GABRIELE DE SANTIS, « WE’RE SHORT A GUY », VALENTIN PARIS

de santis

« We’re short a guy » Gabriele De Santis / Valentin Paris / du 22 octobre au 21 novembre 2015.

Que restera-t-il de l’année 2015 et comment sera-t-elle représentée dans les temps à venir ? Que restera-t-il de son langage, de ses symboles et de son esthétique ? Comment apparaîtra, à travers le filtre du temps, ce moment de transition historique ? Ce sont là des questions auxquelles il est difficile de répondre aujourd’hui. Le détachement critique qu’il serait nécessaire d’avoir nous fait défaut, car nous sommes trop profondément impliqués dans le processus de création et de construction pour comprendre ce qui fera peut-être figure d’icônes. C’est pourtant sur ces thèmes que se penche Gabriele De Santis au travers de son travail, sans craindre de se confronter directement au présent et à la réinterprétation qui en découle. L’artiste n’emprunte pas au passé, pas plus qu’il ne se sert avec nostalgie de sources déjà existantes ; il adopte plutôt le lexique dans lequel nous baignons tous, chaque jour, et compose un portrait subtile et séduisant du monde contemporain. Gabriele Da Santis interroge les codes d’une société qui, évoluant à toute allure, est contrainte sans cesse d’obtenir des résultats, exigeant le succès ; il le fait en accordant une place particulière à la traduction d’un système, la construction d’une iconographie contemporaine et d’une esthétique du présent…

Les enfants qui ont été élevés dans les années 80 et au début des années 90 connaissent peut-être le Capitaine Tsubasa, un personnage du dessin animé créé par Y􀊨ichi Takahashi qui raconte les aventures d’une équipe de jeunes footballeurs japonais et de son capitaine Tsubasa Oozora. Aux côtés de Genzo Wakabayashi, Taro Misaki, Ryo Ishizaki, Kojiro Hyug, il effectuait d’acrobatiques exploits, montrés de façon (très) ralentie, sur un terrain de jeu qui semblait immense, shootant dans un ballon fumant qui finissait par brûler le filet des cages, détruire une partie des gradins, blesser le gardien de but. Les matchs semblaient interminables, suscitant de plus en plus d’espoir à chaque épisode chez les jeunes téléspectateurs qui attendaient avec impatience le prochain. La première chose que nous avons apprise du Capitaine Tsubasa fut à jouer ensemble, à nous lier d’amitié avec nos camarades, à les encourager ou à nous disputer avec eux. Enfants, notre ambition était d’imiter les héros de notre dessin animé. Partout, nous improvisions des matchs de football et des discussions sans fin avaient lieu pour décider quel enfant serait quel personnage. Après quelques matchs, nous avons aussi découvert que les tactiques et les techniques de Tsubasa et de son équipe étaient incompatibles avec un monde où régnait la force de gravité, et cependant, nous chorégraphions d’incroyables mouvements afin de faire croire que nous pouvions nous aussi produire des tirs à effet boomerang ou des coups de pied retournés, courir en effectuant des figures acrobatiques, shooter en liftant le ballon. Notre vivide imagination nous donnait la possibilité de jouer ainsi, de nous sentir courageux et proches des membres de notre équipe, même de ceux avec lesquels nous n’étions pas amis. Bien entendu, je ne peux nier que nous voulions chacun aussi gagner. Être en compétition, dans le meilleur sens du terme, faisait aussi partie du jeu. Les effets de nos interactions, de nos rivalités, de notre entrainement, de nos actions et de leurs résultats commencèrent à façonner nos jeunes esprits. La seconde chose que nous avons apprise fut que le sport était une activité difficile et douloureuse. Ce n’était pas une chose à prendre à la légère, voire c’était une forme d’héroïsme. La voie choisie par le Capitaine Tsubasa et les sacrifices auxquels il consentait pour le football étaient emblématiques de la lutte d’un individu pour la victoire. Nous étions les témoins de la manière dont un simple personnage pouvait se transformer en icône. L’individu toutefois appartenait à une équipe. Comme tous les véritables héros, il était au service d’une cause commune. Sans doute parce que nous étions des enfants, il nous manquait la maturité critique pour saisir pleinement ce concept ; néanmoins, de façon intuitive, nous avions une idée de ce que signifiaient la fatigue, la concentration, la performance, le jeu collectif et ses effets. En résumé, le football était un jeu magique, qui était entré dans nos vies grâce à un dessin animé qui nous servit d’excuse pour jouer ensemble en employant notre imagination et en ayant le sentiment d’appartenir à une équipe, bien qu’il ait été pour tous évident qu’accéder au pouvoir et réussir nécessitaient des sacrifices et de la concentration. Les footballeurs, qu’ils aient été des personnages de mangas ou les joueurs des équipes dont nous étions supporters, étaient des héros qui méritaient de tenir le rôle et le rang qui étaient les leurs. Attention : ils étaient des héros, pas des stars ou tout du moins pas encore.

Image copyright the artist

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