ROCIO MOLINA / VINATICA

Vinática de Rocio Molina / Festival Flamenco Nîmes.

La scène du théâtre de Nîmes nous est devenue familière,  dépouillée de son habillage et dévoilant les murs techniques et les entrailles sombres scéniques (Galván est passé par là !), comme s’il fallait nier tout décor qui évoque la trame du spectacle. Seul un comptoir de bar devient le fil conducteur de cette Vinática prestation.

Et Rocío Molina approche, déambule et boit, s’attarde au comptoir, à la recherche d’une ivresse, d’un souvenir ? Habillée d’un noir sobre, presque fondue dans ce non-décor sombre et peu éclairé, on devine  quelque secrète surprise … Avec une énergie et rapidité de danse époustouflantes, Rocío prend possession du lieu et ne lâchera plus les spectateurs captivés par tant de virtuosité.

Son corps est mouvement et garde du flamenco la posture de prise au sol solide et terrienne, jambes fléchies cherchant l’enracinement …. Mais surtout pas l’immobilisme car rythmé par des braceos et expressions du visage. Elle occupe toute la scène, s’accapare tous les espaces, se déplace avec la rapidité du vrai duende des contes de fée, lutin facétieux et bondissant, pas celui qui sourd des profondeurs inspirées du flamenco.

Car Rocío est véloce et insaisissable. Sa gestuelle précieuse travaillée est celle d’une danseuse moulée par le  classicisme académique qu’elle a eu sans doute comme école. Son corps se plie, se tord, se laisse emporter par la musique en synchronisation parfaite, réglée rythmiquement comme une horlogerie.

Toute la lumière accroche son visage et la gestuelle de ses mains qui dessinent littéralement et inlassablement volutes, fulgurances et déploiements ondulants des poignets, se termine souvent par des arrêts secs du mouvement, comme voulant nous emporter vers le rêve et nous en frustrant avec brutalité …. Un verre de vin porté aux lèvres qui nous échappe brutalement et se brise. Verre littéralement cassé que Rocío projette sur scène avec violence et qu’elle piétine au risque de blesser par projections les spectateurs du premier rang.

Quelle symbolique et quel message véhicule ce Vinática ? Il serait bien réducteur s’il se résumait au divin breuvage bachique …. Mais certainement plus opulent s’il évoquait les ivresses les plus créatrices et pourvoyeuses de rêves … c’est dans ce sens que je l’aurai compris ou interprété. Rocío nous donne l’ivresse dans sa danse spectaculaire et diaboliquement minutée  et maîtrisée. Chaque geste, chaque déplacement,  s’inscrivent dans l’harmonie musicale. Sa beauté et sa grâce, la virtuosité de son art sont à leur comble lorsqu’elle paraît habillée sobrement et parée d’un foulard qui la ceint évoquant quelque costume hindou, un tambourin lumineux entre les mains.

Des percussions aux sonorités rythmiques légèrement arabisantes ponctuent cette danse qui devient parfois sarabande. Un déhanché en cadence qui centre toute son énergie dans ce bassin enveloppé du foulard chatoyant, seul point coloré voulant être la seule cible visuelle, posture des jambes légèrement fléchies, pieds presque joints et genoux légèrement écartés évoquent une danse hindoue, l’exotisme est là. Puis un noir total et brutal présente le tambourin lumineux ondulant au rythme de la danse, objet lunaire vivant.

Rocío explore manifestement toute expression chorégraphique avec un travail évident de recherche de métissages harmonieux et l’obsession d’en tirer la perfection. La « flamenquitude » de la gestuelle n’est pas tout à fait ignorée mais paraît comme assourdie. Lorsque la chorégraphie s’en éloigne, elle revient marteler par un  zapateo, histoire de nous rappeler que le flamenco est encore là.

La performance est à ce point exceptionnelle que l’on oublierait le guitariste Edouardo Tassiera, géant, le chanteur José Angel Carmona à la voix pure et puissante et le compás de José Manuel Ramos exceptionnel dans une rythmique de nudillos sur le comptoir que Rocío et lui ont interprétée de manière magistrale. La prestation de la soirée de clôture de ce Festival est sans nul doute exceptionnelle et Rocío Molina et Israël Galván resteront des « moments monuments » de ce cru 2012.

Faut-il avoir cependant la grossièreté (je pèse le mot) de dire que la virtuosité de la danse de Rocío réside dans une technique, une créativité, une beauté et une perfection du geste incontestables, mais que je n’ai pas senti le pellizco et l’émotion profonde que me procure le flamenco ? Oui, lecteur. Vous pouvez bondir. Et vous amoureux de l’art de Rocío pouvez vous offusquer.

Mais j’ai assisté à deux spectacles  « flamenco-créatifs-contemporains » de la nouvelle génération de danseurs talentueux où  j’y ai décelé des similitudes gestuelles et scéniques qui me font (peut-être) craindre une « normalisation »  ou « formatage » de cette nouvelle approche de la danse flamenca. Galván restant cependant pour toujours, je le pense, le maître de cette « movida » créatrice.

Mais ne jouons pas les réactionnaires primaires … Le spectacle fut total dans l’esthétisme visuel et la virtuosité chorégraphique, et aux commentaires élogieux et passionnés qui traînaient sur les marches de notre place de la Calade, il est prouvé que la programmation de ces artistes est une réussite totale qui aura donné émotion au plus grand nombre de spectateurs.

Maja Lola

Vinática de Rocio Molina a été joué le 21 janvier au théâtre de Nîmes dans le cadre du Festival Flamenco 2012.

Maja Lola collabore régulièrement au site nîmois DES PHOTOS, DES MOTS et DES TOROS : http://photosmotstoros.blogspot.com/

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