JOËL POMMERAT, « ÇA IRA (1) – FIN DE LOUIS », TNB BRUXELLES

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Bruxelles, correspondance.
Ça ira (1) Fin de Louis : – une création de Joël Pommerat / Cie Louis Brouillard – Théâtre National de Bruxelles / du 11 au 15 octobre 2016.

D’ordinaire plus inspiré par l’intime et les destins individuels qui se jouent dans la société moderne, Joël Pommerat, avec sa troupe tout entière s’attaque avec « Ca ira (1) – Fin de Louis » à la fresque historique, à la révolution française, matrice de nos démocraties contemporaines.

Son parti-pris n’est pas de faire une reconstitution fidèle des évènements de 1789 mais de montrer une insurrection, un « moment » historique, au présent. Tout l’enjeu pour l’auteur était de savoir si ces évènements fondateurs allaient entrer ou non, en résonance avec notre époque et ses défis et donc nous interpeller. Et très vite au fil du récit, la réponse apparait implacable et sourde : Si tout a changé en plus de 200 ans, rien des questionnements d’alors ne sont plus présents aujourd’hui. Le politique demeure plus que jamais au centre des problématiques actuelles. Ici, les questions économiques, la dette de l’état, la vision politique, ici le débat métaphysique sur la question de l’Homme et de la liberté opposé sans cesse aux questions matérielles liées à l’existence, à la violence et à l’état de droit.

Pommerat nous donne à voir, à entendre et à comprendre où nous en sommes aujourd’hui, dans quelle état se retrouve nos sociétés, nos démocratie, dans un climat parfois prérévolutionnaire. Et la très grande force de ce spectacle est de rendre présent notre passé et de l’éclairer à la lumières des faits tels qu’ils se sont déroulés. C’est surprenant idéologiquement, enthousiasment intellectuellement et jouissif théâtralement !

Mais peut être plus encore que cette construction narrative osée et son sujet casse-gueule, c’est le théâtre de Pommerat et sa traduction sur la scène qui nous emporte très loin. Avec ses acteurs, sa troupe tout entière, il nous embarque pendant plus de quatre heures dans un vaisseau à la course folle. Pas de temps mort, pas d’ennui à l’horizon. C’est à un prodigieux travail des comédiens (14 au total, 3 ou 4 rôles chacun) auquel on assiste émerveillé. On le doit au long travail sur le plateau qui a préfiguré la création de ce spectacle. Une prouesse sans doute mais un talent individuel sans conteste mis au service du collectif et du texte. Tour à tour sur le plateau et dans le public, vociférant, s’invectivant, nous faisons corps avec les comédiens, immergés au centre des débats des comités de quartier, de l’ assemblée nationale en effervescence, dans le bureau du roi avec ses conseillers à Versailles, au cœur de la révolution. On s’y croirait car on y est vraiment, Jouant le peuple que nous sommes. C’est beau et c’est bien trop rare à voir sur les planches aujourd’hui.

Si le théâtre peut être politique et interroger le sens nos vies, sa parole raisonne encore plus avec l’aisance d’une langue accessible par tous, – osons le mot populaire ! – et avec le talent et le travail méticuleux des artistes, qui savent encore prendre le temps de construire le récit de nos luttes. Pommerat et les siens ont pris ce temps pour notre plus grand plaisir.

Philippe Maby
à Bruxelles

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