JAN LAUWERS & NEEDCOMPANY, « THE BLIND POET » : THEATRE DES IDENTITES CROISEES

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Correspondance à Bruxelles.
JAN LAUWERS & NEEDCOMPANY « THE BLIND POET », Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles.

C’est le grand retour de Jan Lauwers et de la Needcompany au Kunstenfestivaldesarts à Bruxelles pour une création mondiale, « The blind poet ». Car un spectacle de la Needcompany est toujours un événement , une expérience inhabituelle tant sur le plan visuel qu’émotionnel. Un véritable engagement artistique, une parole radicale, c’est tout l’enjeu du théâtre de Jan Lauwers.

Dans ce nouveau spectacle, Jan Lauwers s’attaque aux identités plurielles qui constituent chacun de nous et qui participent donc au monde dans lequel nous vivons. C’est à partir des arbres généalogiques de ses comédiens qu’ils retraversent l’histoire, celle de l’Occident qui croise celle de l’Orient. Ce sont les individus qu’il interroge et non plus le groupe comme auparavant, laissant la parabole pour le portrait. Les sept portraits des sept artistes du spectacle vont composer une nouvelle histoire du monde.

Moins performance et plus théâtrale qu’à l’accoutumé, la nouvelle création de Jan Lauwers nous propose de se confronter aux histoires, aux liens antérieurs, aux ancêtres qui fondent nos identités, notre chemin de vie à travers le temps. Non pas l’unique origine de ce que nous sommes devenus (Jan Lauwers fait s’entrecroiser les histoires de chacun des protagonistes en remontant aux temps des croisades !) mais bien plus encore : une multitudes de facettes qui composerait ce que nous sommes. Et c’est au travers de ces sept portraits, qui sont autant d’exemples de vies façonnées, traversées de part en part par les histoires des hommes (et trop humains souvent !), que nous pouvons entreprendre d’examiner notre propre identité et réfléchir à ce que sont devenues nos sociétés multiculturelles aujourd’hui.

Bien que l’histoire de l’homme soit jonchée de « catastrophes, de ruines et de meurtres, de cannibalisme et d’hystérie » (voyez les récits historiques, le théâtre et la vie tout court !), Jan Lauwers veut poser la seule question qui vaille aujourd’hui et qui nous agite face à la peur de l’étranger et face à la montée des nationalismes en Europe : « Pouvons-nous encore nous rencontrer en tant qu’ humain dans ces ruines de l’histoire ? »

Oui certainement pour Lauwers et, dans ce contexte historique très dur et très âpre dans lequel beaucoup survivent, c’est par l’amour et par la figure de la femme, « déesse mère ou putain sacrée » que l’homme trouvera son salut, son repos ! Ouvrir sa porte, son intelligence à l’autre sans jugements ni à priori, voilà une proposition bien audacieuse pour le 21ème siècle !

Cela pourrait paraître naïf et utopique mais Jan Lauwers est trop bien ancré dans le présent et dans l’histoire pour ne pas tomber dans la mièvrerie d’une nouvelle romance hagiographique de l’homme.

Tout nous est montré de voir sur un plateau nu, où seuls les nombreux projecteurs en arrière scène forment le décors. Les artistes, physiques comme toujours chez la Needcompany, adressent face public leurs récits plus ou moins en forme de monologue. Ils touchent tour à tour, chacun par leur sensibilité et par leur propension à attraper le spectateur, à une intensité de jeu dramatique constante et propice à l’interpellation, à la réflexion.

C’est du théâtre à l’énergie vitale, du vrai, dur et féroce, sensible et intense. C’est du vivant, en chair et en os !

C’est une vrai réussite pour cette première mondiale. Le propos est radical, profond parfois mélancolique mais souvent très drôle. La construction narrative qui pourrait sembler lassante (série de 7 portraits adressés face public), ne l’est à aucun moment car Jan Lauwers a l’intelligence de l’artiste protéiforme en y mêlant musique jouée en live et images plasticiennes, ce qui donnent à ce spectacle le souffle et la liberté d’une épopée moderne.

« Je suis tout le monde et le monde c’est moi » dit l’une des artistes du « Poète aveugle »: Jan Lauwers reste unique dans sa façon de nous donner à voir le monde tel qu’il aimerait qu’il soit. Beau et Amour. Fraternel, certainement.

Philippe Maby

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