« ELI LOTAR 1905-1969 », JEU DE PAUME PARIS

Eliazar Lotar Teodorescu, Alias Eli Lotar Paris, 1905-1969 – Du 14 février au 28 mai 2017 – Musée du Jeu de Paume

Devenir ce qu’on est.

Le Musée du Jeu de Paume et le Centre Pompidou consacrent une rétrospective riche au photographe et cinéaste franco-roumain Eli Lotar. Une merveille. Composée d’archives et du fonds de l’atelier du photographe – qui est conservé par le Musée National d’art moderne – ont été ajoutés à cette exposition des tirages d’époque issus d’une quinzaine de collections et d’institutions internationales offrant, après la rétrospective de 1990 du Centre Pompidou, une chance inouïe de retrouver les œuvres filmographiques et photographiques de Eliazar Lotar Teodorescu, plus connu sous le nom de Eli Lotar. Arrivé en France en 1924, il suivra le sillage d’artistes comme Germaine Krull – qui le formera à la photographie – de Man Ray, Jacques Prévert, Antonin Artaud pour ne citer qu’eux.

Le travail artistique d’Eli Lotar peut nous être connu à travers ses films documentaires qui témoignent de la vie – misérable mais digne – des banlieues parisiennes. Et c’est avec émotion qu’on retrouve son film sur Aubervilliers encore plein de champs et d’hôtels borgnes qui abritaient une misère noire mais d’où le cinéaste faisait ressortir aussi la joie de vivre d’enfants courant sur les sentiers d’une Seine qui n’était pas réservée aux vélos mais aux travailleurs qui s’en servaient pour y conduire force charrettes pleines de marchandises à livrer. Sur un scénario de Jacques Prévert, on retrouve dans ce film toute la dimension politique de l’artiste, engagé, membre actif de l’Association des écrivains et des artistes révolutionnaires dès 1932.

Mais cette révélation d’une France qu’on a (voulu ?) oublier ne nous parvient dans cette exposition majestueuse qu’après avoir traversé des salles où le travail photographique apparait comme une révélation de la dimension d’observateur de Eli Lotar.

Influencé par le constructivisme Russe et son architecture de fer, on peut admirer ses séries sur les objets métalliques qui vont de la tour Eiffel à des pylônes électriques en passant par des châssis d’avions. Photographiés en noir et blanc entre 1929 et 1965 dans un cadre très serrés, le doute sur le sujet est permis, mais il montre bien le point de vue à la fois observateur et perturbateur de ce photographe venu de Roumanie, proche des surréalistes.

Il faut encore avancer dans l’exposition pour découvrir ses couvertures des magazines VU, Détective ou Jazz (1929/30), de la Foire de Paris – immense événement bien plus ambitieux que ce qu’il nous en reste aujourd’hui – ou des abattoirs de La Villette (1928/30) avec ses Têtes de veaux et autres morceaux de barbaques. A cette même période, il se focalise sur les pieds chaussés des passants dans la rue qu’il cadre serré pas plus haut que le genoux. Il traite aussi du mystère à travers des photos comme L’apparition.

Il commence à se jouer de nous dans des compositions post-dada comme cette photo en surimpression d’un couloir extérieur de l’hôpital des Quinze-Vingt où apparaît une montre. On dirait du Dali ! Le travail de témoignage d’une époque apparaît aussi dans les sujets qu’il traite comme le jazz (1928), le Théâtre de Jarry, le Moulin Rouge avec ces photos de la troupe du Blackbird (1929).

Le plus saisissant est sa complicité avec Giacometti qu’il suit aussi bien dans son atelier (1963/65) qu’à Genève dans son Hôtel Rive de Genève (1944) – émouvante photo d’ailleurs où l’on voit le sculpteur, cigarette à la main, manipuler une minuscule sculpture offrant une vision de la fragilité de cette œuvre réalisée par ses mêmes mains apparaissant ici immenses, rendant le geste artistique final de cette microscopique sculpture encore plus émouvant.

L’exposition s’achève d’ailleurs sur la présentation d’une sculpture connue et caractéristique du maître intitulée Lotar dont on n’est pas près d’oublier maintenant qu’elle était le visage d’un photographe éclairé et engagé, témoin de son temps, ce qui nous permet d’appréhender qu’hier n’était pas plus florissant qu’aujourd’hui. Il n’y a qu’à regarder les films habilement présentés dans l’exposition de photos comme ce Aubervilliers 1945 et de lire aussi « Devenir ce qu’on est », une interview du politicien Henri Wallon pour s’en persuader. « Une inquiétante étrangeté » dit de l’œuvre de Lotar le commissaire de l’exposition Clément Cheroux. On adhère à cette formule.

Emmanuel Serafini

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