CONTRE-ENQUÊTES, NICOLAS STEMANN REVISITE CAMUS

Lausanne, correspondance.

«Contre-enquêtes» de Nicolas Stemann – Répétition générale publique de la pièce, 29 août 2020, production Théâtre de Vidy-Lausanne – Prochaines représentations au Théâtre National de Marseille et au Théâtre de la Ville de Paris, puis mars 2021 à Lausanne.

En 2013, en Algérie puis en France, Kamel Daoud publie son premier roman « Meursault, contre-enquête » qui revient sur le meurtre de l’Arabe sans nom qu’Albert Camus dépeint dans son livre « L’Étranger » (1942, premier roman également). Le metteur en scène Nicolas Stemann, utilisant l’écriture de plateau, interroge les différentes perceptions issues de leurs lectures et leurs implications contemporaines.

Dans son livre, Kamel Daoud imagine un frère à l’Arabe anonyme du roman de Camus. Des deux comédiens, l’un joue le rôle d’Haroun (Mounir Margoum), le frère de la victime, dont il nous apprend le nom: Moussa. Le second (Thierry Raynaud), semble incarner la France à lui seul, une France pieds-noirs et post-coloniale à la fois, qui se voudrait modèle de fraternité….tout en conservant certaines prérogatives. Les deux comédiens font preuve d’une remarquable intensité où l’humour reste bien présent malgré la gravité du propos.

Mimant tour à tour l’épisode du crime, chacun tente de s’en approprier l’histoire. Dans un va-et-vient entre réalité et fiction, les deux interprètes découvrent leurs origines respectives et réalisent alors la difficulté de justifier par leur ascendance une appartenance à l’un ou l’autre camp.

Pourtant, témoin de la colonisation et de ses injustices,« M’ma est toujours vivante » insiste Haroun.Une scénographie sobre, composée de blocs de ciment, évoque la construction comme la démolition, le piédestal sur lequel le livre de Camus est hissé, ou encore la supériorité d’un personnage. Un sac de terre figure aussi bien le mort que la plage où il a disparu. La présence d’un cercueil affirme la pérennité de ceux qui ne sont plus (et de leur successeurs…). Des pages des deux livres, des séquences photographiques d’Alger et des vidéos sont projetées sur le fond blanc du plateau, marquant les scènes de réminiscences et de témoignages, tout comme les séquences musicales.

Mais mieux vaut ne pas trop en dire et laisser le futur spectateur goûter aux multiples subtilités de cette adaptation très personnelle et fort réussie.Cette pièce, basée sur le troisième livre francophone le plus lu (datant pourtant de 1942), attire l’attention sur une corrélation avec des évènement contemporains, évènements qui affichent comme un fait flagrant les injustices commises dans le cadre d’un pouvoir où la couleur blanche est automatiquement privilégiée. Et ces injustices ont un écho aussi absurde que le procès de Meursault, accusé de comportement inadéquat plus que coupable d’homicide.

Martine Fehlbaum,
à Lausanne

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