PRESSE CULTURELLE : APRES « MOUVEMENT », « MONDOMIX » LUI AUSSI DISPARAÎT

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DISPARITIONS : LA PRESSE CULTURELLE PERD PIED

Décidément, mauvaise série pour la presse culturelle en ces années de « crise » -et pour la presse papier tout court, d’ailleurs : après la liquidation judiciaire de l’excellente revue MOUVEMENT en mai dernier, juin voyait le magazine musical MONDOMIX dans sa version papier s’arrêter définitivement. Coup du sort : c’est désormais le site online du journal qui ferme lui aussi.

INFERNO connaît bien les difficultés qui régissent le maintien d’une presse culturelle de qualité, bien éloignée des « stratégies » des magazines grand public soutenus par de grands groupes ou des multinationales. Le métier n’est pas le même, et dans l’univers déjà abimé de la Culture -où les budgets se rétrécissent comme peau de chagrin, singulièrement depuis deux ans- les revues culturelles qui supportent la créativité la plus exigeante et la diffusent au plus grand nombre sont en danger constant de disparition, comme on le voit.

MOUVEMENT, MONDOMIX, comme les véritables quotidiens d’information en grand danger eux aussi (Libération, Le Monde), tous sont désertés par un lectorat de plus en plus fauché, des annonceurs culturels obligés de sabrer dans leurs budgets com et publicitaires, et un Etat qui ne joue plus son rôle d’amortisseur, notamment pour la presse et la Culture.

Le constat est plus qu’alarmant. Il serait grand temps que les pouvoirs publics -et en particulier le Ministère de la Culture- prennent la mesure de la gravité du problème et s’attachent enfin à soutenir ceux qui -indispensables dans le paysage culturel- relaient contre vents et marées économiques la créativité dans toutes ses formes innovantes et exigeantes.

MR

Ci-dessous, la lettre ouverte de Marc Benaïche, directeur de Mondomix, à propos de la disparition de sa revue :

« Après l’arrêt du magazine Mondomix ce 21 juin 2014, en ce premier jour d’automne c’est désormais terminé pour le site web Mondomix.com. L’été ne nous a pas permis de trouver la solution que nous espérions.

Mondomix n’était pas seulement un site web ou un magazine, mais une partie de moi-même et sans doute de beaucoup de mes ami(e)s et collègues avec qui nous avons construit cette entité.

En effet Mondomix au fil de ses seize ans avait acquis son identité à part entière, une âme et un destin.

Ce destin semble se terminer ici, en pleine turbulence de l’adolescence. Une crise de croissance sans doute.

Une entreprise culturelle est une chose bien étrange. Un paradoxe parfois, surtout si cette entreprise prétend être un média.
J’ai des convictions, un idéal, la croyance qu’aucune vérité n’est certaine et que les rencontres avec l’Autre constituent le meilleur moyen de s’accomplir, de devenir ce que nous sommes.

Une petite phrase de Levinas m’a toujours marqué « l’autre en tant qu’autrui n’est pas seulement mon alter ego, mais celui que je ne suis pas ». Je m’amuse à la mettre en relation avec une autre petite phrase de Kierkegaard : « Ne désespère jamais de vouloir devenir ce que tu es » et André Gide de rajouter dans ses nourritures terrestres « Nathanaël ne demeure pas auprès de ce qui te ressemble ; ne demeure jamais, Nathanaël. Dès qu’un environ a pris ta ressemblance, ou que toi tu t’es fait semblable à l’environ, il n’est plus pour toi profitable. Il te faut le quitter.»

Du coup pour être moi il me fallait résolument connaître intimement l’autre et que cet autre soit résolument différend.

Quand j’ai créé Mondomix, je ne savais pas qui j’étais, mais je savais que j’en saurais un peu plus grâce à ma rencontre à chaque fois inédite avec l’autre. Et plus il serait étranger à moi, plus le chemin que je parcourrai en moi même serait grand et riche. C’est cette idée simple que j’ai voulu partager avec vous tous.

Mondomix était le moyen rencontrer l’autre au travers de sa voix, son chant, sa musique, aussi loin qu’il puisse être… et de le (re)ssentir prés de soi.

Pourtant ce désir, cette tentative, s’est trouvé toujours harassé par la nécessité économique. J’ai passé seize ans à courir après l’argent pour les fameuses fins de mois, et cela a eu fin de Mondomix.

Je m’inquiète du monde qui vient. Malgré un optimisme solidement soclé en moi, l’anxiété gagne chaque jour un peu plus. Ce « triomphe de la cupidité » – pour reprendre la formule de J. Stiglitz – à chaque strate de notre environnement est résolument insupportable, insoutenable.

La quête effrénée du profit condamne toute entreprise qui n’a pas ce but comme raison d’être à une mort certaine.

J’avais cru naïvement qu’être entrepreneur signifiait entreprendre : rendre sa vie active au sens de la « vita activa » d’Hannah Arendt, c’est à dire : le travail, l’œuvre et l’action.
Et non pas condamner son quotidien à l’accumulation de l’argent à l’instar d’un score de jeux vidéo débile où le seul but est d’en shooter le plus possible… Mais au fond le business pourrait se résumer qu’à cette phrase : « Shoot them up ! »

L’argent n’est pas un problème s’il est au service du sens. Mais lorsque le profit tue le sens, car la rentabilité ne suffit plus, mais que seule la croissance des bénéfices importe, nous allons contre le sens, à contre sens donc.

À la course de la croissance, Mondomix n’avait pas sa place.

Nous sommes pourtant nombreux à rechercher et à construire le sens des choses. Comment cela se peut-il que notre place disparaisse au profit du profit ? »

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