FAUSTO PARAVIDINO SAIGNE LA LANGUE DES PORCS

Fausto Paravidino

La Boucherie de Job, texte et mise en scène de Fausto Paravidino, a été jouée du 15 au 23 janvier au Théâtre de la Commune à Aubervilliers et le 26 janvier au Théâtre Liberté de Toulon.

Le 14 juin 2011, sous la menace de privatisation et de coupe budgétaire, l’une des plus prestigieuses institutions théâtrales de Rome, le Teatro Valle, a été occupée par la population, devenant un des symboles de la protestation contre la politique mise en œuvre par le Ministère de la Culture et du Tourisme italien. C’est ainsi qu’a vu le jour une nouvelle institution visant à expérimenter une autre forme de démocratie à travers les arts, le Teatro Valle Occupato. Bâti autour d’un dialogue perpétuel entre citoyens et occupants du théâtre, ce projet vise à narrer, étudier et représenter le présent en vue de lui donner un sens partageable par tous. Fausto Paravidino est l’un des principaux instigateurs de ce projet ambitieux. À l’occasion d’ateliers, il a axé ses travaux sur la possibilité d’entremêler à égalité théâtre et citoyenneté au sein d’une nouvelle institution résolument populaire. La première production théâtrale issue de ce processus d’expérimentation de démocratie directe est La Boucherie de Job.

La pièce de théâtre présente les errances de Job, un artisan boucher victime de la crise. Dès le début de la pièce, Job a conscience que sa boutique est en faillite, mais espère que la situation évoluera d’elle-même dans le bon sens. Son fils, incarné avec force par Fausto Paravidino, comme sortie d’un clip de rap, le convainc de restructurer la boucherie à l’aune des principes de l’économie libérale. Le cheminement de ces deux personnages questionne, à mesure que la pièce défile, notre rapport au capitalisme : entre Job qui fait de son attente un chemin de croix et accepte les coups du sort, et le fils qui use de son impatience pour agir. En fait, le fils ne se résout pas à supporter la crise, l’absence de sens, la faillite des siens et la maladie de sa sœur.

La pièce est construite autour de références bibliques : la tunique du Christ, le sacrifice, le bouc émissaire Job… Pour dramatiser le présent, Fausto Paravidino, choisit de le confronter avec notre culture, nos mythes ancestraux. La pièce est ainsi placée sous le signe d’une ambiguïté nourrie de parallèles et d’écarts avec le Livre de Job. Puiser au cœur de nos origines bibliques pour représenter le contemporain et la crise de confiance est le pari audacieux de l’auteur. « Ce qui m’intéresse, écrit-il au sujet de ce spectacle, c’est le rapport entre le libéralisme (la religion de l’égoïsme) et notre culture, où la solidarité sociale et l’amour pour son prochain ne sont pas prévus comme optionnels. »

Cette ambiguïté, la scénographie l’illustre. La naïveté et la légèreté du jeune artisan boucher sont ainsi confrontées à la pesanteur de la chair et de la mort. Notre plongée à l’intérieur d’une boucherie est matérialisée concrètement par la suspension d’une immense carcasse rougeoyante pendue à un fil. Ce décor sanguinolent, comme peint de la main de Francis Bacon, renvoie à la pesanteur de la chaire, voire à la mort. Cette confrontation est d’autant plus percutante que sur cette même scène se déroulent des fêtes épisodiques à l’aspect chorégraphique pop. Ils ponctuent notre chute joyeuse en plein milieu des enfers de la banque du père. Les danses masquées par des têtes d’animaux (porc, moutons, autruches, etc.) insufflent du rythme à la pièce, la rendant aussi très légère par moment, voire grotesque.

À la fin de La Boucherie de Job, ce n’est pas un message prédéfini, nouvelle idéologie prosélyte, qui se dégage, mais une aventure collective riche de sens, nous laissant des paillettes et du sang encore plein les yeux. Pour paraphraser les derniers mots de Job, éructé divinement au seuil de sa vie, « Que c’est beau ! »

Quentin Margne.

avec Emmanuele Aita, Ippolita Baldini, Federico Brugnone, Filippo Dini, Iris Fusetti, Aram Kian, Fausto Paravidino, Barbara Ronchi, Monica Samassa.

Paravidino Photos

Photos Tiziana Tomasulo

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