LES PLATEAUX SAUVAGES : ENTRETIEN AVEC LAËTITIA GUEDON

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LES PLATEAUX SAUVAGES : Entretien avec Laëtitia Guédon.

Au cœur du XXème arrondissement, dans le quartier des Amandiers, un nouveau projet artistique et culturel voit le jour : Les Plateaux Sauvages. Un espace hétérogène, une fabrique artistique, qui rassemble dans un même lieu la création et la transmission artistique, l’accompagnement et le soutien aux compagnies d’artistes.

A l’occasion de l’ouverture de Les Plateaux Sauvages, Inferno rencontre le metteur en scène Laëtitia Guédon, depuis mai 2016 à la direction de ces espaces bouillonnants de créativités, autrefois ancien Centre d’Animation des Amandiers.

Inferno : Laëtitia Guédon, vous avez pris récemment la direction de Les Plateaux Sauvages. Pourriez-vous nous raconter qu’est-ce que c’est que cet espace ?
Laëtitia Guédon : Les plateaux Sauvages n’est pas juste un théâtre ou un lieu de diffusion. Il s’agit véritablement d’une fabrique artistique dédiée à la création. Un lieu qui va permettre à des artistes du spectacle vivant de pouvoir être accompagnés pendant toute leur phase de création. Quand je pense à Les Plateaux Sauvages j’imagine des lieux comme le 104 ou La Briqueterie : Les Plateaux Sauvages est aussi un lieu de vie. Nous aurons des artistes dans la maison, mais aussi du public qui s’approprie des lieux. C’est pourquoi nous aurons chaque année environs une quarantaine d’ateliers hebdomadaires de pratique pour amateurs, menés par des artistes intervenants. En 2018 nous ouvrirons un bar qui sera loué chaque six mois à des jeunes chefs, car la création passe aussi par la cuisine. Et puis une librairie.

Inferno : Vous êtes metteure en scène, vous êtes vous-même impliquée dans la création artistique. A votre avis, quelle valeur ajoutée apporte la direction de quelqu’un qui vient du terrain, du spectacle vivant, pour un lieu comme Les Plateaux Sauvages ?
Laëtitia Guédon : Étant moi-même artiste, j’ai imaginé ce projet dans la continuité de mon parcours de metteur en scène. Je suis une jeune metteur en scène, et jusqu’à il n’y a pas très longtemps je faisais partie d’une compagnie très émergente. J’ai donc imaginé la direction de Les Plateaux Sauvages en me souvenant de toutes les carences que j’avais eues en tant qu’artiste au moment de la création de mes spectacles. Je suis partie d’une question : qu’est-ce qu’il m’a manqué lors de mes créations pour travailler dans des bonnes conditions ? Répondre à cette question est ce que je souhaite mettre en place dans ce lieu.

Inferno : Concrètement, comment pensez-vous répondre à ces besoins ?
Laëtitia Guédon : Trouver des espaces de répétitions à Paris est très compliqué ou très cher. Nous allons donc mettre à disposition des compagnies à la fois une salle pour un travail de dramaturgie ainsi qu’une salle équipée pour les travaux techniques et de lumière. Souvent les jeunes compagnies n’ont ni les connaissances ni l’argent, c’est pourquoi cela me semblait capitale. Nous mettrons aussi à disposition un atelier de construction de décors et de mise en scène. Ensuite, nous accompagnerons les compagnies dans la structuration de leurs projets. Aujourd’hui, les compagnies doivent être capable d’administrer, diffuser, créer, communiquer : ce sont des missions très hétérogènes et compliquées à apprendre. Nous essayerons de mettre en place un accompagnement dans ce sens.

