MAPPING FESTIVAL GENEVE, 11e EDITION

Hiroaki Umeda SplitFlow1

Correspondance à Genève.
MAPPING FESTIVAL, Genève / 11e édition / 7-17 mai 2015

Du 7 au 17 mai 2015, s’est déroulé à Genève la 11ème édition du Mapping Festival [1], dédié à l’art audiovisuel et aux cultures numériques. Le festival, qui se positionne à la pointe des manifestations du genre en Europe proposait les travaux d’une cinquantaine d’artistes, une trentaine d’événements se déclinant sous les formes d’installations, de performances, soirées clubbings et VJing (vidéo-jockey), workshops et projections dans une dizaine de lieux et institutions de la scène culturelle genevoise.

Installations

Au Commun (un des espace du BAC, Bâtiment d’art contemporain de Genève) étaient visibles cinq œuvres d’artistes aussi internationaux que différents. Des œuvres qui, à part la première ne peuvent être vues que dans l’obscurité. Espace, lumière, son et mouvement sont les composantes de ces pièces. Le Walking cube de 1024 architecture et Jason Cook est une structure tressautante et bondissante, grandissante et rétractile, qui change de forme et taille dans un vacarme pneumatique évoquant par son rythme un monde très (dessin) animé. Trianguconcentricos fluo rouge, mobile lumineux d’Elias Crespin, offre une pause méditative accompagnée par la musique générative de Jacapo Baboni Schilingi. Avec Timée de Guillaume Marmin et Philippe Gordiani (musique) le visiteur entre dans une pièce sombre traversée de raies lumineuses. Les faisceaux tournoient, envoyant le spectateur dans un trip sidéral harmonieux et musical. TemporAir de Maxime Damecour est une sculpture cinétique composée de câbles et maillages plastiques dans une sorte d’aquarium sans vitre. Sous la caresse, la bête translucide se cabre et frétille. Ses ondulations et sa réactivité au toucher en font une sorte d’objet de compagnie des temps futurs.
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Performance

Hiroaki Umeda a présenté deux pièces, Split Flow, une pièce créée en 2013 et Intensional Particle, sa dernière pièce, coproduite par le festival au Casino de Genève le 17 mai 2015. Hiroaki Umeda (né en 1977) est une des figures de proue de l’avant-garde scénique japonaise. Après des études de photographies il s’intéresse au corps et étudie intensivement divers style de danse. En 2000, Il fonde la compagnie S20 dont il est le chorégraphe, danseur, compositeur, designer lumière, et scénographe. Il imagine des spectacles cinétiques, le plus souvent des solos qu’il interprète lui-même. Pour Hiroaki Umeda la différence entre ce que nous appelons « réalité « et « virtualité » n’est qu’une question de perceptions et de croyances. Pour lui, le monde est en réalité totalement virtuel dans la mesure où n’en connaissons que ce que nos influx nerveux et sensoriels nous en disent. Ceci l’incite à débusquer l’invisible, réaliser le virtuel. Depuis plusieurs années il est à la recherche d’un langage corporel qu’il considère comme premier, archétypal et antérieur au langage verbal. Ce langage corporel est mû par ce qu’il nomme Impulse (anglais) . A partir de cet impulse ou élan, il construit tout les stimuli de son spectacle : sons, lumière, et corps physique du danseur.

Split flow est une pièce optique qui a débuté comme installation lumineuse en 2011 sur commande du Van Abbemuseum (Eindhoven, Pays-Bas). Un dispositif laser projetait les trois couleurs primaires de la lumière : rouge, vert et bleu à une vitesse telle que l’œil humain ne percevait qu’une lumière blanche, phénomène rompu par le mouvement. La version dansée de Split flow procède de la même manière, l’idée étant de montrer deux réalités opposées de manière quasi-concomitante : l’immobilité versus le mouvement. En l’absence de mouvement on ne perçoit qu’une lumière blanche, mais si il y a un mouvement, qu’il provienne du corps (l’objet regardé) ou de la part de celui qui regarde, les couleurs apparaissent, trois ombres, deux couleurs lumineuses, le rouge et le bleu. Sur fond neutre, Hiroaki Umeda se meut comme une onde, un électron. Dans l’obscurité de la scène, les rayons laser transforme sa silhouette en calligraphie dansante, en fil résistif et les flashs lumineux font surgir des espaces colorés qui s’apparentent à des Turrell ou des Rothko.

Contrairement à Split flow dont la rétine reste imprégnée de fulgurances lumineuses et colorées Intensional Particle, se décline en noir et blanc. Une ligne, comme celle des moniteurs d’hôpitaux… Des lignes, des courbes, des impressions toujours blanches sur fond noir qui dessinent des motifs beaux comme des tissus japonais, des nuées de comètes, des feux d’artifice, des palmiers, des gerbes de cheveux d’anges. Cette féérie cosmique, totalement hypnotique est produite par la capture des mouvements musculaires du danseur, traduit le flux cinétique du corps humain. Et si l’on se réfère à l’excellent texte d’Eva Roche sur le site de l’artiste on s’aperçoit qu’Umeda offre ici au spectateur l’expérience de ses convictions philosophiques. Pour Umeda (dans une tradition toute bouddhiste ) lorsque l’on ramène toute chose, animée ou non à son expression en atome ou proton il ne peut y avoir de supériorité d’un élément sur l’autre et notamment de l’humain sur le reste du monde. Et tandis que le spectateur plonge dans le bouillonnement des muscles du danseur, le corps entier de ce dernier s’efface, absorbé dans l’ombre de sa propre énergie.

Ildiko Dao

split flow - Hiroaki Umeda

Visuels copyright S20 , Hiroaki Umeda

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