LE VIDE, ESSAI DE CIRQUE : UNE CHASSE AUX ETOILES

Le Vide__ (c) Académie Fratellini

Frangan Gehlker et Alexis Auffray, Le Vide, Essai de Cirque / Théâtre Monfort / du 23 septembre au 11 octobre 2014.

 Le premier est un circassien adepte de la corde suspendue ; le second est violoniste et manœuvre de spectacle. Frangan Gehlker et Alexis Auffray se sont rencontrés en 2009 sur le spectacle de sortie de la 21ème promotion du CNAC – Centre national des arts du cirque de Châlons-en-Champagne. Les deux artistes s’entendent alors pour concevoir, avec l’aide de Marroussa Diaz Verbèke à la dramaturgie,  un spectacle de cirque qui prendrait comme point de départ Le Mythe de Sisyphe tel qu’exposé par Albert Camus dans son célèbre essai éponyme.

« Il faut imaginer Sisyphe heureux »

Artiste à l’agilité reptilienne, Frangan Gehlker combine la grâce du danseur et la force du circassien. Il monte à la corde avec maîtrise, chute tel un ange tombé du ciel, regarde le public avec l’étonnement d’un enfant. Comme Sisyphe pousse éternellement son rocher en haut d’une montagne, l’artiste cherche désespérément à atteindre le firmament sans y parvenir. Une corde se casse en son milieu, une autre était mal attachée, une troisième choit sans crier gare.

Cherchant l’ascension, l’artiste découvre la chute. Mais cette chute n’est pas triste puisqu’elle fait naître la beauté et le rire. Si dans ce spectacle on trésaille à la vue de ce cordeliste suspendu au-dessus du plateau, on rit aussi de ce triste clown à qui il arrive toujours une mésaventure le stoppant net dans sa chasse aux étoiles. Utilisant le comique de répétition et de situation, notamment grâce à des enregistrements audio qui se font l’écho de ce qui se passe sur scène, les deux compères versent dans l’absurde avec une candeur tout à fait rafraichissante.

Se rire du danger

Leur spectacle combine écriture de cirque et dramaturgie théâtrale. Alors qu’Alexis Auffray crée un espace performatif dans lequel il bidouille, fait du roller et s’occupe de la sonorisation du spectacle ; Frangan Gehlker prend tous les dangers pour nous révéler un geste circassien maîtrisé. Le vide dont il s’agit ici renvoie aussi bien à une angoisse métaphysique qu’à un questionnement sur l’art du cirque. En effet, qu’y a-t-il de plus vain que le cirque en tant que geste pur : simple exploit exécuté avec la grâce de l’éphémère ? Le cirque se présente ici dans son plus simple appareil : l’espace vide d’un théâtre, quelques cordes suspendues au plafond, un circassien et la volonté agissante de toucher les étoiles. Le tout pris avec le sourire et la désinvolture qui sied aux artistes qui se frottent à l’ineffable.

S’échapper de la pesanteur, de l’esprit de sérieux qui menace nos existences et plus largement de notre petite condition humaine : une jolie métaphore emplie de rêve, d’exploit et de profondeur.

Quentin Guisgand

Le Vide - (c) Maroussia Diaz Verbeke

photos Académie Fratellini / Maroussia diaz Verbeke

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • Mots-clefs

  • Archives