« OUTRAGE AU PUBLIC », UNE RENCONTRE MAGISTRALE

Vidy - Outrage au public © J.Stromme - alamystockphoto

Lausanne, correspondance.

«Outrage au public» de Peter Handke / Emilie Charriot – Au Théâtre de Vidy-Lausanne du 26 au 29 mai 2021, puis du 24 au 27 juin 2021 au Théâtre Saint-Gervais, Genève, Avec Simon Guélat.

« Vous êtes les bienvenus. Cette pièce est un prologue. Vous n’entendrez rien ce soir que vous n’ayez déjà entendu. Vous ne verrez rien que vous n’ayez déjà vu. Mais vous ne verrez pas ce qu’on vous a toujours montré sur une scène. Vous n’entendrez pas ce que vous êtes habitués à entendre. Ce qu’on vous a montré jusqu’à présent au théâtre, vous allez l’entendre. Vous allez entendre ce qu’on ne vous a jamais montré jusqu’à présent. (…) »

Peter Handke a 24 ans lorsqu’il commet cet «outrage» en 1966. C’est un Manifeste, par lequel l’auteur veut sabrer les conventions théâtrales existantes et, évidemment, il fait scandale lorsque la pièce est montrée à Francfort.

Car le sujet de cette tirade est une remise en question du théâtre, l’interpellation de son public, un questionnement sous forme d’imprécation. L’anéantissement de toute comédie, de toute dramaturgie. La volonté anarchiste de l’auteur: laminer la forme pour réformer le fond.

«Nous ne jouons pas. Nous jouons à vous parler» Ce qui est en jeu, c’est l’instant présent. Pas d’imitation, pas de narration, pas d’illustration. Ce qui est en jeu, c’est le théâtre lui-même. Et le public, sans lequel il n’y aurait pas de théâtre. Ce soir, on ne lui montrera rien, mais on lui fera entendre des mots. Des mots qui se contredisent, des injonctions, des remises en questions, même des insultes. Il doit oublier les attentes et les conventions. Ce soir, on remet la pendule à l’heure du présent.

Le comédien qui livre ce texte se nomme Simon Guélat et il possède la grâce.

Seul en scène, debout devant le rideau noir, la salle entièrement éclairée, il dit ces mots. Sans fioriture. Les yeux dans les yeux du public. Son authentique présence et la parole de l’auteur. D’une voix ferme, non sans malice. Tout en sobriété. Jusqu’aux derniers passages où le ton devient péremptoire et la parole dure. Où l’on sent l’ébullition de l’auteur face à une nature humaine qu’il juge trop souvent dupe et crédule.

Le public en sort grandi. Entre lui, l’acteur et le théâtre a eu lieu une vraie rencontre. A la façon magistrale d’Emilie Charriot.

Martine Fehlbaum,
à Lausanne

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