 juillet 2014.

Philippe MABY

Photo Fred Vaillant

Comments
One Response to “DIRE CE QU’ON NE PENSE PAS DANS DES LANGUES QU’ON NE PARLE PAS : UN THEATRE TOTAL A COUPER LE SOUFFLE”
  1. ideelle dit :

    Voilà qui donne envie !! Merci à vous

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