FESTIVAL D’AUTOMNE : LUCINDA CHILDS, DANCE IS BEAUTIFUL…

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FESTIVAL D’AUTOMNE à Paris : Lucinda Childs, Dance au Théâtre de la Ville, du 17 au 25 octobre 2014

Assister à Dance de Lucinda Childs est un événement en soi. Tout d’abord parce que la pièce créée en 1979 peut être considérée comme un classique de la danse contemporaine. Elle est entrée dans le répertoire des grandes pièces chorégraphiques du XXème siècle. Ensuite parce qu’elle n’a pas été montée à Paris depuis bien longtemps, même si le Festival d’Automne 2013 nous avait permis d’apprécier le travail de la chorégraphe américaine dans l’opéra de Robert Wilson, Einstein on the Beach  (voir critique Inferno ici).

Le film de Sol Lewitt, montrant les doubles des danseurs de 1979 alors que les corps réels de la nouvelle distribution dansent la même partition sur scène, a été digitalisé afin d’éviter la perte du film original. La composition répétitive de Philipp Glass est toujours aussi entêtante et n’a rien perdu de sa puissance. Ces deux éléments ont été travaillés de concert avec la chorégraphie, proposant une œuvre d’une très grande rigueur et d’une force sans pareil.

Cette pièce est paradoxale car elle allie liberté et enfermement. La composition répétitive, tant musicale que chorégraphique, piège le spectateur dans des boucles et des circonvolutions d’où il semble difficile de s’échapper. Les costumes blancs et impersonnels dissolvent l’individu danseur dans une neutralité inquiétante. Le masque sans expression que ces derniers arborent en fait des automates réglés par quelque instance supérieure. Nous plongeons dans un univers quasi carcéral aux allures totalitaires, comme un ballet de marionnettes sans vie.

Cependant, dans ce cadre rigide, le danseur évolue avec grâce, légèreté, donnant au spectateur un sentiment de pureté sans égal. La pièce, au lieu de se donner comme un objet dictatorial et impersonnel, laisse de la place pour une interprétation fine de chacun des protagonistes présents sur scène. Ce sont des bras qui effleurent l’air dans un battement d’aile ; c’est un torse qui se bombe à l’occasion d’un saut ; c’est un ralentissement subreptice du rythme effréné de la chorégraphie qui ouvre une brèche dans le temps.

Car le temps répété est en fait un temps biaisé dans lequel les danseurs ouvrent des parenthèses et suspendent leur envol. Le temps linéaire est cousine de la durée de l’ineffable. Un Je-ne-sais-quoi qui suggère plus qu’il ne dit et qui intègre le regardeur dans une sensibilité sauvage. Les interprètes traversent le plateau et on dirait qu’ils volent. On s’attend à tout moment à assister à l’un de ces phénomènes surnaturels dont on sait bien qu’ils ne peuvent arriver dans la vraie vie.

Dance est un travail très étudié par nombre de chercheurs et d’étudiant en études chorégraphiques. Elle est aussi entrée dans les cours de danse car elle crée un modèle, un style et un univers qu’il est toujours intéressant pour un danseur de s’approprier. Pour le spectateur, il s’agit juste du plaisir de se perdre pour mieux se retrouver. Un grand moment d’émotion en somme.

Quentin GUISGAND

Lucinda_Child_©_Sally_Cohn_2

Photos Sally Cohn

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