LES MENSTRUES DE LA DÉESSE ou L’APOTHÉOSE DES FRAISES / PAUL-ARMAND GETTE

Où on reparle de ce qui fâche

Les menstrues, de la déesse ou pas, sont un sujet qui dérange au plus haut point. En faire des images et les balancer dans l’espace de l’art voilà qui n’a jamais été populaire, et pourtant depuis bientôt vingt ans que j’en parle, ils auraient pu s’habituer, se dire que c’était une saine réaction après ce qu’en avaient dit nos saloperies de religions. Tout mais pas ça ! Je me demande toujours si ils ont digéré le tableau « La Puberté » de Munch (figurant aujourd’hui dans une peu convaincante exposition consacrée à l’artiste au MNAM) qui de toute évidence est sur le même sujet, c’est vrai que le sujet tout le monde s’en fout. Parlez de tout ce que vous voulez, mais pas du sujet.

Pour en revenir au diverses versions du tableau de Munch (c. 1892/95), j’en ai lu des belles histoires sur la jeune fille qui attend l’amour, sur l’ombre derrière elle qui serait absolument phallique, mais rien sur celle qui vient d’avoir ses première règles, je vous avais bien dit que le sujet, il ne faut pas en parler. Ce ne sera qu’une interprétation de ma part et un effet de mon mauvais esprit qui me poussent à me chercher des antécédents, moi qui ai le culot de me mêler de ce qui ne me regarde pas, qui ne suis pas historien d’art pour venir parler du sujet, alors que je ne sais même pas si Edvard nous a laissé autre chose que le titre (Pubertet). Il n’était pas encore aller se faire un peu laver le cerveau dans une clinique de Copenhague en 1908, après couic, la barbouillette a pris le dessus et c’est bien dommage. Bon, ce n’était pas pour vous contrarier, c’était juste une petite réflexion parce que je m’occupe du sujet et que j’avais envie de vous en parler, mais quelle idée me prend d’aller vouloir discuter des tableaux des autres, moi qui suis loin d’être un inconditionnel de la peinture.

En 1994, j’étais au bord de la Méditerranée, à Sète, préparant « Les chroniques d’Aphrodite » et je m’étais longuement penché sur le pubis de la déesse. C’est alors que me vint, au cours d’un déjeuner, l’idée d’annoncer que désormais j’allais m’occuper des menstrues de la déesse, provoquant quelques stupeurs parmi les convives. Ce n’était pas bien d’évoquer un pareil sujet, on alla jusqu’à me faire remarquer que je n’avais pas à me mêler de ce qui ne me concernait pas. Je retrouvais là l’ignoble méthode utiliser les religions pour persuader les hommes de l’impureté des femmes ce qui ne fit que me renforcer dans mes intentions de passer outre. J’étais à l’écoute des échos, qui comme je l’espérais, n’allaient pas manquer de se produire. J’attendis deux ans et Martine m’offrit de me montrer comment dans « La liberté du modèle » elle pensait répondre à mon attente. Puis ce fut Odile en Grèce, Connie en Colombie et Laurence en 2005 dans la vallée du Lot, et très vite au cours de conversations avec ces partenaires s’imposa l’idée d’une célébration.

Pourquoi les fraises ?

Martine et Odile, sans se connaître, les avaient utilisées pour évoquer les menstrues et la vallée du Lot où j’ai rencontré Laurence est un haut lieu de leur culture et j’y ai proposé « La confiture des Nymphes » dont elles constituaient la base. A ces fruits j’ai vite ajouté le coulis de framboise et les pétales de rose, que dire encore sinon que cette célébration, qui nécessite la présence d’une ou plusieurs femmes, ne se réclame jamais de la performance. Tenebria Lupa (jeune historienne et critique d’art Etrusque) pense que quelques fois ces menstrues de la déesse ne sont plus de l’ordre de l’évocation mais de la réalité et qu’alors là, si jamais ils l ‘apprennent, ils vont tomber raides morts !

 
Paul Armand Gette
novembre 2011

Prochaines expositions :
Jusqu’au 11 décembre / « Artémis, ses Nymphes & les fantômes », Incognitoartclub, Paris
Jusqu’au 31 décembre / « Artémis et ses nymphes », Musée Rodin, Paris
7 janvier 2012 / P.A.Gette, Galerie Une poussière dans l’œil, Villeneuve d’Ascq
avril 2012 / P.A.Gette, Artboretum, Argenton sur Creuze
17 mai 2012 /0m. de 1974 à 2012, Galerie Porte Avion, Marseille
juin 2012 / Paul Armand Gette ?  Un goût certain pour la publication, Centre du livre d’Artiste, Saint Yriex la Perche

Photos : Paul-Armand Gette : Les menstrues de la Déesse / en haut : Laurence / courtesy Paul-Armand Gette 2011

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