SPRING FESTIVAL UTRECHT : SIMON MAYER, « SONS OF SISSY »

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Utrecht, envoyé spécial.
Simon Mayer : Sons of Sissy / Spring Festival Utrecht (NL).

Sissy, si tu voyais tes enfants autrichiens !

On croyait qu’avec FOLK-S_will you still love me tomorrow ? du chorégraphe italien Alessandro Sciarroni on avait tout vu sur le folklore autrichien, c’était sans compter sur Simon Mayer, fils de Sissy – donc ! – qui apporte sa pierre à l’édifice et, au moment où le sort de l’Autriche se joue, où pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, un président de la république d’extrême droite risque d’être élu au suffrage universel, on évalue à sa juste valeur cette proposition maitrisée de ce jeune autrichien qui fait de la liberté et de la folie – douce – un enjeu artistique et poétique.

Au début, rien à signaler. Un banc, une contrebasse, un trombone, la scène est paisible comme un lac autrichien. Intrigue tout de même, cet ensemble de cloches suspendus à des ceintres… cela fait un peu tâche dans sur cette scène, mais pourquoi pas, se dit-on.

Rentre au lointain un quatuor d’hommes dans un ensemble vestimentaire hétéroclite qui intrigue, surtout cette jupe noire large portée par un des danseurs qui arbore de plus une chemise bizarrement coupée… Deux ont un violon au bras, l’autre un accordéon alors que le quatrième saisit la contrebasse…

En faisant un rapide arrêt sur image, on ne peut s’empêcher de penser à ces groupes de musiciens Tziganes qui parfois jouent dans les rues ou dans le métro et qui viennent rappeler tout ce que la musique folklorique autrichienne doit à la musique tzigane. Dont acte.

S’ensuit quelques bons morceaux de musique où l’ont se dit que la formation des danseurs en Autriche est bien faite puisque aucune lacune dans le domaine musical ne semble saisir les quatre artistes.

Accompagnant la musique « viennoise », la danse et chants tyroliens, ces fameux yole qui, s’ils font parti du folklore, demandent pour être beaux à être biens lancés… Et c’est le cas…

Rondes. Pas de deux vont se succéder jusqu’à une magnifique danse circulaire accentuée par cette longue jupe déjà évoquée et qui fait penser, sans aucune doute, aux jupes des danseurs soufi. La magnifique ronde sera arrêtée par un danseur qui, tendant deux de ces doigts, fera varier cette danse en une sorte de duo rapide et vif assez beau l’un des danseurs passant sous le bras de l’autre sans s’arrêter tout en continuant à tourner vivement.

Est-ce à dire que, là aussi, les influences Turques, communauté assez implantée dans cette partie de l’Europe est à remarquer… Sans doute.

Et tout d’un coup, la rupture. Sans qu’on ne sache vraiment pourquoi sur l’instant nos quatre gaillards se dénudent. Et entament une magnifique danse tyrolienne où l’on se rappelle que le Beat Box vient sans doute de là…

Petit à petit la caouanne de danseurs devient rouge vif à force de frappes viriles qui accompagnent cette danse, images déjà bien exploitée dans son aspect répétitif et épuisant par Sciarroni. Là, on comprend l’importance des peaux de bêtes qui sont le symbole du costumes folklorique autrichien.

Mais de ces coups volontairement assenés, on pense à ces longues séances d’auto-flagellation que s’infligeaient – s’infligent encore ? – certains croyants pour expier leur pêchés – on pense aux descriptions de ces longues séances que Louis II de Bavière s’infligeait pour se défaire de son homosexualité… On pense au masochisme aussi, bien sur.

Une formidable digression va s’installer dans la pièce. Une bacchanale digne de l’antiquité où les corps vont s’élancer dans une danse virile, sorte de moment pré-lapsaire, digne de Memento Mori de Pascal Rambert où la nudité rappelle l’origine de l’Homme et les artifices qu’il s’est imposé pour cacher ses parties et, au fur et à mesure, le reste de son corps.

Il y a aussi un peu de Gerro Minos and Him de Simon Tanguy dans ce spectacle où la nudité là aussi est assumée et où les parties génitales ou l’anus, dans les diverses postures qu’imposent le mouvement naturel de la danse, sont assumées sans chercher à provoquer une réaction. Juste normal.

Il y a aussi cette approche des danses libres de Duncan, ces moments rapportés où les danseurs étaient nus et sans complexe.

C’est aussi l’apport de Simon Mayer dans ce retour dans le répertoire de la danse folklorique – et que n’avait pas osé Sciarroni – celui de gestes et de mouvements qui transpirent l’influence mondiale mais qui signale tout de suite un pays, une tradition, une façon de vivre.

Comme les danseurs perdent tous repères et toute pudeur, très vite on oublie qu’ils sont nus pour se concentrer sur la performance qu’ils vont pousser jusqu’au paroxysme. On se demande même comment ils arrivent à rester debout, tout en maitrisant leur instrument de musique. Cris, danse, agitation de cloches, crécelles, on pense aux bacchanales antiques dont on voit les reproductions sur des terres cuites d’où il ressort ce besoin d’exorciser un peu ses propres peurs, ses propres haines. Il y a manifestement aussi avec l’usage de cornets musicaux une référence à Brueghel dans cette folie désordonnée mais salutaire de ce digne héritier de Sissy, une princesse assassinée juste avant la seconde guerre mondiale. Un signe.

Ainsi, Simon Mayer a marqué de son emprunte en usant de la danse traditionnel, un monde qui cherche à s’y replonger alors que le monde a changé.

E Spaé
à Utrecht

Photo copyright Rania Moslam

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