FESTIVAL D’AVIGNON : « ON AURA TOUT », ENTRETIEN AVEC ANNE-LAURE LIEGEOIS

Festival d’Avignon : « On aura tout » – Christiane Taubira et Anne Laure Liégeois – Jardin Ceccano, 12h – du 8 au 23 juillet, relâches les 10 et 17.

On aura tout est le feuilleton théâtral qui est proposé quotidiennement au public du festival d’Avignon 2017. En mai, Anne-Laure Liégeois nous racontait cette mission, en quatorze épisodes, avec Christiane Taubira.

Inferno : Comment construire un feuilleton théâtral ?

Anne-Laure Liégeois : Je suis partie du mot feuilleton : c’est le diminutif de feuillette qui lui-même est le diminutif de feuille et la feuille a pour racine le bourgeon. J’ai voulu partir de cette chose qui se déploie car nous allons faire fleurir chaque jour une idée. Et à travers la fleuraison de toutes ces idées, pendant quatorze jours, nous allons arriver à une fresque.

Comment la poésie peut-elle nourrir la politique ? Pendant ce feuilleton, vous allez parler de la démocratie mais le publique du théâtre n’est-il pas déjà acquis à la cause de la démocratie ?

Le théâtre parle toujours du monde, il me semble. Entendre les hommes s’exprimer en parlant du monde et de la force de leurs convictions contre la peine de mort ou l’esclavage, ça nous resitue nous-même dans le monde et ça nous redonne de l’énergie pour le combat et pour la vie. Actuellement, j’ai un plaisir intense à lire Hugo, Condorcet et énormément de poètes. Être porteur de combats, c’est être porteur de vie. Je pense que nous n’entendons jamais assez ce qui nous motive. Entendre des poètes algériens ou nigériens parler de l’immigration, en se détachant de l’actualité et en utilisant la hauteur de la langue, c’est terriblement émouvant. C’est une façon de nous faire comprendre les choses du monde à travers la beauté. La poésie grandit le monde et nous permet de le regarder pour mieux y plonger dedans ensuite.

Pourriez-vous me parler du lien entre les textes que vous êtes en train de choisir ?

Le premier lien est la pensée de Christiane Taubira. C’est une personne extrêmement vivante et cet aspect de sa personnalité nous motive énormément dans la recherche des textes. Le sien est un combat optimiste : On aura tout, ce n’est pas un ordre mais une évidence.

Comment organisez-vous le travail avec Christiane Taubira ?

Nos rôles sont dictés par le temps, en ce moment particulièrement intense pour elle. Nous avons reçu « une mission » à accomplir. Moi, je la connais comme personnage politique mais c’est facile de pouvoir réécouter ses discours ou de lire ses textes. A l’intérieur de cet ensemble, j’ai puisé tout ce qui fait sa culture littéraire, poétique, philosophique et politique évidemment. Nous nous sommes rencontrées plusieurs fois, et à travers ces conversations je me suis emparée de sa matière et je retourne à la source. Je suis peut-être « la sourcière »…

De quels droits allez-vous parler en particulier ?

Pour l’instant, nous avons décidé de parler de travail, d’éducation, de violence d’état et de guerre sur les corps, comme dans l’Iliade… On parle beaucoup des femmes évidemment, ça c’est quelque chose qui nous lie. Nous parlerons aussi d’enfants : je suis actuellement à la recherche de textes sur des enfants au travail, des enfants dans la guerre… Il y aura quatorze stations en tout et chacune me touche profondément.

Vous allez travailler avec plus de cinquante amateurs, des comédiens de votre compagnie et des jeunes comédiens du conservatoire. Comment allez-vous organiser le travail avec cette sorte de foule ?

Les deux comédiens de la compagnie seront là chaque jour, comme des référents, avec les jeunes comédiens du C​NSA​D et une vingtaine d’amateurs. Il y aura cinquante-deux amateurs mais jamais tous sur scène en même temps. Pour moi c’était très important de recevoir tout le monde, sans sélection, pour donner à tous cette place de parole citoyenne. Je pense que ce défilé d’humanité peut être formidable pour le spectateur. J’espère un grand mouvement d’agora : des humains face à d’autres humains, dans ce moment de beauté de parole.

Propos recueillis par Camilla Pizzichillo
mai 2017

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