BIENNALE DE LYON : VILLA-LOBOS, THOMAS LEBRUN, RODRIGUE OUSMANE, SCIARRONI

Joseph

16e BIENNALE DE LA DANSE DE LYON : Les spectacles jeunes publics de la Biennale de la Danse : Maria-Clara Villa-Lobos, Rodrigue Ousmane, Thomas Lebrun, Alessandro Sciarroni.

Les spectacles jeunes publics de la Biennale de la Danse

Ils ne sont pas beaucoup gâtés, les enfants, dans cette 16e Biennale de la danse de Lyon. Sur près de 130 représentations, 10% des représentations leurs sont spécifiquement dédiées. Le choix est réduit mais le champ artistique est vaste, tout en retrouvant la ligne directrice de Dominique Hervieu dans le mélange des formes et la folie douce du geste.

Maria-Clara Villa-Lobos, Tête à tête

Tête à tête est un spectacle pour tout-petits (à partir de deux ans, jusqu’à au moins huit) qui, en plein stade anal et phallique, adoreront cette inspection chorégraphique des fesses et du sexe.

Ils ne seront pas inquiétés, la chorégraphe vient au début du spectacle leur expliquer comment se déroule une représentation (le noir, son personnage, la vidéo…) afin qu’ils puissent entrer dans ce monde magique sans trop d’appréhension. La pièce imbrique très intelligemment vidéo et danse pour créer un distension entre les différents niveaux de réalité. Trois réalités se mêlent et se démêlent pendant la demie-heure du spectacle : la réalité de la diégèse, la réalité virtuelle de la vidéo et la réalité du monde. Oui, nous sommes au spectacle, dans un fauteuil et sous le costume se cache la danseuse : il y a ce concret-là. Oui, dans le spectacle se joue une autre réalité, celle du personnage qui naît, grandit, tombe amoureux, fonde une famille. Oui, à l’intérieur du spectacle il y a du faux et du vrai, il y a de l’imaginaire et du réel. « c’est un vrai personnage » dit un enfant-spectateur pendant le spectacle pour comparer le personnage qui est sur scène et celui qui est sur l’écran. Le décalage entre le vrai-faux, le faux-faux, le vrai-vrai etc. provoque aussi souvent le rire.

Car, si les vidéos sont drôles, ce sont surtout les mouvements des danseurs qui provoquent l’hilarité générale. Le dessin d’une crotte fait moins rire que les torsions du postérieur. C’est le mouvement qui réveille les âmes, la vie appelle la vie quand l’image appelle à la fascination muette, à la mort. Sans le vouloir, cette proposition hybride est une ode au spectacle vivant ! Ça bouge, ça rit, ça bouillonne dans la salle mais, quand il faut, le calme revient car les danseurs savent très bien gérer le public.

On pourra regretter que la danse soit assez pauvre et que la chorégraphie utilise des mouvements que les enfants connaissent déjà. Car l’intelligence du traitement dramaturgique ne s’accompagne pas d’une richesse chorégraphique époustouflante. Dommage, Tête en tête aurait été un chef-d’œuvre là où il se contentera d’être un très bon spectacle.

Thomas LebrunCCN de Tour, Tel Quel

Un tas de sacs à dos. Quatre grands enfants, chacun sa couleur, entrent dans la marche harmonique de la vie. Entre celui qui ne veut pas être tout à fait comme l’autre, celle qui dévie un peu de la chorégraphie, Thomas Lebrun inspecte, dans toutes les ambiances possibles, le question de l’individu face à lui-même mais surtout face au groupe. Question du genre ? Plutôt question de la perception que les autres peuvent en avoir et de comment le groupe vous accepte ou vous rejette.

Partage des biens, bastons et concours de casse, apprendre le pardon… tous les moments de la cour de récréation sont traités avec intelligence et une belle exécution de la part des quatre danseurs, tous très bons. On regrettera un peu cependant les postures qui empêchent la sincérité (posture de l’enfant, du jeu, de la performance…) et surtout qui réduisent le spectatorat aux enfants des écoles élémentaires.

Tantôt burlesque, tantôt violent, toutes les ambiances sont traversées, au rythmes des diverses reprises de C’est Magnifique. Mais, après s’être essayé à la trivialité, il est très difficile (impossible même) de récupérer les enfants pour les amener brutalement vers le tragique puis le lyrique. Question de rythme, piquer un sprint peut se faire d’un coup, en rupture ; retrouver brutalement son calme après la course ne fonctionne pas. D’où les applaudissements plus de tièdes et même les sifflets (!) de certains enfants.

Rodrigue Ousmane, Leda

Même si Leda n’est pas un spectacle drôle, même si la pièce se veut porteuse d’un message écologique très clair, la proposition n’en est pas moins joyeuse car pleine d’énergie, jouant beaucoup sur l’interaction et appelant à une humanité plus pure et plus collective. Qu’on ne s’y trompe pas, « léda », dans la langue du tchadien Rodrigue Ousmane signifie « sac plastique ». Il s’agit donc ici de faire un spectacle à portée politique afin de modifier les comportements quand à la gestion des déchets.

Les compagnies Non Nova (Phia Ménard) ou La Berlue ont déjà utilisé sous toutes ses formes le sac plastique. Mais ici, il ne s’agit pas de donner vie à un objet mais bien de le traiter comme un encombrant, comme une belle saleté. Si la pièce frôle la démagogie, elle n’y tombe jamais par la grâce de l’interprète. Il y a une conviction simple, qui rend le spectacle intime. Rodrigue Ousmane, dans une sincérité assez touchante, a sur scène une présence étonnante qui captive le regard.

