THOMAS HUBER, « L’IMAGINATION AU POUVOIR », HAB GALERIE NANTES

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Thomas Huber : L’imagination au pouvoir – du 10 février au 23 avril 2017 – FRAC Pays de la Loire / HAB Galerie, Nantes.

Le Frac des Pays de la Loire invite l’artiste Thomas Huber à exposer à la HAB Galerie à Nantes et au Frac à Carquefou. Il est invité à sélectionner des ensembles d’œuvres de la collection du Frac, à présenter quelques unes de ses œuvres et à créer un dispositif de présentation. Ces deux expositions se font écho.

A l’invitation du Frac des Pays de la Loire, Thomas Huber (Zürich, 1955) installe au sein de la HAB Galerie son ensemble monumental Sonnez les matines (1999-2002), acquis par le Frac en 2002. En écho à des œuvres qu’il a sélectionnées dans les collections du MAMCO de Genève et du Frac des Pays de la Loire, ce ne sont pas moins de 13 maquettes à l’échelle 1/10 de Huberville et 140 figurines en céramique qui investissent l’espace et donnent corps à cette ville idéale née de l’imagination de l’artiste suisse.

Depuis 1982, Thomas Huber poursuit une réflexion à la fois théorique et pratique sur la peinture et l’image, sur leur fabrication, leur mise en espace, leur rôle aussi dans notre civilisation occidentale moderne qui a fait une place centrale à l’art, au spectacle et à leur capacité à former des spectateurs et un public. Les espaces qu’il évoque dans ses peintures et installations, dans un style froid, distancié – bibliothèque, théâtre, atelier de l’artiste, forum, salle d’exposition – rappellent tant par leur fonction que par leur facture la tradition moderniste, depuis les représentations renaissantes de la cité idéale en vogue à la cours d’Urbino jusqu’aux cités imaginées par Le Corbusier (symbolisées par la reprise de la Maison Domino) et l’Ecole d’Athènes, en passant par l’architecture idéale de Ledoux et Boullée. Que ce soit par le biais de ces maquettes au caractère éminemment théâtral ou par les panoramas et toiles qui l’accompagnent, Huberville évoque indéniablement l’espace telle que la tradition picturale moderne l’a conçu, régi par la perspective, rationnel, utopique et prospectif, en tant qu’il met en scène une polis idéale et, par extension, une communauté de citoyens à réaliser.

C’est aussi l’espace de l’artiste par excellence, au sein duquel Thomas Huber se met en scène avec sa famille, que ce soit par le biais de la Kunstler Haus (Maison de l’artiste) ou du Clocher, référence à son père architecte et constructeur d’églises, dont on retrouve l’écho dans le titre même de l’installation, Sonnez les matines et dans les cloches omniprésentes dans l’œuvre de l’artiste. Espace intime, enfantin peut-être, mais non moins inquiétant comme l’exprime Eine schreckliche Geschichte (Une histoire épouvantable), maison sans ouverture dont la façade raconte l’histoire d’un peintre enfermé avec sa femme et ses quatre enfants dans le tableau, grand comme une maison, qu’il était en train de peindre… On ne peut, lorsque l’on visite Huberville, lorsque l’on contemple les allées monumentales et la grande horloge, ne pas être saisi par un sentiment d’« inquiétante étrangeté », le même qui sans doute saisit un jour Giorgio de Chirico à Turin pour ne plus jamais le lâcher… Les images de Thomas Huber sont comme figées dans leur projection, peuplées de fantômes et d’esprits qui ne parviennent jamais vraiment à s’y incarner, à moins qu’elle ne cherchent à happer le spectateur qui les regarde : espace imaginaire, utopique sans doute, mais non moins potentiellement oppressant.

Cet espace, Thomas Huber le peuple d’autres œuvres qui entretiennent avec lui des affinités électives, qu’il s’agisse des cloches en cire de Pascal Convert, des fourmis défilant infiniment sur l’écran de Peter Kloger, des suspensions de Gabriel Orozco ou de Spencer Finch ou des formes de vie émergentes de Barry Flanagan. Au fond de la galerie, les visiteurs pourront admirer l’encyclopédique, exhaustif mais non moins imaginaire Atlas. La salle des cartes de Wim Delvoye, parodie de cet imaginaire qui prit, à l’âge moderne, possession du monde lui-même à travers sa mise en image. L’imagination au pouvoir, c’est justement le titre que donne Thomas Huber à cette nouvelle exposition : c’est à la fois un slogan fameux de mai 68, appel enragé à mettre bas toute forme de pouvoir institué, à laisser libre cours à ce qui incarne par excellence la liberté triomphante ; c’est aussi, probablement, ce qui décrit le mieux ce pouvoir de l’image à propos duquel s’interroge l’artiste depuis plus de 30 ans, interrogation à laquelle il nous invite à prendre part.

(Julien Zerbone pour le FRAC)

Exposition conçue et organisée par le Frac des Pays de la Loire, sur invitation de la SPL Le Voyage à Nantes. La HAB Galerie est gérée par la SPL Le Voyage à Nantes, dans le cadre de la délégation de service public conclue avec Nantes Métropole.

Avec des oeuvres de Pascal Convert, Wim Delvoye, Spencer Finch, Barry Flanagan, Thomas Huber*, Peter Kogler, Gabriel Orozco.

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