« LE TAMBOUR DE SOIE » : LA DANSE INCARNEE DE KAORI ITO

UNE SEMAINE D’ART EN AVIGNON – LE TAMBOUR DE SOIE – Un Nô moderne – Mise en scène et chorégraphie Kaori Ito et Yoshi Oïda – Du 23 au 26 octobre 2020 à la Chapelle des Pénitents blancs.

La servante.

Emouvant clin d’œil à une pièce mythique d’Olivier Py à Avignon que cette servante sur la petite scène des Pénitents Blancs…

On entre donc dans cette salle, masqués, distancés, en octobre, pour cette semaine d’Art et le temps que tous les protocoles se passent et les messages se disent, on contemple cette lumière qu’on laisse sur scène, même le théâtre fermé, pour qu’on retrouve son chemin, qu’on signalise la scène…

Les murs de la Chapelle des Pénitents sont laissés tels quels, seuls des voilages sont au lointain. Ils serviront. Sur la scène tapis noir, table – on devine une glace – , chaise, et un amas de draps qui recouvrent ce qui apparaitra comme les percussions et autres instruments de Makato Yabuki qui sera du voyage du début jusqu’à la fin.

Yoshi Oïda, fringuant jeune danseur de 87 ans, immense acteur de la troupe de Peter Brook, fait son entrée avec sceaux et ballets. Il doit nettoyer la scène. La danseuse surgit. Kaori Ito pénètre sur scène avec de simples vêtements contemporains, nécessaires aux répétitions. Suit Makato Yabuki. On se salue. On parle japonais. On répète. On marque… Le gardien avec son sceau est là, il regarde… tel est le début de ce spectacle tiré d’un Nô très célèbre au Japon, revisité par Yukio Mishima et modernisé par Jean-Claude Carrière, Le Tambour de soie qui prend appui sur la danse de la folie, souvent interprétée au Japon.

En allant voir ce spectacle, on était en droit de se demander comment la facétieuse et vibrionnante Kaori Ito allait se sortir de cette fable austère, bien loin de l’image qu’elle donne d’elle et qui met en scène deux individus séparés par l’âge, mais aussi aux comportements différents étant donné leur classe sociale. Et si la mise en place de ce conte est un peu basique dans la mise en scène, dans le jeu même, dès lors que Kaori Ito revêt le kimono aux tons roses et rouge, imaginé pour elle par Aurore Thibout, on est sous le charme. Elle interprète cette danse avec une force et une précision subjuguante. Elle est précise, incarnée. Elle possède une présence fascinante qui fait oublier la faiblesse du début, voire même la façon très baclée de la fin.

Son partenaire, Yoshi Oida, acteur flottant devant l’éternel, apporte cette sagesse due à son âge et sa présence touchante, allant même jusqu’à exécuter une danse avec Kaori Ito qui le mène sur un chemin très joyeux, malgré le travers tragique de cette histoire où, par manque de sincérité, la danseuse pousse le vieux régisseur du théâtre à mettre fin à ses jours… Transposition possible avec la propre histoire de Mishima. Moment ultime et regrets éternels de la danseuse qui est hantée par cet homme avec lequel elle a été cruelle…

Si l’acoustique de la Chapelle ne sert pas la diction ni de Kaori Ito plus audible, ni celle de Yoshi Oida qu’on peine à bien entendre, la musique de Makoto Yabuki sonne parfaitement dans cet espace et accentue les travers de ce Nô qui prend avec elle toute sa dimension universelle et fini sur ce poème au son de la musique pop de Lykke Li qui vient clore un moment de grâce, un voyage au bout des ans avec la certitude d’avoir revu Yoshi Oïda heureux comme il y a trente ans avec Peter Brook à Avignon. La boucle est bouclée.

Emmanuel Serafini

Image: Le Tambour de soie – Un Nô moderne, Kaori Ito et Yoshi Oïda, 2020 © Christophe Raynaud de Lage

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