ROME : LES STATUES CENSUREES DU CAPITOLE SONT UNE OFFENSE A L’IRAN

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Rome, correspondance.
TRIBUNE : Les statues censurées du Capitole sont une offense à l’Iran par Raja El Fani.

Rohani l’a confirmé hier matin (27 janvier) avant son départ de Rome pour Paris: l’ordre de couvrir les statues du Capitole n’est pas venu de lui. Mais avant d’être le résultat grotesque d’une administration zélée, l’image du Capitole en berne qui a fait le tour du monde répand la fausse idée d’un fossé culturel non résolu: dans une société avancée on ne dissimule pas les diversités culturelles, on les assume.

Des statues classiques entièrement empaquetées pour l’arrivée du Président iranien: l’initiative du staff de Renzi ressemble plus à une provocation qu’à un geste de respect. Veut-on sous-entendre que les deux civilisations iranienne et italienne ne sont pas au même niveau? Rohani n’est-il pas suffisamment cultivé ? Capable de comprendre ce que l’Italie (l’Europe) a de plus avancé et de plus précieux: son trésor culturel ?

À la conférence de presse, Rohani a joué le jeu de la gratitude envers «l’hospitalité italienne» mais on l’a accueilli comme on accueillerait le calife Al-Baghdadi. La visite de Rohani au Vatican hier n’est-elle pas aussi pour souligner la différence (et le choix encore à faire) entre deux islams, l’un tolérant et en passe d’être réformé et l’autre instrumentalisé et obscurantiste ?

Si l’erreur n’est pas de Renzi, comme l’a précisé aujourd’hui le ministre de la Culture Franceschini, mais du service du Protocole, ça entache la stratégie du Pape François qu’on soupçonne d’avoir établi cette année un Jubilée Extraordinaire effacé pour créer l’arrière-plan nécessaire à une nouvelle ligne internationale contre Daech.

Le gouvernement Renzi a-t-il du mal à se coordonner avec la politique prépondérante du Vatican ?

Le scandale des statues dissimulées survient en plus en plein contexte sécuritaire, au lendemain de l’évacuation de la gare centrale de Rome Termini pour une fausse alerte, et après la réitération de menaces terroristes adressées à Rome. La dernière vidéo diffusée par Daech montrait un extrait d’un film avec Anthony Quinn sur la Libye à l’époque de la colonisation italienne.

Mais la présence de l’Église fait de Rome une cible compliquée pour le terrorisme islamiste, c’est ce qui paradoxalement la protège jusqu’ici des attentats. Le Jubilée sert à évaluer les limites de Daech qui fait mine de ne pas en avoir: l’organisation serait-elle folle au point d’orchestrer une attaque non pas au cœur de la religion chrétienne mais à la racine d’une spiritualité universelle ?

Alors que la France et la Grande-Bretagne déclarent vaguement la guerre au terrorisme pour justifier des interventions militaires, le Vatican parie sur la fin de Daech et le met face aux limites de sa rhétorique. Une carte en or pour l’avenir de Rome et sa centralité culturelle encore rattrapable.

La visite de Rohani à Rome aurait dû produire des images (certes peu laïques) d’une culture islamique sur la voie de la globalisation, mais a été gâchée par le manque de conscience et de stratégie culturelles du gouvernement italien.

Raja El Fani
à Rome

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