BIENNALE DE VENISE : DES LIONS POUR MEG ET MARLENE !

12e Biennale de la Danse, Venise – du 22 juin au 1 juillet 2018.

Des Lions pour Meg et Marlène !

Le 12ème Festival international de danse contemporaine de Venise est placé sous le signe du Souffle, de la stratégie et de la subversion et c’est la chorégraphe québécoise Marie Chouinard qui tient les commandes de la manifestation cette année encore.

Complètement inscrite dans la modernité de la danse contemporaine, cette édition cherche à souligner l’évolution des danseurs et des chorégraphes, leur (em)prise sur le monde comme sur les technologies à leur disposition.

Ce n’est donc pas un hasard que la chorégraphe américaine (mais bigrement Européenne !) Meg Stuart reçoive cette année le Lion d’Or et quand on sait que c’est Lucinda Childs qui l’a reçu l’année dernière, on comprend toute l’importance de cette distinction dans une carrière.

On ne peut d’ailleurs que se féliciter de ces deux choix qui récompensent deux femmes, véritables figures centrales à leurs époques, de l’improvisation chorégraphiques et des œuvres multi-formes – multi-auteurs qui ouvrent à des collaborations avec des artistes comme Philip Glass, John Adams ou Sol LeWitt pour Lucinda Childs et Mikail Baryshnikov ou Gary Hill pour Meg Stuart.

Le public italien va donc découvrir pour la première fois Built to Last de Meg Stuart, placée sans doute en contre-point d’une Deborah Hay qui chorégraphie pour le Cullbergbaletten, Figure a Sea, sur la musique de Laurie Anderson. Que du beau monde…

Si la Biennale de Venise confirme ainsi son lien fort et historique avec la danse américaine, elle s’ouvre au flamenco contemporain avec Israel Galvàn, qui n’a pas peur, on le sait, de révolutionner cette danse si codifiée.

Qui dit Marie Chouinard aux commandes, dit un peu de Québec, et du meilleur, avec Frédérick Gravel en pleine possession de ses moyens artistiques avec ses concerts chorégraphiques menés par son collectif d’acteurs, danseurs et musiciens, interprètes qui va dévoiler pour la première fois en Italie Some Hope for the Bastards, une fusion intrigante entre l’indie rock et la danse contemporaine. Il faudra aussi voir Running Piece, une œuvre pour danseur et tapis roulant, du compositeur et chorégraphe Jacques Poulin-Denis pour la première fois en Europe.

Aucun festival digne de ce nom sans une pièce de Xavier Le Roy – le plus international des chorégraphes français – et ça tombe bien puisqu’il sera là avec le Sacre du Printemps, une première mondiale à Venise, qu’on se le dise. On retrouve Marlene Monteiro Freitas, qui est lauréate du Lion d’argent réservé aux « nouveaux talents » qui présentera le déjanté Bacchante – Prélude à une purge, où le mythe d’Euripide est bien dépoussiéré…

Un petit tour au Danemark avec Mette Ingvartsen et son To come (extended) présenté pour la première fois en Italie avec Jan Ritsema, Bojana Cvejic, Xavier Le Roy et Boris Charmatz, rien de moins !

Une biennale réussie, c’est surtout une Biennale ouverte aux chorégraphes Italiens et on est content de retrouver Francesca Foscarini et Irina Baldini, toutes deux habituées de la Biennale et qui présentent de nouvelles pièces qu’on a hâte de découvrir.

Merci de votre présence de Faye Driscoll et Doris Duke, intrigue puisque ce sera le premier chapitre d’une série d’œuvres « faites pour et avec le public ».

Et pour finir, à tout seigneur tout honneur, Marie Chouinard a réservé une première mondiale Solos et Duos : « une nouvelle collection chorégraphique, une réinterprétation de ces formes courtes qui deviennent indépendantes faisant suite processus de créations long et profond qui s’est développé sur une période de quarante ans » dixit, on ne demande qu’à voir…

La grande réussite de cette Biennale de Venise est sans nul doute tous ces moments passés à regarder le travail des danseurs du Collège de la Danse… En 2017, il était question de Forsythe son répertoire comme sa technique. Cette année, les étudiants du Collège sont gâtés puisque c’est Marie Chouinard qui est à l’honneur… 15 danseurs sélectionnés entre 18 et 23 ans : 8 Italiens, 2 Australiens, 1 Néerlandais, 1 Grec, 1 Israélien, 1 Singapourien qui à la fin des trois mois passés avec leurs professeurs présenteront les 24 Préludes de Chopin de Marie Chouinard et une nouvelle création de Daina Ashbee conçue pour la Biennale. On attend aussi les trois pièces originales de vingt minutes avec 7 danseurs professionnels commandées par Marie Chouinard et qui ont pu s’appuyer sur l’expertise et le savoir faire d’Isabelle Poirier, maître de ballet de sa Compagnie, Guy Cools proche collaborateur de Anne Teresa De Keersmaeker pour la dramaturgie et Simone Derai pour la mise en scène.

On signale enfin une nouveauté «contributeurs en résidence» qui s’adresse aux jeunes diplômés italiens de moins de 35 ans, qui s’apparente à un processus de recherche sur le terrain avec la participation au festival et des études dans les archives historiques de la Biennale.

Dix jours intensifs de danse, dans une Italie pleine de talents chorégraphiques peu connus en France et pas assez vus dans la Péninsule – parce que peu produits en Italie – faisant de Venise une plaque tournante importante où Marie Chouinard a apporté sa touche internationale tout en conservant un œil sur la production italienne et les danseurs qui méritent ainsi d’être découverts.

Emmanuel Serafini

image: Meg Stuart, « Built to Last »

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