AVIGNON : « FEMME NOIRE », LA POESIE ELEGIAQUE DE SENGHOR… A L’HONNEUR

Festival d’Avignon – « Femme Noire » – d’après Léopold Sédar Senghor – Angélique Kidjo, Isaach De Bankolé – mise en scène Frédéric Maragnani – création Festival d’Avignon 2017 – Cour d’Honneur du Palais des Papes – 25 et 26 juillet à 22h.

« Femme Noire », la poésie élégiaque de Léopold Sédar Senghor… à l’Honneur

Clore, dans la Cour d’Honneur, le cycle africain de cette soixante et onzième édition du Festival par cette performance alliant musique et littérature est tout, sauf anodin. Sous le ciel d’Avignon, dans ce décor chargé d’histoire (la nôtre) du Palais des Papes, cette proposition artistique et politique résonne – à l’instar des trompettes de Maurice Jarre annonçant la représentation – comme une consécration de Léopold Sédar Senghor, immense poète, chantre de la négritude dont il était avec Aimé Césaire le fervent héraut, mais aussi homme politique français avant de devenir, à son indépendance, le premier Président de la République du Sénégal.

En effet, s’il est des symboles importants, celui de faire honneur, dans ce lieu magique habité par le souvenir des plus hauts dignitaires de la chrétienté, au champion de la négritude en l’incluant de par ses origines (il est né à Joal, du temps où le Sénégal était une colonie française) au roman national, est un magnifique pied de nez adressé aux racistes petits blancs.

Si l’une des missions essentielles de la culture est de porter les valeurs de liberté et d’émancipation, il n’y avait pas de meilleur choix que de faire résonner au travers de la voix profonde du comédien ivoirien Isaach De Bankolé la poésie lyrique de Léopold Sédar Senghor. Cette poésie élégiaque qui chante la beauté de la Femme Noire mais aussi les tourments qui lui ont étés imposés, à elle et à ses frères, par les colonisateurs, se trouve amplifiée par la voix éblouissante de la diva béninoise Angélique Kidjo (panafricaniste active, pacifiste convaincue, et ambassadrice itinérante de l’UNICEF), accompagnée par le saxophoniste camerounais Manu Dibango, le guitariste congolais Dominic James et le jeune champion de l’afro trap, MHD.

C’est toute l’Afrique noire – Sénégal, Côte d’Ivoire, Bénin, Cameroun – qui était là réunie dans le même élan vibratoire pour faire s’élever les accents de « cette mémoire qui brûle dans la nuit trop bleue et de cette femme noire qui a l’éclat du diamant noir, la fraîcheur de l’aube et la légèreté du vent ». L’Afrique vivante incarnée par son identité musicale mais aussi par la variété de sa musique enrichie des apports des autres cultures, une Afrique joyeusement vivante qui prenant appui sur ses racines profondes entend bien se tourner délibérément vers l’Avenir en faisant place aussi à une jeunesse insoumise sous les traits de ce jeune rappeur, dévalé des gradins de l’amphithéâtre pour rallier ses aînés.

Mis subtilement en scène par Frédéric Magnani qui a su utiliser les ombres et lumières projetées sur la scène pour définir des espaces plus resserrés – sur cet immense plateau, on aurait pu, miracle, se croire l’invité d’une veillée privée – ainsi que la façade du Palais d’où il fera se détacher un immense portrait du poète projeté en noir et banc alors qu’à l’une des fenêtres le comédien fera entendre sa voix, cette « Femme Noire » a conquis l’amphithéâtre, séduit par sa beauté et saluant debout la performance artistique autant que la force du message qu’elle portait en elle.

Yves Kafka

Photo Festival d’Avignon

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • INFERNO RECRUTE SES CORRESPONDANTS EN MEDITERRANEE :

  • Allez :

  • HOMMAGE A MIKE KELLEY

  • UNTITLED FEMINIST SHOW / Young Jean Lee

  • PORTRAIT : STEVEN COHEN

  • SOPHIE CALLE : RACHEL, MONIQUE

  • ISTANBUL MODERN : VAPURS, BOSPHORE ET ART CONTEMPORAIN