MARCEL BROODTHAERS, « MUSEE D’ART MODERNE – DEPARTEMENT DES AIGLES », A LA MONNAIE DE PARIS

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Marcel Broodthaers :Musée d’art moderne – département des Aigles / Monnaie de Paris, 11 quai de Conti Paris 6e / 18 avril – 5 juillet 2015.

Moi aussi, je me suis demandé si je ne pouvais pas vendre quelque chose et réussir dans la vie. Cela fait un moment déjà que je ne suis bon à rien. Je suis âgé de quarante ans… L’idée enfin d’inventer quelque chose d’insincère me traversa l’esprit et je me mis aussitôt au travail. Marcel Broodthaers, Bruxelles, 1964

La Monnaie de Paris présente du 18 avril au 5 juillet 2015, le Musée d’Art Moderne–Département des Aigles, certainement l’oeuvre la plus iconique de Marcel Broodthaers, sous le commissariat de Chiara Parisi en collaboration avec Maria Gilissen Broodthaers.

Après avoir présenté Quatuor à cordes pour Hélicoptères de Stockhausen lors de la Nuit Blanche 2013 puis, à l’occasion de sa réouverture partielle en octobre dernier, la Chocolate Factory de Paul McCarthy, la Monnaie de Paris permet, une nouvelle fois, au public de découvrir un projet artistique réputé « impossible ». Cette exposition offre aux visiteurs l’occasion de revivre une expérience artistique unique, avec une oeuvre considérée comme fondatrice dans l’Histoire de l’art du XXème siècle.

Dès le début de sa carrière d’artiste, Marcel Broodthaers établit un rapport très clair entre l’oeuvre d’art en tant que telle et sa valeur financière. Selon lui, l’art est devenu un acteur de l’économie. La réflexion de cet artiste, qui avait posé ces questionnements dans les années 1960, résonne tout particulièrement à la Monnaie de Paris qui depuis douze siècles « fabrique » l’argent des Français et d’autres pays. Dans ce lieu où se rassemblent la monnaie courante, la monnaie de collection et les expositions d’art contemporain, la présence de l’oeuvre de Marcel Broodthaers permet de s’interroger sur le rôle fondateur de l’art dans la société contemporaine.

Historique, cette exposition construite autour du projet majeur de Broodthaers, le Musée d’art Moderne – Département des Aigles (1968-1972) est le fruit d’un travail de recherche de plusieurs années mené par la Monnaie de Paris en lien étroit avec Maria Gilissen Broodthaers et Marie Puck Broodthaers. Ces recherches ont mobilisé de très nombreuses collections publiques et privées pour reconstituer, à la Monnaie de Paris, le Musée d’art Moderne – Département des Aigles, non pas dans son intégralité (cela trahirait le projet original de l’artiste), mais dans sa forme la plus accomplie, la plus aboutie qui n’est jamais été présentée à ce jour.

Musée d’Art Moderne Département des Aigles
Marcel Broodthaers témoigne des changements profonds de l’art au XXème siècle : l’oeuvre qui naît d’un double renoncement au matériau initial, la peinture, et au mythe d’une identité toute faite, celle de l’authenticité artistique. C’est dans ce contexte qu’est né le « Musée d’Art Moderne », dans une discussion autour du « musée comme institution imaginaire, idée fixe, principe d’ordre ou temple d’artistes.

Les années 1970-1971 marquent un tournant dans l’histoire du Musée qui est déclaré « à vendre pour cause de faillite », Marcel Broodthaers poursuit ainsi sa réflexion entre l’art, l’institution du musée et le marché de l’art en créant la Section Financière (1971). Elle est composée d’un lingot d’un kilo d’or poinçonné d’un aigle, vendu pour collecter des fonds au profit du Musée, à un prix calculé au double de la valeur du marché de l’or, l’augmentation représentant la valeur du lingot en tant qu’objet d’art. C’est dans cette vision d’anticipation de notre contemporanéité que le lingot d’or présenté ici est celui appartenant à l’artiste Danh Vo (né en 1975 à Bà Rja).

La figure de l’aigle, présente dès la naissance du Musée dans son nom, prend toute sa dimension avec la Section des Figures. L’Aigle de l’oligocène à nos jours, conçue pour la Staatliche Kunsthalle de Düsseldorf en 1972. Les détails de cette section sont reconstitués pour la toute première fois à la Monnaie de Paris, grâce aux prêts des mêmes institutions, collectionneurs, antiquaires qui avaient été contactés à l’époque par l’artiste dont le Louvre, le Musée Ingres, le Victoria & Albert Museum, le Musée des Arts Décoratifs de Berlin,…

Dans le Salon d’Honneur de la Monnaie de Paris, la Salle Blanche (1975), est la reconstitution d’une pièce de la maison rue de la Pépinière où Marcel Broodthaers avait inauguré son Musée dans lequel flottaient les mots qui ont traversé son travail, ses expériences et sa vie passée entre Bruxelles, Paris et Düsseldorf.

Cette exposition présente, sous le Péristyle, le Balancier d’Austerlitz (1810) que Marcel Broodthaers souhaitait emprunter à la Monnaie de Paris pour sa Section des Figures. Son poids, 2,1 tonnes, l’obligea à se contenter de photographies qui ont également été inclues dans la Section Publicité (1972).

L’exposition est complétée par un happening. Le jour de l’inauguration, face à l’île de la Cité, une péniche remonte la Seine, de la même manière qu’en 1971 Marcel Broodthaers avait pensé lui faire remonter le Rhin avec du matériel et des oeuvres d’art pour être déchargés et trouver une place dans l’exposition.

Le Musée d’Art Moderne – Département des Aigles à la Monnaie de Paris est accompagné de la publication du recueil de dessins (1971) de l’artiste, Le Catalogue des Monnaies en édition limitée et numérotée, ainsi que du Hors-série Beaux Arts magazine consacré à l’exposition avec notamment la participation de Bernard Blistène, Nicolas Bourriaud et Alfred Pacquement, ainsi qu’une conversation entre Maria Gilissen Broodthaers et Chiara Parisi. A cette occasion, une médaille et une mini-médaille sont également frappées dans les Ateliers de la Monnaie de Paris, inspirées d’oeuvres de Marcel Broodthaers.

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