SOPHIE KUIJKEN CHEZ NATHALIE OBADIA PARIS

kuijkenSOPHIE KUIJKEN – Galerie Nathalie Obadia Paris – 18, rue du Bourg-Tibourg, Paris 4e – 24 avril – 5 juin 2021

La Galerie Nathalie Obadia est heureuse de présenter la cinquième exposition de l’artiste belge Sophie Kuijken, après sa dernière en 2020 à Bruxelles. Maintenue à l’abri des regards pendant près de 20 ans et dévoilée pour la première fois en 2011 au Musée Dhondt-Dhaenens, sur les encouragements de son directeur Joost Declerq, l’œuvre picturale de Sophie Kuijken constitue un apport d’une grande singularité à l’art du portrait.

Héritière de la peinture flamande, l’œuvre de Sophie Kuijken perturbe de l’intérieur les codes traditionnels du genre par une approche contemporaine qui trouble en profondeur. Dans un entre-deux-mondes atypique, ses portraits font advenir une présence paradoxale, à la fois silencieuse et scrutante, humaine et spectrale, brouillant les contours de notre humanité.
L’exposition présente dix nouvelles œuvres sur panneau de bois et, pour la première fois, sur toile, suscitant plus que jamais ce sentiment « d’inquiétante étrangeté » dont Sophie Kuijken a le secret.

Les œuvres de Sophie Kuijken se présentent à première vue comme des portraits de facture classique, se détachant d’un fond sombre emprunté aux Primitifs flamands. Fidèle à une longue tradition picturale issue de l’invention de la peinture à l’huile, l’artiste opère un travail patient d’application d’enduits, de couches et de glacis à la surface de son support, qu’il soit en bois ou en toile. Si l’acrylique permet de poser les contrastes, c’est le travail à l’huile qui assure les effets picturaux dont la subtilité est approfondie par les couches de glacis et de vernis : ombres, textures des tissus et des velours, nuances des peaux, des tons…

Plus largement, l’histoire de l’art traverse cette peinture par le biais de certains détails, certaines postures, rémanences plus inconscientes qu’intentionnelles : ainsi, les silhouettes étirées et chairs aux tons crus rappellent le maniérisme, les corps allongés de l’œuvre D.Z. évoquent des descentes de croix, une figure féminine marque un écho aux célèbres odalisques, un portrait en pied de 3⁄4 apparaît comme l’étrange miroir du Saint Sébastien d’Antonello Da Messina, tandis que la main qui capte la lumière du portrait L.M.T. pourrait bien être une citation de celles, si expressives, d’Egon Schiele.

Ces influences souterraines entrent en résonance avec une démarche active et systématique de collecte sur Internet. L’artiste passe en revue des centaines d’images et glane dans cette vaste base de données tous les éléments qui, assemblés selon le sentiment que leur confrontation génère, formeront ses sujets. Ces êtres artificiellement recréés marquent ainsi un contrepoint original à l’histoire du portrait, intrinsèquement liée au modèle vivant. Cette multiplication des sources, cette dispersion originelle du sujet instaure un mystère diffus, celui d’une figure mi-familière mi-chimérique, flirtant avec le bizarre. L’apparence surannée de ces portraits renforce ce sentiment « d’inquiétante étrangeté », tandis que les objets, accessoires ou détails que l’artiste adjoint à ses personnages rendent d’autant plus consistante cette teneur freudienne. Sophie Kuijken détourne avec une grande liberté la convention historique d’associer au modèle un certain nombre d’attributs, révélateurs de son statut social, de son éthos. Ponctuant avec un savoureux art du décalage chacune de ces compositions, figurent ainsi un tournesol en guise de pied, un merle lunaire niché dans les hauteurs du tableau ou la gueule d’un animal, qui dialogue avec la semi-nudité d’un personnage au genre indéterminé.

Ces associations incongrues mettent en scène une tension entre deux contraires, à l’image d’une peinture dont la force est de se contredire, de faire écart. Mais contre toute attente, elles s’imposent de manière impassible et naturelle au sein de chaque œuvre, sous l’apparence d’affinités mystérieuses qui en déterminent l’univers.

