AU THEÂTRE DE CORNOUAILLE, RESISTANCE BRETONNE, SEREINE ET CREATIVE.

Une rencontre avec Vincent Léandri, directeur du Théâtre de Cornouaille à Quimper.

RESISTANCE BRETONNE, SEREINE ET CREATIVE.

Le théâtre de Cornouaille à Quimper est un gros parallélépipède foncé qui donne sur un parvis aux petits pavés gris et luisants en temps de pluie , aussi grand que celui de Beaubourg, mais presque toujours vide, sauf au moment des événements gratuits qu’organise le théâtre, comme un festival international de cirque en janvier, très prisé des spectateurs qui s’y précipitent en famille : CIRCONOVA.

Il faut bien savoir que contrairement à Lorient, Quimper est une ville bourgeoise, on le remarque lorsqu’on va aux manifestations. Pour schématiser, les Lorientais ont des visages burinés et des mains de travailleurs tandis que le Quimpérois lui est rasé de près, en doudoune/mocassins. Et si l’on adjoint au public habituel du théâtre de Cornouaille les retraités de la côte du sud Finistère, Fouesnant, Bénodet, Concarneau, on a une vision exhaustive de ce qui compose le public du théâtre de Cornouaille.

C’est un public qui finance aussi sa culture me dit le directeur du théâtre, Vincent Léandri : « Je suis encouragé à trouver une ligne artistique forte, signifiante, un regard orienté et pluridisciplinaire . Ici nous sommes loin, nous avons de l’eau des trois côtés, et cette scène nationale est un élément de connexion au monde contemporain. Nous avons un soutien financier de l’état considérable qui permet de faire face aux évènements, je suis un chef d’entreprise qui conduit une politique publique »

Je suis venue voir Vincent Léandri pour l’interviewer le 15 décembre dernier, à la faveur de la manifestation des intermittents du spectacle à laquelle, faute de moyens de transport je n’ai pu me rendre, j’ai attendu deux heures le bus énorme et vide de la ligne 43 (Concarneau Quimper) qui transporte les pauvres, les scolaires, ou les trop vieux ou handicapés pour conduire. Je n’ai pas de voiture, je ne peux, malgré tout mon désir, fréquenter régulièrement le Quartz de Brest, le théâtre de Cornouaille, encore moins celui de Lorient parce que je ne saurais tout simplement pas comment rentrer chez moi après le spectacle, et je ne dois pas être la seule.

Donc je pose la question qui tue, concernant les politiques publiques de scènes nationales, et l’accessibilité des populations rurales au théâtre.

Mais Vincent Léandri qui lui, doit avoir une voiture, et se sent en ville à Quimper, alors que la forêt est tout près dès qu’on lève le nez et que l’Odet à peine canalisé serpente parmi les rues avoisinantes pour se jeter dans la mer toute proche, trouve qu’il en fait assez, il me répond que même si il a une mission de service public, il ne peut se substituer aux manques de l’état, que lui qui n’est la que depuis deux ans et demi, souhaite connecter les dispositifs sociaux aux dispositifs culturels, donner envie d’aller au théâtre, qu’il travaille en lien avec l’éducation nationale, et d’ajouter que pour former un spectateur il faut dix ans, entre six et seize ans c’est l’âge idéal .

Je pense à part moi que par les temps qui courent la voiture individuelle est en train de devenir un objet de luxe et que dans une région au chômage endémique, où un bac plus 5 a du mal a se faire recruter même pour vendre des légumes, l’accessibilité risque fort de devenir le problème numéro un quant à la diversité du public de cette scène nationale, et qu’il vaudrait mieux, pour plus d’efficacité, que lui s’en empare.

Pourquoi les théâtres ne seraient-ils pas toujours ouverts comme de grandes maisons ? On devrait pouvoir y dormir ailleurs que devant une représentation, pour repartir à la première heure le lendemain.

Dans la semaine, le théâtre de Cornouaille arbore un aspect sévère et fermé, malgré les multiples liens que le théâtre ne cesse de nouer avec le reste de la ville ; normal, sur 365 jours par an il n’y a que 140 représentation en soirée soit deux ou trois par semaine, et encore Quimper a de la chance, Vincent Léandri se démène pour trouver des partenariats avec ses voisins, partager les frais et faire venir les compagnies au minimum pour trois représentations, il trouve que l’on devrait revenir au moyen âge où les fêtes représentaient 30 pour cent du temps des gens. Sa scène nationale est musicale et pluridisciplinaire, elle s’ouvre aux amateurs, elle accueille des artistes associés, les soutient, les aide à coproduire. Notamment avec la la Co(opera)tive, collectif de production lyrique regroupant quatre scènes nationales associées a l’opéra de Rennes et l’atelier d’art lyrique de Tourcoing, destinée à produire et faire tourner l’art lyrique partout en France .

En ces jours tristes de covid, Vincent Léandri garde bon moral, je dirai qu’il courbe l’échine devant la tempête, il plie mais ne rompt point, terriblement scrupuleux par rapport aux geste barrières, il me reçoit dans son bureau, et lorsque je lui demande d’enlever nos masques, il m’installe à l’autre bout d’un grand ensemble de tables, j’ai l’impression de dîner virtuellement dans la salle à manger du château.

Donc, il aura mis son personnel administratif au chômage partiel, aménagé le théâtre en fonction des directives, en attendant les artistes travaillent pour préparer la rentrée, les représentations se font pour les professionnels seulement. Rien de traumatisant .

Lorsque je lui demande ce qu’il pense du fait que la manne ministérielle pourrait bien s’arrêter, et de la façon dont il compte s’en sortir sans recevoir du public, il me répond qu’il sait travailler sans filet et s’est toujours débrouillé pour retomber sur ses pieds, qu’il est très créatif et sait s’adapter, que ce n’est pas la première fois qu’il est dans pareille situation, que non, ce qui le gêne le plus dans l’histoire ce sont les maladresses énormes du gouvernement, l’incompréhension de son métier par les gens du ministère, qui sont incapables de fournir un dialogue adapté parce qu’ils ne l’ont jamais pratiqué.

Deux heures plus tôt, il était avec ses artistes et l’équipe administrative à manifester sur le parvis, lui, il milite pour moins de consommation et plus de culture, la fermeture des centres commerciaux quatre jours par semaine, et la réouverture des théâtres le week end, parce qu’on est plus en sécurité dans un théâtre que dans un supermarché.

Un peu plus tard je trouverai dans mes mails, un lien vers la dernière coproduction de la Co(opéra)tive, une adaptation de La Dame blanche, opéra de Francois Adrien de Boieldieu, transformé en fable animalière joyeuse par Louise Vignaud, où l’on constatera que la valeur n’attend pas le nombre des années, et qu’un livret poussiéreux peut être transformé en conte merveilleux, avec de bons artistes, une distribution malicieuse et des costumes flamboyants.

Propos recueillis par Claire Denieul,
le 18 décembre 2020

https://www.olyrix.com/articles/production/4510/la-dame-blanche-boieldieu-opera-de-rennes-article-critique-chronique-compte-rendu-simon-vignaud-kristian-noblecourt-vignaud-lombardi-michel-chesneau-melchior-paillard-orchestre-siecles-cortege-papa-ratia-hyon-buendia-francois-jestaedt-zerari-airault

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • Mots-clefs

  • Archives