LISBETH GRUWEZ, UNE AMIE QUI VOUS VEUT DU BIEN

Lisbeth Gruwez dances Bob Dylan © Klaartje Lambrechts 1

> Lisbeth Gruwez dances Bob Dylan, à la Dynamo, dans le cadre des Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis, les 10 et 11 juin 2015.

On connait Lisbeth Gruwez notamment grâce à son magnifique solo It’s Going to get worse and worse and worse, my friend, présenté aux Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis en 2012 et au Théâtre de la Bastille en mars dernier[1]. Dans ce solo-là, son corps était violent, agressif, à la manière d’un dictateur fou. Il portait en lui une parole politique qui se présentait au public par la danse et le regard. Ici, Lisbeth Gruwez change de registre et nous livre une pièce beaucoup plus intimiste. On pourrait presque la qualifier de « danse de salon », si on veut dire par là que cette danse pourrait très bien se dérouler dans un contexte domestique.

Lisbeth Gruwez dances Bob Dylan est un exercice de style. Comment mettre en scène les mouvements spontanés que nous inspire la musique du célèbre song-writter folk américain, sans tomber dans l’illustration ? A cette question, la chorégraphe flamande apporte une réponse juste et pleine de sincérité. Contrairement à ces chorégraphes qui mettent en scène du mouvement sur des musiques rock et glam, sans pourtant que la danse et les riffs de guitare ne s’accordent vraiment, Lisbeth Gruwez ne cherche pas à faire du Lisbeth Gruwez sur une musique qu’elle aime.

Elle n’a pas d’adresse à faire, pas de message à délivrer. Elle danse sa propre expérience de la musique de Bob Dylan, dans la réactualisation sur scène d’un moment de partage simple entre personnes qui se connaissent. Plantons le décor : un soir, avec son acolyte Marteen Van Cauwenberghe, ils écoutent un vinyle, une bière à la main, une cigarette dans l’autre. Dans cette ambiance intime et rassurante, le corps se laisse aller à des danses sans importance, de celles que chacun d’entre nous expérimentons lorsque nous ne sommes pas en représentation.

Le dos se courbe et la tête hoche au rythme de la batterie, les cheveux libres. Les pieds vont et viennent dans un mouvement répétitif. On s’essaye à des chorégraphies où l’on ne cherche pas à créer du mouvement, mais juste à se laisser transporter par le son que l’on entend et qui traverse notre corps. Cette expérience, Lisbeth nous la livre en toute simplicité. Une chemise blanche en soie et laine sur le dos, un pantalon noir à couture sur les fesses, elle regarde les gens assis autour d’elle pour leur offrir un cadeau : une danse.

Certes, cette simplicité est celle de la danseuse, avec son corps ultra-entrainé. Certes, à ne pas vouloir expérimenter le corps, la danse de Lisbeth Gruwez contient beaucoup des tics que nous lui connaissons – les membres raidis lancés dans l’air avec une douceur aigre, les courbures anguleuses des bras, son regard franc. Mais elle contient aussi une joie simple qui fait plaisir à voir – les sourires de la danseuses sont là pour témoigner de son bonheur de danser pour nous ce soir. Elle évite ainsi de présenter une danse trop centrée sur elle-même.

Généreuse par nature, la danseuse garde un contact constant avec son public, ce qui n’est malheureusement pas aisé avec une configuration de salle en gradin. On imagine plutôt ce spectacle jouer sur le plateau d’un théâtre, avec un public assis sur des coussins, très proche de la danseuse. On ne verra donc dans ce spectacle ni une recherche sur la musicalité du geste, ni une composition scénique innovante. Il faut plutôt y voir un moment de partage par la danse et la musique, l’une et l’autre se répondant dans cette alchimie si particulière qui est celle de l’instant vécu en commun.

Quentin Guisgand

[1] Voir critique Inferno

Photo © Klaartje Lambrechts

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