ANDRES SERRANO, « TORTURE », NATHALIE OBADIA PARIS

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ANDRES SERRANO – TORTURE – Galerie Nathalie Obadia Paris – 10 novembre-30 décembre 2016 – Vernissage le 10 novembre 2016 de 17h à 20h.

La Galerie Nathalie Obadia présente la série Torture, qui inaugure la première exposition d’Andres Serrano à la galerie de Paris, après Sacramentum: Sacred Shadows en 2012 et Cuba en 2014 à la galerie de Bruxelles.

En parallèle, la Maison Européenne de la Photographie présentera plusieurs séries emblématiques de l’artiste à l’occasion d’une exposition personnelle, quelques mois après une grande rétrospective que les Musées Royaux des Beaux Arts de Belgique lui ont consacrée en 2016.

Né à New York en 1950, Andres Serrano a développé une œuvre oscillant entre fascination et provocation. L’artiste s’empare de thèmes fondamentaux : la politique et la société, à travers ses séries The Klan (1990), Nomads (1990), America (2002), Cuba (2012), Resident of New York (2014), ou encore Denizens of Brussels (2015) ; la religion, avec Immersions (1987-1990), The Church (1991), Holy Works (2011), Jerusalem (2014) ; le vivant (Bodily Fluids, en 1990), le sexe (History of Sex, en 1995-1996) mais aussi la mort (The Morgue, en 1992).

La démarche d’Andres Serrano présente une vision du monde tel que nous l’avons créé, nous alertant sur notre époque. Depuis plus de trente ans, il capture l’esprit de notre temps, les contradictions de notre société en y apportant un regard critique, parfois ironique, mais aussi indulgent.

Pour cette exposition, Andres Serrano présente seize œuvres issues de la série Torture, un projet amorcé en 2005, qui fait suite à une commande du New York Times pour illustrer l’article « What We Don’t Talk About When We Talk About Torture » (Ce Dont Nous Ne Parlons Pas Quand Nous Parlons De La Torture). Rédigé par Joseph Lelyveld, ce texte revenait sur le scandale d’Abu Ghraib, une affaire durant laquelle des soldats américains furent accusés de violation des droits de l’homme avec, pour preuves accablantes, des photographies de prisonniers irakiens soumis à la torture.

Ce n’est que dix ans plus tard, en 2015, que l’artiste est contacté par l’organisation a/political qui lui propose un partenariat pour poursuivre la réalisation de la série Torture. Ainsi, il parcourt quinze villes de neuf pays d’Europe, dont l’Angleterre, l’Irlande, la France, l’Autriche ou l’Allemagne, afin de nourrir ses recherches et ses prises de vues.

Il aborde tout d’abord cette série comme «un spectacle et une attraction touristique» en photographiant divers objets historiques dédiés à la torture. Il érige ainsi en œuvre des masques médiévaux, que l’on retrouve dans l’exposition (Fool’s Mask IV, Hever Castle, England – Fool’s Mask and Flesh Gourge, Hever Castle, England – Fool’s Mask III, Hever Castle, England).

Ceux-ci semblent être des expressions figées, incarnations de la torture à la fois brutes, synthétiques et totalement expressives. Paradoxalement, les objets du supplice paraissent terrifiants, hideux, et tout autant fascinants que singuliers. La fonction connue ou supposée de ces objets les rendent encore plus stupéfiants. Ces instruments nous troublent, donnant un visage à la torture qu’ils incarnent et personnifient. L’artiste dira de son travail : « Je choisis de rendre beaux des objets qui mettent mal à l’aise ».

C’est à la « Fonderie », lieu culturel ouvert par a/political en 2013 près de Toulouse, qu’Andres Serrano mettra en scène cette série photographique qui fait référence à de nombreuses techniques de torture à travers le temps. Pour les prises de vue, un nombre significatif de volontaires se proposent, se mettant physiquement à l’épreuve pour faire l’expérience de la torture. Andres Serrano s’étonne : «En faisant ce projet, j’ai découvert que des gens torturent d’autres gens lorsqu’ils ont un pouvoir sur eux. Les modèles se pliaient exactement à ce que je leur demandais de faire». Par son engagement, l’artiste pose alors la question de l’esthétisation de la violence en la mettant en scène.

Par le biais de l’ONG Waging Peace, il est mis en contact avec Fatima, une victime de la torture, dont il propose ici le portrait. Soupçonnée d’aider des rebelles au Darfour, cette femme soudanaise fut emprisonnée et torturée par la police. Avec Fatima, was Imprisoned and Tortured in Sudan (Fatima fut Emprisonnée et Torturée au Soudan), l’artiste exprime son cri silencieux, sa souffrance muette, étouffée et cachée sous son voile.

En Irlande, Andres Serrano a photographié quatre membres présumés de l’IRA (Armée Républicaine Irlandaise) : «Les Hommes Encagoulés» («The Hooded Men»). Dans les années 1970, Kevin Hannaway, Francie McGiugan, Patrick Mcnally, et Brian Turley furent emprisonnés par les autorités britanniques. Ils subirent alors des techniques de torture et d’interrogatoire spécifiques telles que la privation de sommeil, d’eau et de nourriture, l’exposition au bruit, ou l’aveuglement quasi-permanent sous une cagoule. Ces quatre hommes survécurent et acceptèrent de poser pour Andres Serrano, de nouveau encagoulés à la demande de l’artiste.

Si l’identité des torturés est niée, la photographie parvient à s’emparer de leur silence et à fixer leur Histoire. En recouvrant les visages des victimes, Andres Serrano crée des non-portraits où les apparences physiques sont recouvertes, les souffrances révélées, laissant alors la douleur de la torture transparaître.

Avec ces œuvres Andres Serrano exprime les différents aspects de la torture comme fascination touristique, la torture pratiquée dans les camps de concentration, la torture comme châtiment ultime. La création de cette série a mené Andres Serrano à endosser simultanément le rôle du tortionnaire et du torturé ; l’expérience artistique à laquelle il nous invite reflète une ambivalence. L’acte de torture est bien réel: interdit en 1949 par la Convention de Genève, près de quatre-vingt-un pays l’appliquent encore.

Andres Serrano est né à New York (USA) en 1950. Il vit et travaille à Brooklyn.

Andres Serrano, Fool’s Mask IV, Hever Castle, England (Torture), 2015

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