« INEFFABLE » : TRANSCENDANCES A CHAILLOT

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« INEFFABLE » de JANN GALLOIS – Jusqu’au 1 er Octobre 2021 au Théâtre National de Chaillot, Paris

Elle porte bien son nom, la danseuse, un nom androgyne, ni homme ni femme, ou homme et femme à la fois ; déjà elle arbore en elle nos interrogations sociétales sur le genre. La voici, entre lutin et nonne, coupe au bol, chemisier blanc en dentelle remontant jusqu’au cou, et bien boutonné, éludant ses seins sans les effacer complètement et deux manches bouffantes, dans laquelle s’engouffre la lumière. Au centre un gros tambour, sur les côtés une série d’instruments dont un didjeridoo .

D’abord elle s’affaire autour de cette musique qu’elle prépare comme on se fait une bonne soupe. Puis jaillissant dans la lumière, là où jamais on ne l’attend, la voici qui danse enfin. Alors on voit bien que, oui, elle a fait son marché, tout autour du monde, autant chez les indiens d’Amérique, que les indiens des Indes, en Afrique en Asie, et partout, partout ou la danse est encore vécue comme une cérémonie, partie prenante de la vie de la communauté, capable de vous faire de communiquer avec le monde des esprits.

Il y a là en fin de compte un travail solide de danse contemporaine, ou l’on prend des gestes qu’on transforme et assemble, ou l’on crée des ponts entre des univers dissemblables avec parfois des cassures, un peu comme des failles. Le hip hop et la transe mongole, saupoudrés de moudras fugitives. Et un stupéfiant numéro de séminariste qui dans son dialogue avec Dieu, finit par voyager du Soufi à l’Ange, superbe en soi, ou la danseuse passe de la danse au vol, ce qui bien sûr propulse dans un voyage instantané, des monastères tibétains et des hauts sommets enneigés de l’Himalaya, à l’austérité d’un imposant portique d’église 19eme façon St Sulpice.

Un peu comme un numéro de cirque.

Mais ce n’est pas le plus important en fin de compte, c’est un beau travail certes. Mais le clou du spectacle c’est, elle : Son regard, la façon dont d’un coup d’œil elle appréhende toute une salle (Gemier), ses jaillissements, ses langueurs, ses doutes, ses transcendances. La musique l’emplit et la traverse, alimentant son dialogue avec un intangible féroce qui ne laisse aucun répit , et se révèle toujours surprenant, forcément formateur. Amenant à l’abandon total de son mental au profit du corps en offrande qui devient juste un vecteur.

Une vraie marionnette de chiffon.

L’essence de la danse, expression ancestrale du sacré, langage du Divin, s’invite sur scène, et peu à peu, au fur et à mesure des avancées successives du récit de la petite danseuse, de ses élans, ses sauts, ses parades, se dessinent les contours d’une force oubliée, opposée totalement aux quotidiens de nos vies, et qui nous dépasse tous, qui la traverse et nous entoure, faite de beauté, de lumière et de paix.

Claire Denieul

Photo Gaelle Astier Perret

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