« GLISSEMENT D’INFINI » : LES FEMMES SERPENTS DE MYRIAM GOURFINK

MYRIAM GOURFINK – « Glissement d’infini » – création 2019 – les 12, 13 et 14 avril 2019, Centre Pompidou Paris – durée : 4 heures.

Des femmes serpents.

Il est des rendez-vous qu’on ne manquerait sous aucun prétexte et la présentation de Glissement d’infini de Myriam Gourfink au Centre Pompidou est de ceux-là.

Loin des gilets jaunes et de la queue interminable pour visiter l’excellente rétrospective Vasarely sur le parvis de Beaubourg, se trouve au sous-sol du Musée cinq femmes et quatre musiciens qui nous attendent pour une expérience de lâcher prise de quatre heures tout à fait hors du commun.

A l’heure dite – mais on peut rentrer et sortir comme l’on veut – Kasper T Toeplitz, fidèle musicien de la chorégraphe, se saisit d’un long instrument à corde et commence à le faire sonner dans une salle au sol noir où cinq femmes sont allongées au sol. Elles évoluent dans des salopettes intégrales bleues jeans. On distingue autour d’elles quelques scotchs posés en cercle qui semblent délimiter le territoire de chacune.

Quelques bancs sont posés çà et là, mais l’essentiel des spectateurs est assis au sol, à quelques centimètres des danseuses. Et tout le mystère de cette véritable expérience temporelle et sensorielle réside sans doute dans cette volonté de proximité qui démystifie et ajoute au mystère de ce Glissement d’infini.

Par une rotation du bassin et un déplacement d’une lenteur sans égale de la jambe, l’une après l’autre, mais sans que cela soit, finalement, chorégraphié les danseuses vont passer de la position allongée au sol à celle d’avoir le dos face au ciel, une épaule au sol et tenter de se retourner de nouveau. Pas de jaillissement, ni de bonds en avant, une lente et intense rotation qui, enveloppée de la musique de Kasper T Toeplitz, nous plonge dans un état de contemplation comme face aux jardins Zen de Kyoto.

Dans Glissement d’infini, Myriam Gourfink poursuit sa lente et méticuleuse déconstruction des fondements de la représentation dans laquelle, c’est bien connu depuis les classiques, l’unité de temps est essentielle… Ici, plus de quatrième mur ou de dramaturgie, juste le temps, la respiration, le moment de passer d’une partie du corps vers une autre partie, le temps aussi d’une saisir pour nous, spectateurs, tout l’effort et, de fait, toute la beauté du geste, la concentration des danseuses…

Moment unique, trop peu vu, trop peu su mais si essentiel à la compréhension de la danse, le rendez-vous – trop rare – avec Myriam Gourfink et ses danseuses a été cette fois-ci encore une réussite.

Emmanuel Serafini

Chorégraphie : Myriam Gourfink
Danse : Carole Garriga, Myriam Gourfink, Deborah Lary, Azusa Takeuchi, Véronique Weil
Composition : Kasper T.Toeplitz
Musique : Didier Casamitjana, Brice Catherin, Kasper T.Toeplitz

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