« OPEN END », CIMETIERE DES ROIS GENEVE

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Genève, correspondance.
OPEN END au Cimetière des Rois, Exposition du 16 septembre 2016 au 30 novembre 2016 – Un projet de l’association DART en collaboration avec Simon Lamunière.

Construit hors de la ville pour les pestiférés en 1482, le cimetière dit « des rois » est devenu le père Lachaise genevois, le Panthéon des personnalités ayant marqué la cité. En ces lieux où ne repose pas qui veut, mais uniquement des élus sur décision des magistrats de la Ville, se côtoient des personnalités aussi différentes que Jean Calvin, Jorge Luis Borges, Jean Piaget et Grisélidis Réal: le puritain, l’écrivain, le psychologue et la prostituée. Une hétérogénéité qui illustre assez l’esprit particulier de cette ville.

Au centre ville, aéré et agrémenté de somptueux arbres, l’endroit est propice aux ballades, pause lecture, pique-niques urbains voire séance de bronzage estival. Un terrain de jeux pour une crèche jouxte le cimetière, une maison pour chats est plus ou moins dissimulée sous un pin, ses locataires se rencontrant le long des allées ou allongés sur les tombes chauffées par le soleil. Plus parc que cimetière, ce lieu est actuellement investi par 16 oeuvres contemporaines pour une durée variable. Si l’exposition se termine fin novembre 2016, les secrets des promeneurs confiés à Sophie Calle sont, eux au moins, assurés de reposer en paix pour les 20 ans de la durée de la concession.

L’initiateur du projet et auteur de Bruits, monumentale main de marbre déformée par un parasitage numérique, est de Vincent du Bois. Il souhaitait via cette exposition réactiver le regard sur les objets du deuil, l’art dit funéraire, notre rapport à la mort et à ses rites. Il est vrai qu’à la faveur de cette exposition dans ce lieu tout sauf anodin, le visiteur ne peut s’empêcher par une sorte de contamination de porter un regard différent sur les objets funéraires ou non, épars. Les oeuvres s’insèrent harmonieusement parmi les tombes, souvent en relation avec la représentation de la mort et de ses traces, questionnant aussi le seuil de l’inconnu sur le mode caractéristique de chacun des artistes.
Jérome Leuba nous accueille avec Mass Memorial (battelfield 116) un accrochage de bouquets et dépôt de petits objets symboliques à l’entrée du cimetière, une oeuvre entre fiction et réalité, renvoyant aux hommages largement médiatisés exprimés par les foules face à des morts tragiques ou de célébrités, des deux parfois. Au fond de la première allée, encagoulé et emmitouflé dans un sac de couchage, Sans-titre, un auto-portrait de Fabrice Gigi git, raidi dans le marbre blanc comme saisit par le froid, migrant ou SDF, adossé à une stèle. Une silhouette familière et anonyme, celle du métro, des grilles de trottoirs et des abris sous les ponts, plaie de l’hiver, de la misère et des immigrations actuelles. Gianni Motti, auteur de l’épatant titre d’exposition, OPEN END et jamais avare de mots d’esprit (motti di spiriti) se permet d’être pince-sans-rire en empruntant à Groucho Marx l’épitaphe  » Je vous avais bien dit que je n’allais pas très bien  » qu’il a fait graver sur une stèle.

La référence à la mort est aussi dans la naissance, comme dans Nascita de Sybille Pasche (objet ovoïde en marbre blanc symbolisant la naissance) ou les Respirations de Xavier Sprüngli, enregistrement d’un dormeur, voire ronfleur, enfoui au pied de la discrète tombe de Calvin. Référence à la religion avec la Pieta de Christian Gonzenbach, en fonte d’aluminium, moulée et retournée comme une chaussette, la tête du Christ transformée en bénitier et baignoire à moineaux après la pluie, ou à la mythologie comme The Ship, d’Alexandre Joly,un canoé couvert d’écailles dorées flottant entre deux pins, fragile véhicule pour âmes en transit.

Un rétroviseur géant posé sur l’herbe telle une fine tombe nous réfléchit ainsi que le ciel tout en permettant de regarder la vie derrière soi. Oeuvre de Sylvie Fleury, Eternity Now est un joli objet aussi opportun que polysémique. Tout au fond, en un lieu retiré du cimetière se trouve le Tombeau des secrets de Sophie Calle. Une pierre lisse, un coffre dont la fine ouverture donne envie de s’allonger pour y chuchoter de nouveaux secrets et tendre l’oreille afin de capter ceux qui tenteraient peut-être s’en échapper. « Spes illorum immortalitate plena est  » (Sap, III, V) ou « Leur espérance (des morts) est pleine d’immortalité. »

Ildiko Dao,
à Genève

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Photos : Gianni Motti, Jérôme Leubat, Xavier Sprungli

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