Inferno : Quel rapport avec-vous imaginé entre le public, la création et le territoire dans lequel Les Plateaux Sauvages s’inscrivent ?
Laëtitia Guédon : En tant que metteur en scène, j’ai toujours pensé mes projets dans le lien, le partage et la connexion avec le territoire. Les artistes que nous accueillerons seront invités à imaginer, en parallèle de leur création, un projet artistique partagé avec une école, une association, un foyer, des lieux de connexion avec les gens du territoire. Le quartier où Les Plateaux Sauvages est installé regorge d’associations : nous souhaitons faire sortir les artistes de leur tour d’ivoire.

Inferno : Vous mettez en place une véritable action culturelle…
Laëtitia Guédon : Cette définition souvent me gêne. C’est comme si nous, les artistes, avons le pouvoir d’élever les masses avec notre savoir. Moi, je souhaite proposer aux artistes de faire un pas de côté dans leur création en allant partager leur projet avec le territoire. Les Plateaux Sauvages est un lieu de création et au même temps de diffusion, de partage de la création…Je souhaite donner accès à l’objet culturel à travers l’humain.

Inferno : Au sein de Les Plateaux Sauvages vous proposez des résidences d’artistes. Comment sont-elles organisées ?
Laëtitia Guédon : Actuellement, notre apport est essentiellement en industrie : nous mettons à disposition nos espaces de quasiment trois mille mètres carrés. A cela s’accompagne le soutien technique et administratif des compagnies en résidence. Par contre, pour l’instant, nous ne proposons pas de coréalisation pour les résidences. En revanche, à l’issue de leurs résidences, les artistes peuvent faire une sortie de résidence (entre une et quatre), c’est-à-dire montrer le travail à un public réduit et/ou aux professionnels au sein de Les Plateaux Sauvages. Dans certains cas, nous programmons aussi les créations des artistes après leurs résidences, jusqu’à dix dates chez nous en partage de recette. Le pourcentage est toujours plus favorable aux compagnies, mais pour le moment, le lieu n’est pas coproducteur.

Inferno : Quels projets accueillez-vous en résidences ?
Laëtitia Guédon : Nous accueillons que des projets de créations, c’est-à-dire que nous ne prenons aucune reprise, sauf pour les festivals ou les temps forts de notre programmation.

Inferno : Pouvez-nous parler de la programmation, prévue pour la saison 2017/2018 ?
Laëtitia Guédon : Pour chaque saison nous programmerons quatorze compagnies. Pour la programmation 2017/2018, j’ai voulu inviter le plus possibles des artistes très émergents, c’est-à-dire des compagnies qui sont à leurs premières créations. Leurs projets nous intéressent quand questionnent et s’inscrivent dans le monde d’aujourd’hui. En parallèle, nous aurons des compagnies plus confirmées. Cette année, par exemple, en janvier, nous avons eu Les Chiens de Navarre et en ce moment nous présentons Le Birgit Ensemble. En parallèle des quatorze compagnies, nous programmerons aussi une quinzième compagnie, qui sera dévoilée à la fin de sa résidence. Cette résidence sera donnée à de très jeunes artistes pas encore connus. J’ai commencé cette année avec un jeune metteur en scène : ce qui m’intéresse est de donner un espace, un soutien à tous ces artistes qui n’ont pas encore les codes pour travailler dans le monde du spectacle vivant.

Inferno : Que veut dire pour vous prendre la direction de Les Plateaux Sauvages ?
Laëtitia Guédon : Il y a quelque temps un ami est venu visiter le lieu et m’a dit : « Tu te rends compte, tu as un théâtre ! ». Cela m’a touchée ! Non, je n’ai pas un théâtre, je dirige un théâtre. La direction d’un lieu est passionnante, mais aussi quelque chose d’éphémère. Ce lieu ne m’appartient pas : ce que je veux faire est construire un projet qui soit le plus possible pérenne. Ainsi, la personne qui prendra la direction après moi, n’aura pas à tout reconstruire. Je crois encore beaucoup aux missions du service public, donc je voudrais que ce lieu soit au service pour les gens.

Propos recueillis par Cristina Catalano

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