« ÇA OCCUPE L’ÂME », LE THEÂTRE DEROUTANT DE MARION PELLISSIER

« Ça occupe l’âme » – mes Marion Pellissier – Durée 1h30 – Vendredi 30 et samedi 31 mars – Théâtre Le Périscope, Nîmes.

Le texte écrit et mis en scène par Marion Pellissier, présente un huis-clos à deux personnages. Il s’agit d’un couple séquestré sans raison apparente. Ce couple a eu ses instants de bonheur et de fragilité ; instants que les deux personnages essaient sans cesse de ne pas oublier parce que face au temps qui passe et au vide auquel ils sont soumis dans leur cellule, ils perdent la mémoire. Ils s’efforcent ainsi de remplir le vide, de se soutenir l’un l’autre par la force des souvenirs autrement dit par ce qui les rend encore humains et uniques : le fait d’avoir une histoire, une culture, une existence. Surtout ne pas oublier d’être humain malgré le pire, malgré un temps présent qui désenchante, qui fait peur. Pensée qui dépasse largement le cadre de l’enfermement puisqu’on parle aussi de terrorisme de maladies, de la mort.

Face à la mort, la vie ou la survie du couple presque nu. Les acteurs se dévoilent dans un corps à corps sensible et sincère. Le corps tient d’ailleurs une place première dans ce théâtre intime et violent à la fois. Il nous donne à entendre la subtilité d’un langage, celui de Marion Pellissier, collaboratrice de Cyril Teste, et la pertinence du jeu des acteurs Julie Mejean et Florian Bardet. Ces derniers nous emportent dans une interprétation délectablement simple et juste. Ils offrent un texte au fond dramatique mais non sans légèreté. C’est que les êtres s’aiment et l’amour, le couple, défie le cadre de leur emprisonnement. Dans l’adversité demeurent le partage, l’attention, l’espoir. Reste que peu à peu s’immiscent le doute et la solitude. Car ici où la menace est si proche, jusqu’où l’amour nous protège ? Jusqu’où connait-on l’autre ? À partir de quand commence la solitude ou a-t-elle toujours été ?

Le texte s’interroge sur la permanence ou l’impermanence des hommes dans le drame ; une question emmenée dans une pièce autant théâtrale que cinématographique. C’est que la vidéo et le son font partie intégrante de l’œuvre. Bien plus qu’un décor, la création technique est comme un autre personnage, un autre regard tendu avec virtuosité aux spectateurs. Pour les comédiens, c’est un langage à part entière auquel ils répondent. S’installe un dialogue poétique entre écriture dramatique et création technique. Tous favorisent paradoxalement l’imprégnation d’une douleur et la mise à distance avec celle-ci, comme une beauté toujours à vivre, à se représenter. C’est alors un théâtre déroutant et radical sur la condition humaine, un peu sur l’héritage de Sarah Kane, que nous rencontrons avec Marion Pellissier et La Cie montpelliéraine La Raffinerie. C’est un théâtre que nous espérons comme une promesse : pourvu qu’il touche, pourvu qu’il ait sa place.

Aude Courtiel

Spectacle de la Compagnie La Raffinerie sélectionné au festival Impatience 2017 de Paris et en tournée 2018.

Crédit photo © Tiodhilde Fernagu

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