PORTRAIT : JEAN-PAUL MONTANARI, TEL QUEL…

JPMontanari@LucJennepin1

MONTPELLIER DANSE 2016 : Jean Paul Montanari, tel quel…

Faire un portrait de Jean-Paul Montanari relève de l’exploit puisqu’il donne peu voire plus d’interview. Il a cependant accepté pour Inferno un entretien, simple, sans note, sans machine qui enregistre, à bâton rompu, mais vite… le temps lui est compté et cela a toujours été…

Pourtant, dans cette course poursuite, avec un esprit vif, un humour corrosif et qui tape souvent juste, on arrive à capter l’Homme du moment. En dehors du stratagème qu’il faut pour le faire asseoir à une table, c’est un moment rare d’approcher de si près quelqu’un qui a tant fait pour la danse… Un constructeur qui laissera sa trace dans cette ville et dans l’art chorégraphique qu’il a tant défendu.

Ce jour là, le directeur du Festival Montpellier Danse ressemble à un sage. Il prétend que « plus rien ne l’intéresse », qu’il ne pense « qu’à arrêter, à partir »… mais, un peu à l’image de son éditorial, on ne peut pas croire qu’il ne puisse pas penser à sa propre relève. Il a trop donné de son temps, de son énergie pour ne pas vouloir y songer… Alors, posture ?

Pourtant, il prétend le contraire. Détaché même de ce que cela sera après, après son départ. Il dit qu’il faudrait « arrêter ce festival » . Il faudrait un tout autre projet pour la Ville, le public et surtout pour la danse… Un projet plus vaste, qui fasse fi des frontières, des genres et des styles… Il prétend qu’il faudra pour cela un autre homme (ou une autre femme, il y pense) avec une énergie plus intacte… Lui, en quelque sorte, il a donné. On imagine aisément qu’il dit vrai. Celui ou celle qui va lui succéder devra être sacrément doué(e) et fort(e) pour assurer à l’acquis un avenir à la hauteur de ce qu’à fait pour la Ville de Montpellier, pour la danse, pour la culture Jean-Paul Montanari.

Et c’est vrai que pour ceux qui ont le plus de mémoire, ils se souviennent du désert des années 1980 à Montpellier… Qu’y avait-il ? Dominique Bagouet, Jean-Paul Montanari et, bien sur, le mentor, l’homme qui a tout rendu possible Georges Frêche. A part cela, pas grand chose… Même, il a bien failli ne rien y avoir. Dominique Bagouet, las, voulant partir à l’étranger… la menace Boulez en quelque sorte…

Et, au départ de Montanari, que restera-t-il ?

Une Agora de la danse dans un lieu sublime, jouxtant un Centre Chorégraphique National… Un ensemble pour lequel il a tout sacrifié, qui lui a pris tout son temps, toute son énergie, même s’il n’en manquait pas, mais tout de même…

Dans ce restaurant où l’on parle, il dit qu’en réalité, « il est devenu gentil, très gentil ». Il s’est beaucoup « attendri »… On veut bien le croire, même si on entrevoit quelques griffes sous ce nouveau gant de velours.

A cet instant, il donne le change. Il reste cependant toujours étonné – voire agacé – qu’il y ait 60 secondes dans un minutes. Il en aurait bien vu un peu moins pour que les choses aillent plus vite, car, le principal problème de Jean-Paul Montanari, c’est qu’il pige vite, très vite… et ce n’est pas que le spectacle ou la conversation lui déplaise, non, mais il a un coup d’avance… Il dit que les créateurs de spectacles sont de plus en plus obnubilés par la technique, le formel et que les disciplines s’enferment dans cette technicité. Il dit que « la vérité lui manque » et que c’est ce qu’il recherche dans l’art.

Depuis près de trente ans, Jean-Paul Montanari rencontre les artistes. Il discute. Il a coutume de dire « ce n’est pas moi qui les programme, se sont eux qui se programment au Festival »… N’empêche, avec certains, il reste hermétique : plus je discute avec lui, moins je le comprends, dit-il d’un dont on taira le nom… Mais c’est comme ça. Il a besoin de suivre la démarche ce qui ne veut pas dire l’approuver.

Jean-Paul Montanari n’a jamais manqué de courage pour faire connaître et imposer des artistes. Il a cette force en lui qui lui permet d’aller au combat et sa parole suffit souvent à faire baisser la garde, même s’il y a eu des batailles mémorables… mais, finalement, n’aime-t-il pas cela, le combat ?

Alors 36ème édition, 36ème combat espérant qu’il ne finisse pas au 36ème dessous…

Parce que tracer les lignes de cette édition, alors que « les plus grands » sont morts ou ont refusé que leurs pièces soient remontées, devient un casse tête pour lui… Et cette question de l’héritage le taraude depuis sa collaboration avec Dominique Bagouet, mort trop tôt, et auquel il fait sans cesse référence. Trouver dans les quelques grandes compagnies qui perdurent une qui puisse faire cet effet ?

Il s’est tourné vers Cullberg et son ballet créé en 1967. Une longévité qui rassure le Directeur qui sait qu’il ne lui reste plus assez de temps pour « imposer » un artiste.

La durée reste un critère qui permet d’évaluer la pertinence de l’oeuvre, en quelque sorte la fiabilité de l’artiste. Il fait donc appel aussi à Jacopo Godani qui succède à William Forsythe dont il a été un danseur…

Ainsi, l’arc de tension est placé entre Cullberg et Forsythe…

Ensuite, ce qui hante depuis longtemps Jean-Paul Montanari, c’est la création « sur les autres rives de la méditerranée ». Il a toujours tendu des ponts et de nombreuses mains pour faire connaître les artistes qui créaient de l’autre côté de cette mer… et ne dit-il pas dans son éditorial qu’il faut, malgré les attentats, l’instabilité politique, les extrémismes « créer malgré tout… en restant dans ce que l’on sait et peut faire, c’est à dire accueillir des artistes, les soutenir du mieux qu’on peut et montrer leurs œuvres ». Et ça, c’est vrai que Montpellier danse sait faire…

Se donner les moyens de montrer les ouvres, mais aussi de les accompagner de toute la réflexion nécessaire avec la revue Esprit, avec Arte, avec un site internet plus interactif, plus pertinent qui ne soit pas un simple guichet à billets virtuel. Jean-Paul Montanari a compris l’intérêt de cette source reliée au monde entier pour faire passer des messages à tout ceux qui ne sont pas là pour voir les œuvres en salle… et « si le spectateur souhaite aller plus loin » avec le Festival et tous les gens qu’il peut rassembler, « il peut aller plus loin ».

Alors dans ces 16 créations qui feront cette 36ème édition, il y a des méditerranéens et des femmes… une place revendiquée par le directeur… Montpellier, place forte. Montpellier Caravansérail. Montpellier point névralgique de la danse… sorte de cerveau d’où partent les œuvres mais où elles arrivent aussi… même si, modeste, Jean-Paul Montanari prétend n’être qu’un festival… il a raison de demander qu’on ouvre les yeux qu’on pose sur les oeuvres des artistes et de vivre cette 36ème édition » dans ce monde puisqu’on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve…

Etienne Spaé

Photo Luc Jennepin

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