FANNY DE CHAILLE, « CHUT »

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Fanny de Chaillé, CHUT > Au CND-Pantin dans le cadre des Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis, du 20 au 22 mai 2015

Avec CHUT, Fanny de Chaillé signe une pièce plus ample et moins bavarde que ses précédentes productions où la parole a une place centrale. Sur le plateau est posé un tapis dont on a l’impression qu’il présente des irrégularités, des plis et des reliefs. A y regarder de plus près, on remarque que ce tapis est un leurre. Il s’agit en fait d’une création anamorphique de la scénographe Nadia Lauro sur laquelle le performeur viendra évoluer comme un funambule, entre chute et équilibre.

Ce performeur, c’est Grégoire Monsaingeon. Un mélange de grand dadais à la Chaplin et de poète perdu dans les nuages d’altitude. Fanny de Chaillé assume ce personnage et affirme l’avoir emprunté au célèbre tableau Voyageur au-dessus de la mer de nuages de Caspar Friedrich. Une influence romantique qui, dès le début, se teinte de drôlerie. Son entrée sur scène, lors d’une mémorable scène de descente d’escalier, n’est d’ailleurs pas sans rappeler le « L’ai-je bien descendu ? » que Cécile Sorel, artiste de cabaret, lance en 1933 au pied de l’escalier Dorian du Casino de Paris.

Puis cela continue. On rit de voir ce personnage muet se prendre les pieds dans le tapis, suivre les méandres de ses cimes imaginaires, prendre ses motifs géométriques comme prétextes pour s’adonner à des jeux d’enfants. En fait, ce tapis est une géographie scénographique que le personnage emprunte par des chemins fantasmés, avec maladresse et ingénuité. On sent que son corps l’encombre presque, comme un jeune adolescent qui ne sait plus quoi faire de son ombre alors qu’il prend vingt centimètres d’un coup.

Et c’est d’ailleurs là sa force que de nous rendre cette géographie vivante. Qu’elle soit actuelle ou virtuelle, cette dernière devient, par l’intervention du danseur, un paysage de montagne, une falaise abrupte, un terrain de jeu propice à l’invention de nouveaux amusements. Ces géographies prennent vie comme la madeleine de Proust devient génératrice de sensations et de souvenirs. Dans les images simples et drôles qui émergent, le spectateur réussit à faire le pari de ses propres hallucinations.

Toujours avec élégance, Grégoire Monsaingeon joue un clown tantôt triste, tantôt pathétique, toujours drôle. Jouant du comique de situation, de répétition et de décalage, il tire des fils narratifs connus – attendus, diront certains – pour nous emmener dans une fiction équilibriste. Tel Sisyphe, sa chute est toujours recommencée, toujours à venir, sans que le courage de continuer ne le quitte. En cela, ce spectacle acquiert une force poétique dans le regard philosophique qu’il porte sur son personnage et sur l’homme en général.

S’il s’en est fallu de peu pour que certaines scènes tombent dans la redondance ou dans le déjà-vu, Fanny de Chaillé réussit à éviter ces écueils en prenant le chemin de la simplicité. Et c’est avec un œil amusé et un peu rêveur que nous suivons la maladresse, la coquetterie et la naïveté de ce personnage qui nous rappelle un peu notre candeur oubliée.

Quentin Guisgand

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