« IMPASSE DES ANGES », AU TGP : LE SEXE SANS QUEUE NI TÊTE

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IMPASSE DES ANGES / Texte et mise en scène Alain Gautré /Théâtre Gérard Philipe, Saint-Denis / du 7 au 23 janvier 2016, 1h35.

Impasse des anges, écrit et mis en scène par Alain Gautré est une comédie qui parle de sexe. La pièce est construite comme une ronde où s’enchaîne tour à tour dix-huit scénettes aux titres à la fois évocateurs et ringards : le peep-show, la chambre de Marie… et pour finir, le sauna gay. Mue par un principe de démultiplication – comme si l’outrance permettait de dévider le concept – la représentation évoque pêle-mêle une variété de relations sexuelles, sans logique, sans fond, l’ensemble sens dessus-dessous.

Pourtant, le travail est propre, léché. Les transitions entre les sketchs prennent la forme d’un fondu sonore assuré par une voix robotique, semblable à celle prononcée dans une gare pour annoncer le départ du train : urgente et contingente, comme le désir. Si le plateau originel est sobre, il s’emplit peu à peu de la présence de sept jeunes acteurs qui, fardés à outrance et engoncés dans des costumes ostensiblement années 70, jouent avec virtuosité plus d’une vingtaine de personnages.

La pièce de théâtre cultive délibérément une esthétique télévisuelle : elle s’apparente tantôt à un épisode du feuilleton des Feux de l’amour, tantôt au film populaire OSS 117. Ici, tout est appuyé, exagéré, cliché. Or, c’est justement par ce décalage entre la norme sociale la plus convenue et la sauvagerie du désir que le rire gagne le spectateur. La jouissance physique des comédiens – et par ricochet celle du spectateur – s’exprime avec finesse par le dérèglement du langage, un désordre dans la machine huilée de la parole conventionnelle.

Derrière ce masque clownesque d’apparat, Impasse des anges évoque en filigrane la solitude des corps désirants. Une vitre factice semble s’ériger entre les acteurs et les spectateurs séparés par le gouffre de la scène mais aussi entre les personnages, qui se situent à une distance raisonnable les uns des autres. Esseulés, les acteurs, face au public, ne se regardent ni ne se touchent jamais. Cette structure, en forme de miroirs réfléchissants crée une distanciation nécessaire et une communion cruelle qui nous rappelle sans cesse l’obscénité de notre propre désir.

Pourtant, l’intrigue d’Impasse des anges n’est jamais augmentée au fil de la représentation et ceci malgré la succession interminable des courtes scènes. Elle reste immobile, voire neurasthénique, piétinant toujours au même point. Pire, en guise de touche finale, le spectateur voit surgir d’un trou noir le visage de petite fille blonde et innocente, sans qu’on ne sache vraiment pourquoi. Peut-être parce qu’il n’y a rien comprendre du sexe. Ou peut-être parce que malgré une pièce drôlement bavarde, Alain Gautré n’en dit proprement rien.

Lou Villand

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