LES SUJETS A VIF (D) : UN « FENANOC » VERTIGINEUX

72e FESTIVAL D’AVIGNON : LES SUJETS A VIF – Programme D : « Long time no see ! » – Jenna Jalonen et Beatrix Simkò / « Fénanoq » – Pierre Fourny et Cécile Proust.

Avec le programme D s’achève cette 21 ème édition des Sujets à vif qui ont bien changé depuis les premiers balbutiements dans le studio des Hivernales, au-dessus du cinéma Utopia d’Avignon…

Cause toujours.

Pour cette nouvelle tranche de Sujets, la danse… concentrée, avec Long time no see ! des Hongros-finlandaise Jenna Jalonen et Beatrix Simkó où tout l’enjeu était de démontrer que, malgré une base commune entre les deux langues, s’ils se parlent, les deux peuples ne se comprennent pas… et donc, en fait de danse, il s’agissait surtout de linguistique avec beaucoup de mots échangés. La danse n’est pas le centre du projet, donc, même si elle est présente et assez bien exécutée… Quelques traits d’humour, des moments potaches dans un sauna ou avec cette course sur le dos (spectateurs des bouts des rangs, méfiez-vous !). Ce spectacle passe comme des lettres échangées entre la hongroise et la finlandaise sans que, pour autant, on ait bien perçu (faute de traduction simultanée sans doute) l’enjeu des différences comme des points communs.

La police coupable.

Le deuxième couple l’a été à la ville, naguère – on l’apprend dans le spectacle ! – au Lycée Joachim (prononcé comme à Angers Jo-A-Chun !) Du Belay… et c’est plaisant que, presque trente ans après En attendant mieux présenté en 1989 dans le cadre de la carte blanche de Daniel Larrieu au Festival d’Avignon, Pierre Fourny, co-directeur de ALIS (Association Lieu Image Son), revienne toujours aussi taquin, accompagné donc de Cécile Proust qui se bat pour une reconnaissance de la place de la femme dans la société contemporaine. Et là, son combat c’est la grammaire !

Avec « Fénanoq », on assiste d’abord à un petit jeu dans le public auquel les deux acolytes se livrent, l’un avec une machine extraordinaire, déjà croisée à Avignon, qui fait des mots avec d’autres mots en utilisant la typo et les liens entre les continuités des lettres. C’est vertigineux… pendant ce temps-là, on nous interroge sur notre usage – ou pas – de la langue inclusive ou épicène. Ensuite, on prend un bon cours d’histoire de la langue française et il n’est pas inutile de nous rappeler ( !) que « le masculin l’emporte sur le féminin que depuis le 17ème siècle » avant, on accordait tout selon le genre, y compris les noms de métiers et Mme de la Fayette disait « je LA suis » enrhumée là où son courtisan, Gilles Ménage, disait, selon les nouvelles règles du français inventées par l’académie, « je LE suis »… on connaît la suite ! c’est ludique. Un petit Kâma-Sûtra grammairien par là-dessus et c’est emballé… On sort de la guilleret en se disant même que c’est de tous les Sujets de cette fournée, celui qui nous restera le plus vif à l’esprit jusqu’à l’année prochaine…

Emmanuel Serafini

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