« PONCE PILATE, L’HISTOIRE QUI BIFURQUE » : AVEC DES SI…

Ponce Pilate, l’histoire qui bifurque – Xavier Marchand – 8 > 18 Novembre 2017 – durée 1H40 – MC93, Bobigny.

Avec des si

Tout le monde connaît cette expression populaire « avec des si, on mettrait Paris en bouteille »… C’est le cœur du nouveau spectacle de Xavier Marchand, présenté dans la nouvelle salle perchée au 5ème étage de la Maison de la Culture de Bobigny flambant neuve.

Ainsi donc, et si Ponce Pilate n’avait pas condamné Jésus le Nazaréen, que serait-il advenu du christianisme mais aussi de la religion juive alors la seule religion monothéiste dans le monde ?

À partir d’un texte adapté de l’œuvre de Roger Caillois, Xavier Marchand tente, non sans humour, une grande leçon d’Histoire et, de fait, de théologie qui re-pose quelques fondamentaux au moment où une grande crise d’intégrisme envahie notre monde moderne.

Outre le sujet éminemment politique, celui du choix d’un seul homme, la question que pose finalement ce spectacle est celle de la décision juste, celle qu’un seul homme, en son âme et conscience, peut prendre. Le spectacle met à jour aussi la part de hasard dans des choix semblant stratégiquement imparables.

En plus de ces questions, donc, ce qui est une absolue trouvaille et une réussite ici c’est l’introduction de marionnettes dans un texte qui aurait posé, à tout le moins, au metteur en scène la question de l’interprétation des rôles. Xavier Marchand dévie cela en offrant à des statuettes en bois et tissus les rôles centraux du Christ ou de Pilate… Bien joué…

De ce transfert sur des êtres inanimés mais manipulés à vue comme dans la tradition japonaise du Bunraku, les personnages prennent vie dès lors qu’ils sont pris en charge par les humains. Cela permet d’entendre le fond des questions posées par ce texte. Il n’y a pas de subterfuges possibles pour le spectateur dont l’esprit n’est pas distrait. L’attention est portée essentiellement par les enjeux de cette scène maintes fois racontée, ou Pilate, le seul païen à apparaître dans les saintes écritures, se lave les mains…

Le choix de Xavier Marchand permet de remettre à jour les fondements d’un mouvement qui commencera à Jérusalem et essaimera dans le monde entier en respectant – plus ou moins – les préceptes d’un humanisme prôné par les Esséniens dont Jésus.

De cette belle idée, Xavier Marchand et ses comédiens, marionnettes en tête, arrivent à donner une leçon magistrale digne du Collège de France. En optant pour ce côté professoral, le spectacle pêche un peu côté empathie, ce qui peut rebuter et ennuyer ; cela dit, on se doutait qu’avec Xavier Marchand, il ne fallait pas s’attendre à des cohortes de Romains en jupe et à un vote à la fin qui condamnerait ou pas Jésus, suivez mon regard ; Xavier Marchand semble faire exprès de rendre les choses arides, chapitrées de manière à ne pas nous faire passer à côté de l’essentiel. De ce point de vu, il n’y a pas tromperie ! Il fait bien la synthèse entre une austérité à la Claude Régi et un humour à la Jean Marie Patte, deux artistes avec lesquels il a travaillé et sans doute beaucoup appris.

Roger Caillois invente le personnage de Mardouk qui permet au metteur en scène, sous couvert théoriques, historiques et théologiques, de mettre un peu les rieurs de son côté et cette dimension humoristique, souvent présente dans le travail – et dans la vie – de Xavier Marchand n’est pas absente de ce spectacle volontairement aride… Le sous titre n’est-il pas « l’histoire qui bifurque »…

La question du « bon choix », celle de ses conséquences et de facto la part de risque et de courage est essentielle ici. Elle se pose à nous dans la mesure ou le peu d’artifices du spectacle nous permet d’être tour à tour à la place de Pilate, Hanne ou Caïphe tous deux membres du Sahédrin, ceux par qui le scandale arrive…

La séquence de Judas est traitée, sans surprise diaboliquement, faisant de ce personnage un élément clé d’une Histoire millénaire qui n’a pas fini de faire couler beaucoup d’encre et créer beaucoup de spectacles. Et celui-ci vaut le détour dans une période où les intégrismes religieux, les batailles théologiques se déroulent sans que les prétendus combattants n’aient ni lu la Bible et encore moins le Coran et dont les interprétations servent de prétextes à des tueries de masse aussi spectaculaires qu’incompréhensibles vu le message de paix et d’humanité que portaient les prophètes des religions dont ils se réclament.

Emmanuel Serafini

Photo Eric Reignier

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