WIM VANDEKEYBUS / ULTIMA VEZ, « WHAT THE BODY DOES NOT REMEMBER », LE 104

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Wim Vandekeybus / Ultima Vez : What the body does not remember / Le Centquatre Paris, avec le Théâtre de la Ville / 9-15 avril 2015.

Un retour aux débuts

What the body doest not remember, créé à Haarlem aux Pays-Bas, est le premier spectacle de Wim Vandekeybus et Ultima Vez à faire date à la fin des années 1980.

Comme Jan Fabre qui rejouait récemment deux de ces premiers spectacles – Le Pouvoir des folies théâtrales (1984), et C’est du théâtre comme c’était à espérer et à prévoir (1982) à la Biennale de Lyon 2014 –, avec What the body doest not remember, Wim Vandekeybus revient sur sa première œuvre, devenue pièce de répertoire incontournable. Qu’est-ce que retraverser une œuvre, offrir au public les traces des débuts, puiser dans l’origine ? Est-ce pour boucler une boucle, écrire un cycle ?

Une femme claque ses ongles sur une table sonorisée, deux hommes se retournent dans leur sommeil. Insomnie ou cauchemar, les hommes deviennent des poupées de chiffon, marionnettes aux mains de la femme attablée. Des individus, des couples, des groupes traversent le plateau de long en large, par séquences, pour nous dire leurs impulsions et leurs désirs intrinsèques : homme bâtisseur ou homme séducteur, l’individu se raconte dans son plus simple appareil, mais toujours avec force.

Les danseurs de Wim Vandekeybus se jettent au sol, sans peur de la chute, aux prises avec une pesanteur incontrôlable ou une attraction impossible à combattre, et désirée. What the body does not remember se lit comme une danse de la tentative, de la recherche d’un équilibre précaire, dont le point de départ est une pulsion et l’arrivée une chute inévitable, comme un saut dans le vide. L’esthétique de la pièce se joue principalement dans le dialogue entre la composition musicale, la lumière qui sculpte l’espace, et les corps jouant les rapports de force entre hommes et femmes, hommes et hommes, femmes et femmes. La danse se transforme en jeu, en numéro d’acrobates, elle s’hybride joyeusement, la musique ou le silence donnant le rythme aux mouvements.

Les tableaux se succèdent, qui commencent tous dans le silence et la solitude. Ils sont la répétition d’instants éphémères et cycliques de gestes quotidiens et banals, par lesquels le réel glisse doucement vers l’imaginaire. Les saynètes invoquent des situations simples, souvent absurdes et comiques : une sortie de douche serviette de bain à la main, ou une sortie piscine. Seul ou à plusieurs, l’homme rêve et tente de pénétrer son imaginaire, en modifiant l’espace qui l’entoure, les effets de perspective et d’apesanteur. Les combats d’hommes deviennent des combats de chiens ; de gestes de tendresse, les rapports se transforment en affrontements intempestifs. Le silence règne en maître sur les êtres qui traversent le plateau de part en part, par moments dérangés ou portés par une musique martelée de percussions.

Les tableaux se succèdent donc, sans intention de narration, laissant le spectateur libre de réinventer une histoire à partir de propositions fragmentaires. Et c’est cette simplicité et l’hybridation du lieu chorégraphique qui permettent à celui qui regarde de convoquer sa propre expérience du monde et de construire, pour lui et en lui, un tout cohérent et intime. Ce rapport au plateau, qui place le spectateur au centre des possibles et « créateur » de son propre spectacle, est un des questionnements artistiques qui se développent dès les années 80 (voire dès les années 60) aussi bien au théâtre qu’en danse. Les domaines se croisent alors et s’hybrident de plus en plus. What the body does not remember est un de ces spectacles-expérience qui marquent une époque. La voie est alors ouverte vers une expérimentation du lieu plateau, du rapport scène/salle, de l’hybridation des genres et de la construction sensitive plutôt que narrative. Il y a 25 ans, Pina Bausch, Wim Vandekeybus, ou encore Jan Fabre, réinterrogeaient les formes et les rapports établis, en repensant l’espace du faire et du voir, un questionnement qui se poursuit encore fortement dans la création artistique d’aujourd’hui.

A la fin des années 1980, le chorégraphe et les compositeurs Thierry de Mey et Peter Vermeersch reçoivent le Bessie Award à New York pour leur confrontation des genres.

Moïra Dalant

En tournée :
24, 25 avril 2015, Ile de la Réunion, France
2 mai, ADC, Genève, Suisse
5, 6 mai, Théâtre de Sète, France
20, 21 mai, Dampfzentrale Bern, Suisse
9 juillet, Festival de Marseille, France

Photo Danny Willems

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