Car l’ambiguïté de ces portraits tient aussi à cette pure présence, que rien n’ébranle, dans le champ pictural. L’absence d’arrière-plan prive les personnages de tout ancrage historique ou contextuel, accentuant leur caractère fantomatique et hors du temps : les corps sont en lévitation dans un espace nocturne qui les accueille en douceur. La lumière irradie des peaux diaphanes, dans un effet de transparence qui contraste avec l’obscurité des fonds et l’opacité des tons, chauds et sombres, subtilement nuancés.
Les multiples couches de peinture et de glacis constituent autant d’étapes dans l’avènement, hors des ténèbres, de ces figures semi-réelles. Cette étrange communauté semble avoir été toujours là, dans cette attente qui impose en retour le temps de la contemplation.

Avec une grande maîtrise technique, l’artiste agit sur les phénomènes de mémoire et de reconnaissance, convoquant autant la grande histoire de l’art que les ressources communes, aléatoires et impersonnelles du numérique.
Sous ses allures classiques, la peinture de Sophie Kuijken contient une profonde marginalité qui conforte autant qu’elle dérange, et dans laquelle chacun est libre de se reconnaître.

Sophie Kuijken est née à Bruges (Belgique) en 1965. Elle vit et travaille à Willebringen, près de Louvain (Belgique).

Atypiques sont le parcours et les œuvres de cette artiste belge formée à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Gand (K.A.S.K), dont elle sort diplômée en 1988. S’en suit une période d’introspection et d’isolement qui durera près de 20 ans pendant laquelle l’artiste peint sans relâche des portraits, genre qui restera le support favori des ses expérimentations picturales.
L’anonymat s’achève en 2010, quand un collectionneur belge entrouvre les portes de l’atelier de Sophie Kuijken et décide de présenter son travail à Joost Declercq, directeur du musée Dhondt-Dhaenens à Deurle (Belgique), qui décide, l’année suivante, de lui consacrer sa première exposition monographique.

En 2013, l’artiste flamande participe à XXH, exposition collective proposée par le Museum Dr. Guislain (Gand, Belgique). 
En 2014, la Galerie Nathalie Obadia consacre à Sophie Kuijken sa première exposition personnelle à Bruxelles.
 La même année, Sophie Kuijken participe à sa seconde exposition de groupe avec Vestige, exposition sur le thème du recyclage, proposée par la Fondation Francès, à Senlis (France). L’artiste belge y est invitée pour sa manière originale de recycler les mots et les images qu’elle collecte sur Internet et compile ensuite pour aboutir au simulacre de réalité qui caractérise ses portraits d’un nouveau genre.
 Toujours en 2014, le styliste Dries van Noten inclut l’œuvre de Sophie Kuijken dans son exposition Dries Van Noten Inspirations organisée par le Musée des Arts Décoratifs à Paris (France), puis présentée en 2015 au MoMu (Musée de la Mode à Anvers, Belgique).
 En 2015 également, alors que le Centre Culturel de Maasmechelen (Province du Limbourg, Belgique) offre à Sophie Kuijken sa seconde exposition monographique, la Galerie Nathalie Obadia lui confie un solo show à l’occasion de la foire d’Art Brussels.
 En 2016, le Musée d’Ixelles (Bruxelles, Belgique) choisit une œuvre de Sophie Kuijken pour figurer aux côtés d’une sélection de portraits de sa collection, dans le cadre de l’exposition Portrait Bourgeois. La même année, la Galerie Nathalie Obadia à Bruxelles consacre à l’artiste sa deuxième exposition personnelle.
 En 2017, Sophie Kuijken participe, parmi une cinquantaine d’autres artistes dont Luc Tuymans, Michaël Borremans, Ann Veronica Janssens et Thomas Lerooy, à Ecce Homo, une exposition collective présentée dans plusieurs musées à Anvers (Belgique), et qui regroupe la fine fleur de la scène artistique belge.
 En 2018, les Éditions Racines (Belgique) publient la première monographie de Sophie Kuijken.
 En 2019, Sophie Kuijken est conviée par la Maison des Arts à Bruxelles (Belgique) à participer à l’exposition collective Who are you ? réunissant les œuvres de la collection, à celles d’artistes contemporains de renom autour de la question du portrait.
 En 2020, les œuvres de Sophie Kuijken sont exposées aux côtés du célèbre retable des frères Van Eyck L’Adoration de l’Agneau mystique (1432), dans la cathédrale Saint-Bavon à Gand (Belgique).

En 2023, lors de sa réouverture, le Musée d’Ixelles (Bruxelles, Belgique) consacrera une importante exposition à Sophie Kuijken.

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Images: 1-D.Z. 2021, Huile et acrylique sur toile, 150 x 270 x 4,5 cm – 2&3 Sophie Kuijken 2019 – copyright the artist

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