XAVIER VEILHAN RHABILLE LE CHÂTEAU DE RENTILLY

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Xavier Veilhan au Château de Rentilly / Do­maine de Ren­tilly, 77600 Bussy-saint-Mar­tin / Ouverture le 22 novembre 2014.

Comme un coup de baguette magique: en lieu et place de l’ancien château de Rentilly, bâtiment sans grand intérêt, se trouve aujourd’hui un lingot d’inox élégant, qui reflète le parc environnant. Une disparition-métamorphose opérée en équipe: l’artiste Xavier Veilhan a piloté le projet au côté des architectes Bona-Lemercier et du scénographe Alexis Bertrand.

C’est un château presque neuf qui est inauguré ce samedi 22 novembre, au cœur du parc de Rentilly (Seine-et-Marne), longtemps resté domaine seigneurial. Il y a encore quelques mois, c’était une bâtisse mastoc aux allures bourgeoises, construite dans les années 50. Si elle semblait usurper son appellation de château, elle se posait sans conteste en héritière d’un certain esprit d’époque: sous les combles, les chambres de bonnes n’avaient pas de fenêtre…

Depuis, le plasticien Xavier Veilhan, les architectes Philippe Bona et Elisabeth Lemercier ont dépoussiéré le lieu, et détruit sans états d’âme le toit pointu et aveugle. Le trio, accompagné du scénographe Alexis Bertrand, a remporté le concours lancé à l’initiative de la Communauté d’agglomération de Marne et Gondoire. Une condition était posée: la pluridisciplinarité de l’équipe porteuse du projet. C’est donc ensemble, croisant les expertises, qu’ils ont évidé la demeure, réaménagé les espaces, et surtout rhabillé la structure d’un inox poli, pour une façade-miroir qui reflète le cadre de verdure et le ciel. « Un an et demi et trois millions d’euros pour faire disparaître un château! » résume dans un sourire Xavier Veilhan.

Fantôme élégant et lumineux, le château est aujourd’hui un centre d’art contemporain: le Frac Ile de France, associé au projet, y a pris ses quartiers. Désormais, le fond régional d’art contemporain pourra compter sur ce deuxième site, qui complète celui du plateau, à Paris. Pour le directeur du Frac, Xavier Franceschi, cette double implantation est loin d’être superflue: « Les Fracs sont souvent critiqués pour ne pas assez ouvrir au public leur collection. Avec cette double implantation, nous pourrons davantage montrer les œuvres ».

Ce samedi, l’exposition « Explore » inaugure l’espace, vidé de ses piliers et pourvu de cloisons mobiles. Deux niveaux, totalisant 500m2, éclairés par des enfilades de tubes fluorescents, accueillent une douzaine d’œuvres du fonds, dont certaines sont présentées pour la première fois. A commencer par « Mirrors », peinture vertigineuse de Philippe Decrauzat qui investit le sol d’un motif moiré, pour un effet d’optique hypnotique. Un peu plus loin, les visiteurs pourront également découvrir l’énigmatique vidéo de Pierre Bismuth, « The All Seeing Eye (l’œil qui voit tout) », qui interroge la notion d’effacement, comme un écho à ce château réfléchissant qui semble vouloir se soustraire à la vue.

« L’idée du projet était de faire rentrer le parc dans le château, qui n’était pas une construction très intéressante au départ; de le rendre furtif, en quelque sorte », explique Xavier Veilhan. Objectif atteint: l’inox poli miroir qui entoure le volume extérieur difracte l’espace alentour. Les hautes fenêtres, dotées de verres miroir, laissent croire à un bâtiment aveugle et réfléchissant, pour un fondu quasi total dans le paysage. Quant au toit terrasse, qui remplace avantageusement le précédent, il participe aussi de cet effacement du lieu: la rambarde de protection en aluminium déployé (des mailles en métal variables, en forme de losange, s’étirent progressivement), crée des effets de transparence qui permettent à la taule de renvoyer à la fois la couleur du ciel et des arbres.

« Je n’avais jamais eu la chance de travailler à cette échelle là », s’enthousiasme l’artiste, pour qui l’aboutissement du projet tient du « miracle ». Le mot est aussi repris par le président de la communauté de Marne et Gondoire, qui a longuement bataillé pour cette réhabilitation: il y a quinze ans, l’aspect public du parc et du château était menacé par un projet immobilier qui souhaitait y implanter un complexe d’hôtellerie de luxe. Le « miracle », à Rentilly, a pris la forme d’un lingot aux couleurs du temps qu’il fait.

Christelle Granja

Chantier de la rÈhabilitation du Ch‚teau de Rentilly

Chantier de la rÈhabilitation du Ch‚teau de Rentilly

Visuels : Vues extérieures du Château de Rentilly, 2014 Philippe Bona et Elisabeth Lemercier (architectes), Xavier Veilhan (artiste), Alexis Bertrand (scénographe). Photo © Florian Kleinefenn / Vincent Germond ; © Veilhan / ADAGP, Paris, 2014 Commande de la Communauté d’agglomération de Marne et Gondoire réalisée avec le soutien du ministère de la Culture et de la Communication, au titre de la commande publique

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