MONTPELLIER DANSE : MAGUELONE VIDAL, AIR VIVANT

air vivant MPT Voltaire 16 06 2015 - Roudet Thomas

MONTPELLIER DANSE : Maguelone Vidal – Air Vivant.

À l’invitation du Centre Chorégraphique National de Montpellier, la musicienne-performeuse Maguelone Vidal présentait sa dernière performance : Air vivant. Une trentaine de performeurs volontaires se réunissent quelques heures pour préparer un assemblage de scènes autour du souffle. Dès le départ, on est troublé, car tout est volontairement flottant, mobile, aéré. C’est rare de voir un spectacle qui respire, un spectacle fêlé qui laisse passer la lumière ! Les amateurs praticiens réussissent à faire pendant une trentaine de minutes un bruit de tous les diables avec leurs bouches sans sortir le moindre son. Le choix ou le hasard fait que les amateurs présents sont très jeunes ou très vieux, noir ou blanc, homme ou femme… et toutes les possibilités qu’il y a entre les deux : c’est l’humanité montrée dans un couloir. Dans le hall d’une bibliothèque ou d’un centre d’art, le spectacle se place au cœur du passage, dans tous les courants d’air des bâtiments artistiques publics. Comme partout, dès qu’il y a des pratiques amateures, il y a beaucoup de femmes. Il serait presque plus intéressant de n’avoir que des femmes et d’interroger cela, le statut du souffle féminin dans l’espace public.

Comme dans beaucoup de spectacles de Maguelone Vidal, on est surpris à chaque fois par la puissance symbolique évocatrice du souffle. Régulièrement, dans cet endroit de passage et de déambulation, les corps et les cœurs s’arrêtent pour laisser toute la place à l’air ou au vent. Commence un concerto en moult mouvements pour cage thoracique, palais et lèvres. Les poumons se gonflent, les colonnes d’air fonctionnent à plein tube : on vient « étrangiser » les sons de la nature pour les faire ressortir et reparaître au grand jour. Crache l’air, expectore, pousse le diaphragme semble dire le spectacle. Tantôt ses invectives sont exécutées à la face du monde (pour ou contre l’autre), tantôt elles sont synonymes de repli sur soi, d’intériorité, de retour à l’état de naissance. Il arrive que le souffle fasse groupe et on est alors dans une sorte de Sacre du printemps, Sacre du vent, Sacre de l’air chaud revigorant.

Un des derniers et nombreux mouvements de ce concerto pourrait être une chorale éolienne avec cheffe d’orchestre. Maguelone Vidal s’empare alors des directions (du souffle comme du groupe) dans une sorte de sound painting à la voix blanche. Cette performance pourrait être à la musique ce que les monochromes blancs sont à la peinture : « le vide vidé de son vide c’est le plein* ». Petit à petit à la chorale s’ajoute des gestes, dans une mise en espace de Fabrice Ramalingom où les mouvements sont en adéquation totale avec le souffle : le corps met en images la représentation mentale de ce que peut faire de l’air.

De ce travail sur la soufflerie (ça souffle et ça rit), on voit très bien la joie et l’intensité communicative entre la conceptrice et les performeurs, entre le spectacle et son public.

Bruno Paternot

MAGUELONE VIDAL, conception, composition, direction – FABRICE RAMALINGOM, chorégraphie – DALILA KHATIR direction musicale – GHYSLAINE GAU assistante chorégraphique – et 25 à 50 performers volontaires

*Ghérasim Luca

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