« ARCTIQUE », PENSUM GLACIAL ET DÉSINCARNÉ DE VANDALEM

« Arctique » – Texte et mise en scène : Anne-Cécile Vandalem – Théâtre des Célestins, Lyon, du 9 au 11 janvier 2019 – puis Théâtre de L’Odéon, Paris, du 16 janvier au 10 février 2019 – Durée 2h10. 

Atmosphère brumeuse et glaciale dans la salle où la metteuse en scène belge Anne-Cécile Vandalem revenait après son passage remarqué au Festival d’Avignon 2016 avec « Tristesses ». Ici on est en 2025 dans les eaux glacées du Nord. Le paquebot « Crystal-Serenity » dérive, à son bord sept personnes qui ont reçu chacune une lettre anonyme leur demandant de se retrouver à bord.

Sur un fond de vengeance et d’affaire d’Etat Anne-Cécile Vandalem retrace sur plusieurs décennies cette histoire de pots de vin qu’une compagnie minière donna à des politiciens en manque d’indépendance et donc de finances afin d’acheter des terres à l’Etat et d’exporter les autochtones, le tout sur fond d’assassinat d’une militante écologiste. Le capitaine du bateau disparaît et les sept protagonistes se retrouvent à errer au beau milieu des glaces entre le Danemark et le Groenland.

Lumière léchée, décor réaliste plongeant les spectateurs dans la salle de bal d’un paquebot jadis somptueux, le public se retrouve instantanément à la dérive dans cette fiction thriller aux accents écolo-gore. Ici, encore plus que dans la pièce de Gosselin de ce Festival, l’utilisation de la vidéo nous plonge dans un univers de cinéma à la Netflix. La salle de bal avec son orchestre de fantômes « à la shining » n’est qu’une infime partie de ce que nous montre Anne-Cécile Vandalem car le reste est hors scène, les coulisses sont transformées en un immense lieu de cinéma où se jouent toutes les autres scènes. Anne-Cécile Vandalem use de toutes les ficelles pour ôter ce devoir d’imagination aux spectateurs. « Ce que vous ne pouvez pas voir, je vais vous le montrer », telle pourrait être la devise de la metteuse en scène. Les acteurs-comédiens, tous formidables, font le travail, c’est propre et net, sans prises supplémentaires.

Cette année encore l’utilisation de la vidéo aura franchi un pas. Point de honte à nous laisser regarder un écran géant les trois-quarts d’un spectacle en nous expliquant que nous sommes maintenant trop habitués au démonstratif réaliste pour voir une pièce poétique laissant libre cours à l’imagination. Peut-être que la boulimie des metteurs en scène touche-à-tout les contraints inconsciemment à vouloir démontrer qu’ils peuvent mettre du tout dans leur spectacle.

Anne-Cécile Vandalem livre finalement un travail bien sous tous rapports, tout y est fait pour plaire : de bon comédiens sur scène, l’écologie, le climat, l’esthétique, le cinéma, la vidéo, la musique, l’humour, la fiction, l’anticipation, un peu de gore et un ours. Que demander de mieux si ce n’est un peu moins de technique et un peu plus de poésie ?

Pierre Salles
Vu au 72e Festival d’Avignon, juillet 2018

Photos Christophe Engels

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