La musique, très rythmique, permet au danseur de s’envoler, sans décoller réellement tant sa danse plaque au tempo musical. En revanche, le mélange du hip-hop et des danses traditionnelles tchadiennes est assez heureux et bien pensé.

Alessandro Sciarroni, Joseph_Kids

La proposition d’Alessandro Sciarroni n’a en revanche pas été pensée pour des enfants. Suite à une demande de programmateurs, il a transformé sa performance Joseph en adaptant la fin et en transmettant la pièce à un autre danseur : le formidable Marco d’Agostin. Portant une danse très géométrique, simple à intégrer dans son fonctionnement pour un jeune public (7/9ans), il réussit à conserver toute son humanité charnelle au langage corporel que l’ordinateur va chercher à virtualiser sans cesse.

A la table, dos au public, le danseur-performer travaille sur son ordinateur. Son écran est retransmis en fond de scène. A l’aide d’une web-cam, le spectateur peut voir le danseur et se voir derrière. Certains enfants sont déjà sortis du spectacle tant ils sont incapables de quitter la fascination narcissique de leur image.

Sur des musiques rock, comme s’il était devant le miroir de sa salle de bain, Marco d’Agostin danse devant l’écran. L’œil du spectateur oscille de la 2D à la 3D, du virtuel au réel. L’effet n’est pas le même : le charnel, le concret s’adresse à notre charnel et le rapport danseur/spectateur est très intime dans cette danse de l’infime. De l’autre côté, l’écran englobe le corps du danseur et s’adresse à notre œil qui centralise toutes les informations d’une seule traite. L’alternance de l’intime et du global provoque chez le spectateur un trouble assez beau dans la perception du corps de l’autre.

Au fur et à mesure des musiques, le performer rajoute des effets de distorsion de l’image. Après un simple twist, Sciarroni choisit des effets moins simples, moins efficaces qui créent des images du corps fascinantes, qui permettent au danseur de trafiquer son corps de façon esthétique, drôle, magique.

Si la dernière partie, modifiée dans la version pour enfant, n’est pas à la hauteur du début du spectacle, les rapports entre musique, danse et ordinateurs sont multiples, bien utilisés et donnent dans l’ensemble un spectacle heureux et novateur.

Dans une histoire de la danse française, si Philippe Decouflé et Dominique Hervieu sont les parents d’une danse du réjouissant (qu’ils ont inventée à la fin du XXe siècle), Maria-Clara Villa-Lobos, Rodrigue Ousmane et Alessandro Sciarroni attrapent le flambeau au vol pour créer avec malice et générosité la nouvelle chorégraphique du XXIe siècle, en toute décontraction.

Bruno Paternot
Envoyé spécial à Lyon

Tête à tête : Duo — Création 2011 — Durée 45 min / Conception et chorégraphie : Maria Clara Villa-Lobos / Dansé par et créé avec : Barthélémy Valmont Manias et Maria Clara Villa-Lobos — Création et régie lumières : Hajer Iblisdir — Création sonore : Gaëtan Bulourde — Musiques supplémentaires : Pascal Ayerbe, Raymond Scott, MUM — Régie vidéo : Pierre Delcourt — Dessins et animations : Jérémy Dupuydt — Création des costumes : Catriona Petty — Scénographie et accessoires : Aurélie Deloche, Anne Ruellan — Regard extérieur et accompagnement artistique : Félicette Chazerand.
Un extrait su spectacle :
https://www.youtube.com/watch?v=bZPA_OUL1SM

Leda : Solo — Création 2010 — Durée 50 min / Chorégraphe et interprète : Rodrigue Ousmane / Musique : Malhik Berki et un montage de musique traditionnelle africaine (Dhafer Youssef) — Scénographie et costumes : Rodrigue Ousmane — Création lumières : Patrick Barbanneau et Stéphane L’Hereynat / Accueil : Espace Albert Camus, Bron – Biennale de la danse / Un extrait du spectacle : https://www.youtube.com/watch?v=AXdmbkglvD4

Joseph_Kids : Solo — Création 2013 — Durée 30 min / Chorégraphe : Alessandro Sciarroni / Avec : Michele Di Stefano ou Alessandro Sciarroni (en alternance), Marco D’Agostin — Conseil à la dramaturgie : Antonio Rinaldi — Promotion : Lisa Gilardino — Communication : Beatrice Giongo / Accueil : TNFG – Théâtre Nouvelle Génération, Biennale de la danse / un extrait du spectacle : https://www.youtube.com/watch?v=-0R48HKOHVU

Tel quel ! Pièce pour 4 danseurs — Création 2013 — Durée 55 min / Chorégraphie : Thomas Lebrun / Interprétation : Julie Bougard, Veronique Teindas, Yohann Têté, Matthieu Patarozzi — Création lumière : Jean-Marc Serre — Création son : Maxime Fabre — Régie lumière : Xavier Carré — Régie son : Vivien Lambs — Musiques : Washington Marching Band, Aimé Barelli, Lilo And Peter Cookson, Franck Pourcel, Cole Porter, Samuel Baber — Costumes : Thomas Lebrun / Accueil : Théâtre de la Renaissance / O ullins, Biennale de la danse / Une petite vidéo ! : https://www.youtube.com/watch?v=hj8oeUwbWck

Photo : Alessandro Sciarroni « Joseph_Kids »

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