PASOLINI, « UNA VITA VIOLENTA », BIBLIOTHEQUE LYON PART-DIEU

pasolini

Pasolini : una vita violenta / Exposition (en entrée libre) à la Bibliothèque Municipale de Lyon Part-Dieu / 29 mars – 10 août 2016.

Tout y est…
Magnifique exposition-rétrospective organisée à la Bibliothèque de Lyon Part-Dieu pour se remémorer, quarante ans après, la vie et l’œuvre du poète, écrivain, cinéaste… artiste politiquement engagé qu’était Pier Paolo Pasolini…

On doit cet intéressant témoignage à Michel Chomarat qui assume ainsi sa cinquième collaboration avec la Bibliothèque de Lyon où il a déposé son propre fonds d’archives. Au fil des ans, à travers des expositions dont il est chaque fois le commissaire, il met en valeur ses documents et cette dernière exposition, entièrement consacrée à cet incroyable légende qu’est Pasolini, est passionnante.

Composée de quatre « chapelles » et quatorze stations – forme qui n’aurait pas déplue à ce mystique communiste qu’était Pasolini – on passe de sa naissance à Bologne en 1922 (chose qu’on dit assez peu tant le Frioul a pris le dessus dans la légende qui accompagne cet artiste), à sa mort sur une plage d’Ostia ; signalons d’ailleurs la magnifique affiche rouge sang du film éponyme prêtée par L’institut Lumière de Lyon, partenaire de cette exposition. Elle apporte à l’ensemble des documents inédits, visibles ici, une dimension nouvelle qui permet à ceux qui n’auraient pas entendu parler de Pasolini de se faire une idée de l’importance de l’artiste à son époque.

Le plus intéressant de cette exposition imaginée par Michel Chomarat, c’est de n’avoir reculé devant aucune des contradictions de l’artiste. Il nous permet de passer allégrement des origines de la famille de Pasolini avec un père fasciste, proche de Mussolini et un frère résistant assassiné par les partisans de Tito), aux œuvres du poète à travers des couvertures de livres (Les ragazzis), de diatribes (la plus célèbre, contre le Pape Pie XII), d’images de ses films (Accattone, Mama Roma, la Ricotta, Théorème, Le Décaméron, Les contes de Canterbery, Les Milles et une nuits…). Mais c’est sans doute avec la chapelle consacrée à Salo ou les 120 journées de Sodome que le titre de l’exposition trouve son explication. Car, effectivement, tout annonce cette « vita violenta ». Tout prédit cette mort tragique, encore mystérieuse du poète sur une plage d’Ostia en novembre 1975 et qui le fit entrer à jamais dans la légende…

C’est avec lui que la cantatrice Maria Callas fera son seul film – mémorable. Il faut noter d’ailleurs que les femmes telles Laura Betti, Sylvana Magano, Elsa Morente (la femme de Moravia, compagnon de route et conscience politique, sans doute, de Pasolini) seront ses muses. Il trouvera aussi son inspiration auprès d’hommes dont il fera des vedettes tel le comédien Ninetto Davelli présent, oh combien, dans la plus part de ses films mais dont ce dernier reniera toute liaison charnelle avec le Maitre, comme le laisse supposer cette place unique qu’il a eue dans l’œuvre de Pasolini.

Après près de 30 procès dont 15 pour des faits de droits communs, Pier Paolo Pasolini reste un magnifique sujet de réflexion… Ses films évidemment trahissent un univers baroque, violent parfois, noir et souvent fait de provocations qui ne manquaient pas de choquer dans une Italie post-fasciste et très conservatrice.

Le chemin de croix imaginé par la Bibliothèque de Lyon autour de cet artiste qui vivait dans le risque permanent permet une avancée chronologique mais très originale dans l’œuvre de Pasolini. La musique qui jalonne l’exposition rappelle aussi la forte présence d’œuvres de Bach ou de Mozart dans les films du réalisateur italien.

On achève la visite sur les innombrables révélations du beau Pelozzi qui fera, toute sa vie durant, des choux gras des diverses versions de l’assassinat qu’il commit contre Pasolini une nuit de novembre 1975 sur une plage de la banlieue de Rome. Les affiches de films tel celui d’Abel Ferrara sont là pour témoigner du mythe que continue d’être Pasolini quarante ans après sa mort.

E. Spaé

Addendum
On doit signaler deux ouvrages complémentaires de Michel Chomart aux Editions Mémoire Active concernant Pasolini. La premier, en collaboration avec Julien Adelaere, consacrée à la Villa Aldini de Bologne, décor naturel et somptueux du dernier – et non des moindre – film de Pasolini Salo ou les 120 journées de Sodome. On y trouve cette citation de Pasolini : « il n’est point dessein de bourreau qui ne lui soit suggéré par le regard de la victime », à méditer…
Et le second sur Pasoloni à Lyon, en 1969. Michel Chomarat a trouvé les traces de la présentation du film Théorème par le réalisateur le 4 février 1969 à Lyon, immédiatement après avoir fuit l’Italie et la Mostra de Venise où le même film fit scandale mais fut récompensé…

paso lyon

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