« HATE », LAETITIA DOSCH A TOUT CRIN

« Hate » avec Laetitia Dosch – Co-mise en scène : Laetitia Dosch et Yuval Rozman – Première en France au Printemps des Comédiens de Montpellier les 22 et 23 juin 2018.

Créé en juin de cette année au théâtre de Vidy-Lausanne ce spectacle de Laetitia Dosch va assurément faire parler de lui, d’elle et d’eux. « Lui » c’est ce spectacle, atypique, poétique, fort, coup de poing, cri. « Elle » c’est Laetitia Dosch qui ne se donne pas à moitié mais entièrement, sans fard, libre durant plus d’une heure, sur scène face au public, avec ses choix, ses faiblesses, ses lâchetés et ses doutes mais aussi avec toute sa générosité et une sensibilité débordante qui engloutit tout sur son passage. « Eux » c’est ce couple improbable formé par la performeuse Laetitia Dosch et « Corazon », un cheval de pure race espagnole.

« Hate » est avant tout un constat. Celui de notre nécessité de détruire ou dominer tout ce que l’on aime. La comédienne arrive sur scène et, dans une recherche d’égalité absolue avec le cheval Corazon, se met à nue devant lui. Loin d’un acte gratuit ou provocant cette mise à nue est faite avec tant de simplicité qu’elle fait exploser en quelques secondes nombre d’obstacles entre la comédienne et les spectateurs qui n’ont plus que le choix de se laisser entraîner avec elle dans ce moment fou de liberté.

Laetitia Dosch et Corazon jouent littéralement ensemble et on ne peut qu’être troublé par ce formidable travail accompli avec Judith Zagury qui, au sein de l’école-atelier équestre Shanju basée à Gimel, permet davantage au cheval de devenir véritablement acteur du spectacle sans le contraindre par des dressages traditionnels. Ce principe de « collaboration » avec le cheval étant basée sur une méthode non directive, Laetitia Dosch ne force donc en rien les mouvements du cheval mais joue plutôt avec ce qu’il semble avoir plaisir à faire.

Qu’elle crie son désespoir et ses souffrances sur un rap ou qu’elle danse avec Corezon , la comédienne, toujours sur le fil, oscille entre bonheur et souffrance, entre lourdeur et légèreté du propos, entre naïveté candide et justesse du regard qu’elle porte sur notre monde et sur notre soi-disant humanité. Tout devient possible sur scène et même Corezon se met à converser avec elle sans que cela soit surprenant. On note dans tous ces moments suspendus la touche lunaire et humaniste de Philippe Quesne à la scénographie.

Ce spectacle, au propos somme toute assez simple, ne peut que troubler par sa force et par l’impact qu’il a sur un public conquis, presque KO et rêveur à la sortie d’une heure trente de représentation intense dans un silence et une écoute complète et unanime. A l’entrée du spectacle, les ouvreurs demandent au public quelques minutes de silence afin que Corazon puisse se concentrer sur scène dans l’attente du début du spectacle. On peut rétrospectivement se demander si Laetitia Dosch ne souhaite pas que, comme le cheval et elle en coulisse, le public se concentre aussi avant de rentrer dans la salle pour devenir par là même partie prenante du spectacle. Un public aussi nu qu’eux devant ces cris de désespoir et à l’écoute de ses propres errances et contradictions.

Laetitia Dosch confirme décidément qu’elle tient une place à part dans la création, la place de ceux qui ne reproduisent pas mais qui inventent et se renouvellent sans relâche, ceux qui cherchent et tâtonnent sans asséner et pour qui l’Art semble essentiel pour continuer à vivre et rester debout. « Hate » est un autre très grand moment de ce Printemps des Comédiens 2018 qui va bousculer sans aucun doute le Festival d’Automne au Théâtre des Amandiers en septembre et qui laissera des traces chez tous les spectateurs présents ces soirs-là. A ne surtout pas manquer !

Pierre Salles,
envoyé spécial à Montpellier

– du 31 août au 3 septembre 2018 – Festival La Bâtie, Genève
– du 15 au 23 septembre 2018 – Nanterre-Amandiers CDN – Festival
d’Automne, Paris

Photos Dorothée Thébert Filliger

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